CHAPITRE VllI. tm
jour en bateau à l'île de la Marine. M. Wills, propriétaire d*un petit bateau à vapeur, la Caroline, voulut mettre à profit la curiosité publique ; il fit dégager son bateau d'entre les glaces qui le retenaient captif, et transporta, moyen* nant un léger péage, les curieux qui se rendaient à l'ile de la Marine. 11 est probable que quelques amis des Canadiens profitèrent de l'occasion soit pour aller eux-mêmes dans l'île, soit pour y envoyer des vivres et des munitions. C'était le 20 décembre. A la nuit, la Caroline rentra à Schlosser ; les chaudières furent éteintes et le bateau attaché au quai. Schlosser ne renfermant qu'une seule auberge, et les hôtels do village de Niagara étant à trois milles de distance, force fut à grand nombre de personnes de chercher des lits à bord du bateau.
Cependant le colonel Mac-Nab, commandant des forces anglaises à Chippewa, avait suivi avec inquiétude pendant le jour les mouvements de la Caroline. Sans prendre aucun renseignement pour s'éclairer, il ordonna au lieutenant Drew d'armer quatre larges bateaux et de s'emparer, au mépris du droit des gens, dans les eaux américaines , sur le rivage américain, du bâtiment suspect. L'ordre du commandant fut dignement exécuté.
Tout dormait à bord de la Caroline. Les Anglais l'envi^ ronnent en silence, se glissent le long de ses flancs» s'élancent sur le pont, pénètrent dans les cabines, massa^ crent la plupart des hommes endormis, et ne laissent la vie aux autres que pour leur préparer une mort plus cruelle. Amassant des matières combustibles, ils mettent le feu sur plusieurs points du bâtiment , coupent les câbles qui l'amarrent au rivage et le lancent sur le courant qui conduit aux chute» du Niagara. La masse enflammée
glisse sur les flots, projetant au loin ses sinistres lueurs, au milieu desquelles se débatteht avec des cris effrayants les malheureux qui survivent encore; puis, se penchant sur l'abîme, elle disparaît au milieu des eaux mugissantes de la cataracte.
On n'a jamais su au juste le nombre des victimes de cet infâme guet-apens; quelques personnes seulement, à la première attaque des Anglais, s'étaient jetées par-dessus le bord et avaient gagné le rivage.
Les autorités du Niagara firent aussitôt une enquête; quelques-uns des hommes échappés au carnage déclarèrent avoir reconnu parmi les plus acharnés assassins un Anglais nommé Mac-Leod. U résultait d'autres témoignages que, de retour à Chippewa, le même Mac-Leod se ^glorifiait de ses prouesses, et montrait fièrement le chien de son pistolet souillé du sang et des débris de cervelle de « Vun de ces damnés de Yankees y » suivant son expression.
Cependant, cette affaire n^avait eu d'autre suite qu'une demande en indemnité vainement adressée par l'État de New-York, à M. Fox, représentant anglais près les États-Unis, lorsqu'au mois de novembre 1840, Mac-Leod fut reconnu dans les rues de New-York. Signalé aussitôt par l'indignation publique, il fut arrêté, et mis en jugement comme un des complices du massacre et de l'incendie de la Caroline.
A la nouvelle de cette arrestation, l'orgueil britannique se souleva. M. Fox fit d'énergiques remontrances et somma le gouvernement central de mettre en liberté Mac-Leod. Le président répondit que l'administration de la justice dans chaque État de l'Union, était essentiellement indé-