CHAPITRE XI. ST
prince avait coutume de dire : « La montée est difficile, il faut prendre un nouveau relais ; » et les ambitions person-* nelles lui amenaient promptement un attelage de renfort. Mais dès que les escarpements étaient franchis» iMétachait l'attelage» et d'un coup de fouet dédaigneux le renvoyait à récurie.
Ainsi il en advint avec M. Thiers. Tout meurtri du corn-bat, séparé de ses amis, repoussé de ses nouveaux alliés, il n'eut plus qu'à se retirer dans sa tente, mais après avoir perdu son armée et sa position.
La session anticipée des chambres n'avait eu d'autre but que la loi de régence. Aussitôt après le vote, elles furent prorogées, non sans avoir apporté, dans la situation des partis, d'importantes modifications. Il est constant que le cabinet du 39 octobre s'était fortifié par l'adhésion du centre gauche. Mais la gauche elle-même, quoique amoindrie, avait montré dans la défense du principe électif une vigueur qui avait relevé son autorité morale. D'un autre côté, la discussion sur le pouvoir constituant, soulevée par les radicaux du parlement et de la presse, avait élargi le domaine de la politique, et réveillé dans les esprits des théories audacieuses sur le principe du gouvernement. Le résultat matériel du vote était sans doute une victoire pour la monarchie, mais la victoire avait été précédée de contestations menaçantes qui laissaient l'avenir plein de doutes et d'incertitudes. En voyant M. de Lamartine prendre hautement la défense de la mère du comte de Paris, on croyait dans le public qu'il y avait au parlement un parti tout formé pour la régence maternelle. On se trompait, il est vrai ; mais il suffisait qu'on le crût pour qu'un jour cela pût être.
Cette courte session avait pourvu aux intérêts dynasti-
ques. Il y en avait (Vautres cependant qui méritaient d^attirer la sollicitude du législateur, et le repos parlementaire fut plus d'une fois troublé par la voix des souffrances auxquelles on n'apportait aucun remède. Le cabinet du 29 octobre s'était vanté de sortir des abstractions politiques, pour entrer dans le domaine des faits. À défaut des satisfactions morales et qu'il appelait illusoires, il avait promis de faire une large part aux intérêts matériels, et cependant des plaintes partout répétées appelaient en vain l'accomplissement de solennels engagements.
La matière cependant était importante, et le champ était vaste, car il avait pour mesure l'étendue des douleurs et la variété des souffrances. Le pays légal lui-même, assis sur la propriété foncière, laquelle fournissait les bataillons de l'armée électorale, étalait aussi ses plaies et demandait soulagement. Accablé par les impôts, pliant sous le faix des créances hypothécaires, il eût volontiers repoussé des privilèges qui se mesuraient au poids des contributions. L'agriculture, base première de notre richesse nationale, dépérissait de jour en jour sous la double pression du fisc et de l'usure. Quelques chiffres puisés aux statistiques officielles peuvent indiquer l'étendue du mal et l'urgence du remède.
Le revenu territorial s'évaluait à 1,580,597,000 fr.
La propriété foncière payait à l'État 562,094,084
Les hypothèques inscrites au nombre de 4,587,862
Formaient un capital de. . . . 11,233,265,778
L'intérêt à 5 0/0 est de. . . . 561,533,288
D'où il résulte que la propriété foncière, sur un revenu