‹ Révolution française; histoire de dix ans, 1830-1840Chapitre 150 sur 176 · LA PROPRIÉTÉ DÉFENDUE PAR GODEFRÙI CAVA1GNAC · texte numérisé non relu

LA PROPRIÉTÉ DÉFENDUE PAR GODEFRÙI CAVA1GNAC

« mi ère révolution l'a constituée sur des bases nouvelles, « imparfaites, mais fondées sur un principe utile : celui de « la division.

« Cette division, elle Ta opérée seulement en limitant u le droit de transmettre, par l'égalité des partages et « l'interdiction des substitutions. Ce n'était pas l'unique « moyen; par exemple, il eût fallu aussi étendre le droit « d'hérédité, c'est-à-dire que la division de la propriété se « fût accrue et perfectionnée, si l'on eût, dans chaque « héritage d'une certaine valeur, affecté une sorte de légi- « time à un fonds commun à répartir entre les proie - « taires.

« Qu'on ne se récrie pas, messieurs, car le fisc ne fait pas c< autre chose en prélevant les droits de succession. Seule - « ment, c'est lui qui en profite, et nous aimerions mieux « que ce fût la main féconde des travailleurs.

« Mais, quoi qu'il en soit, il y a puissance et organisa- « tion de la propriété en France. Le principe de la divi- « sion y a été introduit, et il a multiplié les propriétaires, « multipliés déjà par la vente des biens nationaux ; et « cette possession, fractionnée, divisible, récente, a donné « à la propriété une constitution à la fois vivante et per- « fectible.

« Quant à nous, nous ne l'avons pas attaquée : le senti- « ment de la propriété compte parmi les sentiments natu- « rels à l'homme; mais c'est justement pour cela, c'est « justement parce que l'homme veut posséder, parce qu'il « ne faut pas méconnaître ce penchant, que nous déniante dons qu'il soit satisfait chez le plus grand nombre d'hom- « mes possible, au lieu de n'être gratifié que chez qucl- « ques-uns et de constituer une exception.

« Il n'y aurait plus de grandes fortunes, il n'y aurait '( plus d'excessive pauvreté. En politique et en morale, « ce serait un bien. On prétend que L'accumulation des « capitaux est nécessaire à certains cas de la production. « Mais on aura toujours un assez grand capitaliste : le « budget. D'ailleurs, qui suppléera à la division des capi- « taux? Encore l'association.

« Nous ne contestons pas le droit de la propriété; seu- « lement nous mettons au-dessus celui que la société con- « serve de le régler suivant le plus grand avantage com- « mun. Nous n'étendons pas le droit d'user et d'abuser « jusqu'à celui d'abuser au détriment de l'état social. Le « gouvernement lui-môme ne soumet-il pas aux Chambres « une loi sur l'expropriation forcée pour cause d'utilité pu- « blique, demandant à la loi de prémunir l'intérêt général « contre les prétentions abusives du droit individuel de « propriété?

« Ce que nous lui contestons, messieurs, c'est le mono- « pôle des droits politiques, et ne croyez pas que ce soit « seulement pour les revendiquer en faveur des capacités. « Selon nous, quiconque est utile est capable; tout service « entraîne un droit; à tout travail un bénéfice et une ga- « rantie; car c'est au travail surtout que le bénéfice est dû, « et que la garantie est nécessaire.

« Pourquoi donc la propriété seule aurait-elle des droits « politiques? Et puis, ces droits ne seront-ils pas eux-me- « mes une propriété? Ne peut-on rien posséder que terre « ou maison? Ne sera-ce pas aussi une propriété cette « instruction, premier élément de travail et d'industrie, « que la société est tenue de distribuer à chacun de ses « membres? ce titre de citoyen, réalisé enfin par les garan-

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