‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 105 sur 182 · CHAPITRE Vin. St · texte numérisé non relu

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les royalistes soutenaient la négative : « Le testament de Ferdinand, disaient-ils, subsiste dans toute sa plénitude ; aucun pouvoir ne saurait annuler les droits qui s*y trouvent établis. » Les chambres lui répondirent en déclarant, le 25 juin, la tutelle vacante.

Arguelles, qu'une minorité imposante avait désigné pour la régence, devenait naturellement le premier candidat à la tutelle. Mais par cela même Espartero le redoutait. Il essaya secrètement de lui opposer Tinfant don Francisco de Paule, soutenu d'ailleurs de Tassentiment de l'Angleterre. Mais cette intrigue ne réussit pas. Ai^uelles fut nommé, le iO juillet, à une forte majorité.

La reine Christine répondit à la décision des cortës par une protestation, triste et dernière ressource de l'impuissance. On sait assez que les princes détrônés n'acceptent jamais leur déchéance. La dipité du silence conviendrait mieux.

Espartero ne se montra pas plus habile que sa victime. Il publia une réponse en langage de procureur, invoquant des textes pour prouver son bon droit, et affaiblissant ainsi sa cause et son autorité. Toute révolution qui ne se justifie pas par elle-même trouve peu de ressources dans des arguments de légiste.

Au surplus, Espartero allait bientôt démontrer à tous combien il était. au-dessous de la grande mission qu'il avait acceptée. Obéissant moins à des principes politiques qu'à des préoccupations personnelles, cherchant à fortifier son autorité aux dépens des intérêts nationaux, il favorisait ouvertement les ambitions commerciales de l'Angleterre, qui depuis si longtemps tendait à envahir tous les marchés de la Péninsule. D'abord il se montra disposé à faire cession au

gouvernement britaniiique des lies de Fernando-Pô et d*Ân* nobon, au prix de 60,000 liv» st, (1,500,000 fr.). L'Angleterre devait se payer elle-même d'une somme égale pour les services rendus par les Anglais auxiliaires dans les dernières guerres. C'était en réalité livrer les îles pour rien. Un cri unanime de réprobation s'éleva dans le pays ; le régent dut y céder, montrant seulement ainsi la volonté du mal et l'im* puissance de l'accomplir.

C'était surtout dans les provinces catalanes que les popu^ lations se prononçaient contre les périls de l'alliance anglaise. Barcelone, ville manufacturière, menacée dans sa fortune et son existence, avait tout à craindre de la concurrence étrangère ; mal protégée par le gouvernement contre la contrebande effrénée des émissaires britanniques, elle se faisait justice elle-même. Des marchandises anglaises furent saisies et brûlées par la population exaspérée. Les connivences d'Espartero ne servaient qu'à révéler aux Anglais toute la haine qu'on leur portait.

En même temps, les provinces basques réclamaient hautement le maintien des fueros. Dans la Navarre, le Guipuscoa et tout le nord, les populations s'agitaient menaçantes; quelques bandes carlistes reparaissaient dans les montagnes.

Au milieu de ces éléments de trouble, les christinos reprenaient espérance. Les généraux qu'avaient mécontentés les événements de Valence, ceux auxquels pesait la domination d'un collègue devenu leur maître, organisaient en silence une vaste conspiration militaire. Le licenciement d'une partie de la garde royale, la destitution de quatre-vingt-huit officiers fournissaient aux conjurés de nombreux auxiliaires. Marie-Christine à Paris correspondait activement avec des

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partisans qui lui présageaient un succès décisif, et le cabinet des Tuileries recevait des confidences.

