‹ Révolution française. Histoire de dix ans 1830-1840 (volume 4)Chapitre 62 sur 96 · LETTRE DE LOUIS-PHILIPPE A NICOLAS · texte numérisé non relu

LETTRE DE LOUIS-PHILIPPE A NICOLAS

Monsieur mon frère , J'annonce mon avènement à la couronne à Votre Isjri

par la lettre que le général Alhalin lai présentera ea ae nom ; mais j'ai besoin de lui parler avec use entière* fiance sur les suites de la catastrophe qne j'aurais tant nsl prévenir.

Il y avait longtemps que je regrettais que le rai Csan* et son gouvernement ne suivissent pas une laarrhr bk"

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tl' calculée pour répondre a l'attente et an voeu de la nation.

** Tétais bien loin, pourtant , de prévoir les prodigieux évé-

" nements qui viennent de se passer, et je croyais même qu'a

n défaut de cette allure franche et loyale dans l'es prit de la

l: charte et de nos institutions, qu'il était impossible d'obtenir,

'" il aurait suffi d'un peu de prudence et de modération, pour

'•que ce gouvernement put aller longtemps comme il allait.

"Mais, depuis le 8 août 1829, la nouvelle composition du

à nouveau ministère m'avait fort alarmé. Je voyois a quel

fc point cette composition était odieuse et suspecte à la nation,

: ■ et je partageais l'inquiétude générale sur les mesures que

nous devions en attendre. Néanmoins, l'attachement aux

11 lois, l'amour de Tordre, ont fait de tels progrès en France

que la résistance à ce ministère ne serait certainement pas

sortie des voies parlementaires, si, dans son délire, ce mi-

* nistère lui-même n'eût donné le fatal lignai par la plus au- ■ dacicuse violation de la charte et par l'abolition de toutes

les garanties de notre liberté nationale , pour lesquelles il r n'est goère de Français qui ne soit prêt à verser son sang.

* Aucun excès n'a suivi cette lutte terrible.

i Mais il était difficile qu'il n'en résultât pas quelque ébranv lement dans notre état social ; et cette même exaltation des i esprits, qui les avait détournés de tant de désordres, les portait en même temps vers des essais de théorie politique i qui auraient précipité la France et peut-être l'Europe dans g de terribles calamités. C'est dans celte situation , sire , que tous les yeux se sont tournés vers moi. Les vaincus euxmêmes m'ont cru nécessaire h leur salut. Je l'étais encore

* plus, peut-être, pour que les vainqueurs ne laissassent pas dégénérer la victoire. J'ai donc accepté cette tâche noble et

i pénible , et j'ai écarté toutes les considérations personnelles qui se réunissaient pour me faire désirer d'en être dispensé, i parce que j'ai senti que la moindre hésitation de ma part pourrait compromettre l'avenir de la France et le repos de tous nos voisins. Le titre de lieutenant général , qui laissait tout en question excitait une confiance dangereuse, et il fallait se hâter de sortir de l'état provisoire, tant pour inspirer la confiance nécessaire que pour sauver cette charte si essentielle à conserver, dont feu l'empereur, votre auguste frère, connaissait si bien l'importance, et qui aurait été très-compromise, si on n'eût promplement satisfait et rassuré les esprits.

JI n'échappera ni à la perspicacité de Votre Majesté , ni a sa haute sagesse que , pour atteindre ce but salutaire , il est bien désirable que les affaires de Paris soient envisagées sous leur véritable aspect, et que l'Europe, rendant justice aux motifs qui m'ont dirigé , entoure mon gouvernement de la confiance qu'il a droij d'inspirer. Que Votre Majesté veuille bien ne pas perdre" de vue que tant que le roi Charles X a régné sur la France, j'ai été le plus soumis et le plus fidèle de ces sujets, et que ce n'est qu'au moment que j'ai vu l'action des lois paralysée et l'exercice de l'autorité royale totalement anéanti , que j'ai cru de mon devoir de déférer au vœu national , en acceptant la couronne à laquelle j'ai été appelé. Cest sur vous , sire , que la France a surtout les yeux fixés. Elle aime à voir dans la Russie son allié le plus naturel et le plus puissant. JTen ai pour garantie le noble caractère et toutes les qualités qui distinguent Votre Majesté Impériale.

Je la prie d'agréer les assurances de la haute estime et de Tinaliénable amitié avec laquelle je suis

Monsieur mon frère , de Votre Majesté Impériale , le bon frère,

Louis-Pbilippe.

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