LE SOULÈVEMENT DE LA VENDÉE ÉCHOUE
entretien dont elle devait conserver longtemps l'impression . En présence de M. de la Roche Saint-André, qui gardait le silence, pour ne pas rendre amère à la duchesse de Berri l'hospitalité qu'il lui offrait, MM. de Goulaine, de Goyon et de Tinguy rappelèrent que, d'après les engagements pris à la Fétellière, la Vendée ne devait prendre les armes qu'en cas d'invasion étrangère, de république proclamée, ou d'insurrection dans le Midi. Aucune de ces conditions ne s'étant réalisée, ajoutèrent-ils, le découragement a germé dans les esprits, et les paysans ne se lèveront pas. A cette déclaration inattendue, la duchesse de Berri laissa éclater tout son trouble; elle exposa les divers motifs qu'elle avait de compter sur le dévoûment actif de la Vendée, et combattit d'une voix émue des opinions qui lui défendaient l'espérance. Mais, les trois chefs vendéens se montrant inébranlables : « Eh bien! s'écria-t-elle, je vous « demande une déclaration écrite. » Ils la promirent, et tinrent parole.
Voici ce qui se passait pendant ce temps parmi les légitimistes de Paris. Une lutte sourde et obstinée y existait entre le parti du mouvement et celui de la résistance. La conspiration ourdie au sein du premier avait survécu à l'échec de la rue des Frouvaires, qui en fut la révélation, non le dénoûment. Depuis la nuit du '2 février, les conspirateurs avaient mis plus de discrétion dans leurs démarches, plus de réserve dans le choix de leurs auxiliaires. Essayant l'application d'un plan uniforme, ils avaient partagé leurs adhérents à Paris en cinq grandes divisions, dont la cinquième se composait principalement des gardes forestiers du département. Une sixième division avait son centre à Versailles, et comprenait un assez grand nombre
de Suisses de la garde. Mais l'organisation était loin d'être régulière ; les sommes d'argent distribuées avaient provoqué des mécontentements égoïstes., ou fait naître des exigences jalouses, avec lesquelles on ne pouvait se dispenser d'entrer en compromis; les sacrifices pécuniaires devenaient de jour en jour plus considérables et de jour en j our plus insuffisants; bien que la police fût très-mal informée, il ne lui avait fallu que quelques arrestations faites au hasard pour troubler la direction du complot; enfin, et c'était là pour les conspirateurs un obstacle à peu près invincible, l'idée d'un mouvement hardi était improuvée et combattue par les personnages les plus notables du parti. Les membres du gouvernement provisoire n'agissaient pas, n'en ayant ni la faculté ni le désir; car le seul qui, parmi eux, fût animé d'un zèle impatient, avait été arrêté, 'et son successeur était un ancien ministre de la Eestauration, homme modéré, quoique plein de dévoûment. Et à ceux qui condamnaient toute tentative insurrectionnelle par sagesse et prévoyance, se joignaient ceux que possédait la peur ou que Tégoïsme conseillait. De là, Favortement d'une insurrection préparée pour le 9 avril. Toutes les mesures étaient prises, les ordres donnés, lorsque, la veille de l'exécution, le mouvement avait été soudain arrêté par un contre- ordre. Une seule brigade, à laquelle ce contre-ordre n'était point parvenu, et qui se composait de trente -cinq hommes, se trouvait réunie le 9 avril au point désigné. Louis-Philippe passa au milieu d'elle, en voiture, sans escorte, et ne se doutant guère que la mort était à dix pas de lui.
( "était au plus fort des embarras et des tiraillements de cette situation indécise que les légitimistes de Paris avaient reçu la nouvelle de l'arrivée de Marie-Caroline en Vendée.