Les cortès venaient de se séparer au milieu des vagues inquiétudes qu'entretiennent toujours les incertitudes d'un gouvernement irrésolu, lorsque vers la fin de septembre, ou apprit que le général O'Donnell, donnant le premier signal de la révolte, s'était emparé de la citadelle de Pampelune. En un instant, toutes les provinces du nord prirent les armes» les divers éléments de troubles agissant tous à la fois. Les premiers soldats envoyés contre O'Donnel prirent parti pour lui ; la garnison d'Ëstella et son commandant, Ostigora avec ses troupes, s'associèrent à l'insurrection* D'autres s'avançaient dans toutes les directions pour la combattre ; c'était un effroyable désordre où l'on pouvait à peine distinguer les drapeaux. Tout était partiel» et la révolte et la fidélité. Dans la ville même de Pampelune, Ribero tenait encore pour le gouvernement avec trois cents hommes et la garde nationale, La lutte s'engagea sous les murs de la citadelle, qui ouvrit son feu le 5 octobre. Pour soutenir les dévouements ébranlés, on annonçait l'arrivée prochaine d'Ëspartero avec quatorze bataillons^ Mais d'autres événements le retenaient dans la capitale.

La tentative d'O'Donnell n'était pas un coup de main isolé ; les principaux complices manœuvraient à Madrid ; à leur tête étaient les généraux Diego Léon et Coucha. Ce qui restait de la garde royale n'acceptait qu'avec répugnance le gouvernement nouveau, et cependant, suivant Tbabitude d'Ëspartero de ne faire les choses qu'à demi, la garde royale continuait de faiire le service du palais, conjointement avec les hallelHirdiers et quelques troupes de la garnison. Les généraux conspirateiira voulurent profiter de cette impru-

dence ; leur projet n'allait à rien moins qu'à enlever la reine et l'infante.

Dans la nuit du 7 octobre, Diego Léon et Concha se présentent au détachement de la garde faisant le service, lui rappellent les serments de fidélité prêtés à Marie-Christine, et l'engagent à faire justice du général usurpateur. Des cris d'enthousiasme leur répondent; des soldats proclament la régence de la reine Christine ; ils sont rejoints par un bataillon du régiment de la princesse, et tous ensemble pénètrent dans le palais et se précipitent vers l'appartement de la reine. Mais aux portes et dans les vestibules les hallebardiers se présentent, bientôt renforcés par quelques bataillons de la garnison. Une lutte désespérée s'engage à quelques pas des chambres des princesses; les coups de feu retentissent dans les corridors, dans les escaliers ; les dalles sont couvertes de morts et de blessés. La reine et sa sœur éplorées entendent, pendant plus d'une heure, les bruits d'une effroyable mêlée. Enfin les conjurés sont repoussés, le palais est évacué ; Diego Léon et Concha s'empressent de fuir de Madrid, suivis de quelques cavaliers, et la capitale, à son réveil, apprend avec étonnement qu'elle vient d'échapper à une révolution.

Ce premier succès raffermit les fidélités ébranlées, et le régent, agissant avec vigueur, enveloppa de ses troupes toutes les provinces insurgées. Van-Halen s'avançait' sur Saragosse ; Alcala désarmait la milice de Tolosa ; Seoane se rendait à Valence, et Espartero, lui-même, marchait vers le nord. Bientôt O'Donnell, vivement pressé, évacuait la citadelle de Pampelune, et venait, avec Ubisondo, chercher un refuge en France. Toutes les troupes révoltées de l'Alava et du Guipuscoa rentraient dans le devoir, et les populations

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étaient entraînées par l'exemple; Diego Léon, arrêté dans sa fuite, était militairement exécuté ; l'insurrection avortée semblait donner de nouvelles forces à Espartero. Il profita des premiers moments de triomphe pour porter un coup décisif au fédéralisme provincial. Par un bando, daté de Yittoria, le 23 octobre, il déclara aux provinces basques qu'elles seraient, à l'avenir, assimilées au reste de la Péninsule. C'était annoncer la suppression des ftieros et le triomphe de la centralisation. Espartero accomplissait l'entreprise qui avait fait tomber Marie-Christine, et lui-même n'avait gapé le pouvoir qu'en soutenant le principe contraire.

Quoi qu'il en soit, le triomphe d'Espartero était aussi un échec pour la politique française en Espagne. Le cabinet des Tuileries s'était associé, au moins, par ses sympathies, à la dernière tentative de Marie-Christine et de ses généraux. Personne ne l'iporait dans la Péninsule; beaucoup de gens, à Madrid, lui attribuaient même une complicité plus directe, et ceux-là félicitaient l'Espagne d'avoir remporté une double victoire.

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