‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 106 sur 182 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Réforme électorale. — Le roi s'y oppose avec opiniâtreté. — Ses théories sur le gonversement représentatif. — CoDseil de cabinet sar la question de la réforme. — Le duc d'Orléans y assiste. — Propositions Ganneron et Ducos. — Les conservateurs-bornes. — Loi sur les chemins de fer. ^ Crédits supplémentaires. ~ Vote du budget. •^ Accroissement dn déficit. — Clôture de la session. — Poursuite» contre la presse. — Procès Boordeau. — Condamnations multipliées des journaux. — Mort de M. Humann. ^- M. Lacave-Laplagne le remplace. — Occupation des îles Marquises et des îles de la Société par l'amiral Dupetit-Thouars.

A peine le ministère était-il sorti des épreuves de l'adresse, que la lutte des partis recommença sur une question qui doit se représenter sans cesse, comme un avertissement donné au pouvoir, sans que jamais le pouvoir veuille comprendre qu'elle renferme une révolution. La réforme électorale gagnait chaque année des partisans dans le pays, quoique, chaque année, les privilégiés du parlement se retranchassent avec opiniâtreté dans le cercle étroit du monopole.

Le plus grand obstacle à la réforme était le roi lui-même. Ennemi de toute innovation, non-seulement parée qu'elle

i32 HISTOIRE DE HUIT ANS.

lui semblait un affaiblissement de son autorité, mais aussi parce qu'elle lui apportait l'inconnu, il repoussait obstinément toute discussion à ce sujet. Il se persuadait d'ailleurs que les réclamations n'avaient rien de sérieux, que l'agitation n'était que factice, entretenue seulement par quelques hommes de parti, sans que les masses eussent aucun souci des droits qu'on invoquait pour elles. En général, la politique représentative n'était pour lui qu'une grande comédie; et le système constitutionnel une mystification, a C'est la « maladie de l'époque, disait-il ; elle passera, mais il faut « savoir la traiter. Les rois du continent s'en préservent avec « terreur; moi, j'emploie la méthode homéopathique, et cela « me réussit. » Avec aussi peu de respect pour des formes politiques dont il avait la garde, il devait nécessairement accueillir avec dédain ou légèreté tout ce qui tendait à les développer. Trop oublieux, d'ailleurs, de l'origine de sa royauté, il ne voulait se rappeler que l'origine de sa famille, et chaque fois qu'il s'agissait des prérogatives de la couronne, il terminait la discussion en disant : « Ne suis-je pas le petit-fils de Louis XIV. » La révolution de 1789 n'était à ses yeux qu'un fait passager dont il fallait amoindrir les conséquences, celle de 1830, une transaction de famille qui n'ôtait rien au principe dynastique. Or, ce principe n'admettait pas de concessions : celles qui avaient été faites, il les considérait comme provisoires ; sa logique, par conséquent, n'en pouvait accueillir d'autres.

Mais ses ministres, qui voyaient de plus près les agitations réformistes, commençaient à s'en préoccuper ; et sans même en comprendre toute l'importance, ils ne pouvaient s'empêcher d'en tenir compte, ne fût-ce que pour les comprimer. D'un autre côté, il se faisait à petit bruit des modifications

Page 1