‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 103 sur 182 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

pendante, que TÉtat de New- York avait le droit de juger, lorsqu'il s'agissait d'un fait qui s'était accompli sur son territoire, que les réclamations du gouvernement anglais n'étaient donc pas fondées. De part et d'au* tre les explications prirent un caractère d'animosité qui n'admettait aucune concession, et les deux peuples se mêlant activement à la controverse, le procès de Mac-Leod prenait toute l'importance d'une querelle nationale. Les Américains indignés ne voulaient pas relâcher l'assassin de leurs compatriotes; les Anglais non-seulement se faisaient un point d'honneur de défendre un de leurs nationaux, mais aussi, considérant la capture de la Caroline comme un fait de guerre, ils sommaient leur gouvernement de proté* ger l'auteur d'un acte qu'il avait lui-même autorisé. A la chambre des lords, à la chambre des communes, des interpellations multipliées contraignirent les ministres à prendre l'engagement de sauver Mac-Leod. Tous les partis étaient d'accord. O'Connell lui-même s'écriait : « M. Mac- Leod ayant agi d'après les ordres du gouvernement de S. M. a droit à des marques de sympathies de la part de la chambre, et la chambre doit déclarer qu'elle est prête à seconder le gouvernement dans ses efforts pour le sauver. » Des applaudissements unanimes répondirent aux paroles de l'orateur.

De leur côté, les Américains étaient décidés à se faire justice. La question avait pris de telles proportions, qu'elle dut être soumise au congrès. Dans la séance du 13 février, M. Pickens, président du comité des affaires étrangères, fit un long rapport qui justifiait entièrement les droits de l'État de New- York et condamnait en termes énergiques la politique de la Grande-Bretagne. L'impression de ce rapport II. 14

fut, après une discussion des plus vives, votée par 103 voix contre 68.

L'émotion fut grande en Angleterre. Le Courrier, organe de lord Palmerston, signala le rapport comme une véritable déclaration de guerre. On ne le considérait pas autrement en Amérique, et sur la motion de M. Fillimore, le congrès, à Funanimité, décidait que le comité de la guerre mettrait le pays en état de défense. Au même moment, le jury d'accusation renvoyait Mac-Leod devant les assises pour cause de meurtre. Cette sentence avait été prononcée par 49 jurés sur 20. Enfin, les deux chambres de l'État du Maine, particulièrement intéressé à la question des frontières, votaient un million de dollars (5,000,000) pour suffire à tous les besoins de la guerre, et le gouverneur était chargé de prendre immédiatement des mesures pour chasser les Anglais de la position qu'ils occupaient. Aucune de ces difficultés n'était résolue lorsque les tories prirent possession du pouvoir. La plus menaçante, cependant, celle qui n'admettait pas de conciliation, l'affaire Mac-Leod, se terminait pour eux d'une manière satisfaisante. Mis en jugement, le 12 octobre, Mac-Leod avait invoqué un alibi. Soit que les témoignages fassent incertains, soit que les jurés voulussent éviter à leur pays une guerre certaine, il fut acquitté. Ainsi les Américains avaient Bûaîntenu leur droit, et les Anglais étai^fit heureux de û'avoir pas à prendre les armes pour venger une tête obscure.

Mais d'autres soucis attendaient le cabinet de Saint-' James. D'épouvantables désastres dans les Indes venaient porter le deuil au sein de ces fières familles aristocratiques qui cavoient leurs enfants recualKr les trésors de l'Asie.

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Le gouvernement de Calcutta, toujours occupé à ouvrir de nouveaux débouchés à ses riches marchands, avait fait invasion dans les vastes contrées de l'Asie centrale. Selon leur constante politique, emmenant avec eux un prince indigène qui devait leur servir d'instrument, les Anglais avaient pénétré dans l'Afghanistan, ôté la couronne à Dost-Mohammed et placé sur le trône de Caboul leur créature Shah-Shoudja. Mais les populations de ces contrées ne ressemblent pas aux peuplades de la presqu'île de rinde, si dociles à la servitude. Hardies et belliqueuses, elles étaient peu disposées à recevoir la loi de l'étranger. Malgré la présence d'une armée européenne de 15,000 honiimes, les Afghans se réunirent en armes, et sous la conduite de Ukhbar-Khan, fils de Dost-Mohammed, ils vinrent camper fièrement aux environs de Caboul, oii bientôt l'armée anglaise se trouva bloquée et en proie à toutes les privations de la faim. Depuis le 1®' novembre jusqu'au milieu de décembre, des combats sanglants sont livrés dans lés plaines qui environnent la ville, les Afghans affrontent avec une rage fanatique tous les obstacles que leur oppose la discipline européenne. Leurs pertes sont cruelles; mais tous les jours ils reviennent plus nombreux, tandis que leurs adversaires épuisés par de continuelles mêlées, plar les rigueurs d'un hiver glacial et plus encore par le défaut de vivres, succombent aux fatigues d'une lutte inégale.

Les forces anglaises qui se trouvaient à Caboul ne dépassaient pas 6,000 hommes; les autres troupes étaient dispersées par petites divisions a Candahar, à Chuznee, à Jellalabad, à Khélat. Cette dernière place est située à 80 lieues de Caboul, Candahar à 200 lieues.

La petite troupe de Caboul était placée moitié dans la citadelle de la ville, moitié dans un camp fortifié à six milles de distance. Le 21 novembre, les Afghans, qui, la veille, avaient vainement tenté d*inonder le camp, en détournant un torrent dont ils avaient dirigé les eaux vers les retranchements, se portent au nombre de dix mille sur les hauteurs qui avoisinent la citadelle; les assiégés font une sortie; une horrible mêlée s'engage et le combat se prolonge pendant plusieurs jours avec des sacrifices considérables de part et d'autre. Mais les Afghans reçoivent des renforts et des vivres, tandis que les Anglais, étroitement bloqués, ne peuvent ni réparer leurs pertes ni suffire à leurs besoins. Bientôt ils sont réduits à parlementer. Ukhbar- Khan consent à une entrevue avec le commissaire anglais, sir William Mac-Nahgten, pour poser les bases d'une capitulation. Celui-ci s'y rend", le 25 décembre, avec le capitaine Trévor et trois autres officiers. Ukhbar-Khan les reçoit avec des paroles hautaines, auxquelles Mac-Nahgten répond avec dignité, lorsqu'un Afghan, l'ajustant à bout portant, le fait tomber aux pieds du chef. Le capitaine Trévor tirant son épéé est aussitôt massacré ; les autres officiers sont saisis et garrottés.

Cette indigne trahison laissait peu d'espoir aux Anglais. Cependant la situation n'était plus tenable. Le 5 janvier, par une nouvelle convention conclue entre Ukhbar-Khan et le major Pottinger, Caboul fut évacuée, l'armée se mettant en marche avec un sauf-conduit, emportant ses fusils, ses sabres et les munitions de chaque homme. Ukhbar- Khan raccompagna jusqu'au bout de sa première marche. Mais dès le lendemain, le sauf-conduit devint une lettre morte. Les Afghans s'acharnèrent aux flancs de la petite

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