‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 110 sur 182 · CHAPITRE IX. tiS · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. tiS

pouvait donc, sans violer toutes les règles du droit et de la logique, servir de bouclier et de glaive au& fonctionnaires attaqués par la presse. C'est ainsi que jugea le tribunal de première instance de Limoges. Mais les ennemis de la publicité avaient trop intérêt à introduire un moyen nouveau d'op* pression, pour se contenter d'une première épreuve. Sur l'appel, la cour royale donna gain de cause à H. Bourdeau ; plus tard la cour de cassation consacra cette monstrueuse procédure, qui, conservant le nom de son inventeur, fut appelée jumprudence Bourdeau. Le Progressif de Limoges fut ruiné par la somme de dommages accordés à l'ancien ministre de la restauration ; désormais les fonctionnaires publics pouvaient répondre par une demande d'argent aux reproches d'incapacité et de dilapidation.

A Paris, s'ouvrait contre la presse une campagne générale. Le 8 janvier, le Charivari était condamné en cour d'assises pour avoir dit que M. Hébert avait reçu la croix d'honneur comme récompense de ses services dans le procès de septembre. L'imprimeur partageait la peine du gérant. Le i 8, la chambre des pairs condamnait le Siècle à 10,000 francs d'amende et son gérant Louis Perrée à un mois de prison pour offense envers la chambre. Le 14 février, le gérant du National était condamné à un an de prison et 4,000 francs d'amende ; et celui de la Gazette de France à la même peine pour reproduction du même article. La Mode subissait deux ans de prison et 6,000 francs d'amende, son imprimeur trois mois de prison et 2,000 francs d'amende. Les peines infligées aux imprimeurs étaient blâmées même par beaucoup de ceux qui encourageaient les poursuites contre les journalistes. Des industriels, souent étrangers à la politique, faisant un acte de commerce.

leur semblaient devoir être à Tabri de rhostilité des partis. Les contradictions même des décisions prouvaient tous les vices de la loi ; tantôt acquittés, tantôt condamnés, les imprimeurs n'avaient pas même les garanties d*une oppression commune, qui peut au moins servir d'avertissement.

Une modification partielle dans le ministère venait de se faire en dehors de l'action des partis. Le 25 avril, à la veille de la discussion sur le projet de loi des chemins de fer, M. Humann était frappé de mort subite au milieu de ses travaux ; il fut trouvé assis dans son cabinet, la tête appuyée sur son bureau, sans qu'aucun avertissement eût fait présager cette soudaine catastrophe. Le ministre des finances du 15 avril, M. Lacave-Laplagne, fut aussitôt appelé à le remplacer.

Pendant la discussion même des lois surles chemins de fer, un affreux accident arrivé sur le chemin de fer de Versailles, rive gauche, répandait la consternation dans Paris. Le 8 mai, au milieu des fêtes de Versailles, un convoi nombreux de joyeuses familles regagnait la capitale, lorsqu'à la hauteur de Bellevue une des locomotives, brisée dans sa marche, sortit des rails, arrêta celle qui la suivait et toutes deux renversées par les voitures précipitées à leur suite, opposèrent un formidable obstacle de fer et de feu. Les wagons broyés s'entassèrent pêle-mêle sur les charbons brûlants, et un vaste bûcher consuma les voyageurs emprisonnés. Plus de cinquante personnes y trouvèrent la mort en quelques minutes. Parmi les victimes, la France perdait un de ses plus illustres enfants, le contre-amiral Dumont-d'Urville.

C'était un triste avertissement au moment où une loi nouvelle allait multiplier dans toute la France les bienfaits et les dangers de la vapeur. Sf. Dupin réclama, comme

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