CHAPITRE XI
de 1,580,597,000 fr. payait 1,123,627,472 fr. ; c'est-àdire que le propriétaire ayant 1,500 francs de revenu payait en moyenne 1,100 francs d'impôt et d'intérêts.
Il est vrai qu'un certain nombre des hypothèques inscrites peut être retranché du capital total, les débiteurs aya;it négligé d'en obtenir la radiation. En tenant compte de cette déduction, on serait encore au-dessous de la vérité en fixant le total restant à huit milliards.
Mais, d'un autre côté, nous n'avons porté l'intérêt qu'à 5 p. 0/0 ; et pour qui connaît les formalités exigées par notre loi hypothécaire, et les frais exigés par ces formalités, il est évident que la moyenne de l'intérêt est de 10 p. 0/0 ; c'est-à-dire que le riche qui fait de gros emprunts et à longs termes, paie 6 à 7 p. 0/0, et que le pauvre qui emprunte de petites sommes et à courte échéance, paie de 15 à 20 p. 0/0.
On peut juger quelle perturbation une pareille législation jette dans les fortunes, quelles douleurs elle apporte aux familles, quels insurmontables obstacles elle oppose aux progrès de l'agriculture. Pour un ministère qui avait promis satisfaction aux intérêts matériels, quel sujet plus fécond de réformes utiles, quelle plus heureuse occasion de gagner les cœurs? Et pourtant rien ne se faisait; aucune tentative, même apparente, n'apportait une perspective de soulagement.
Les grandes industries n'avaient pas moins de sujets de plaintes. Une de celles qui manifesta avec le plus d'énergie son mécontentement, fut l'industrie vinicole, et les nombreux intérêts qu elle représente donnaient à ses réclamations une menaçante importance. Elle parlait, en effet, au nom , de six millions de travailleurs, au nom d'une culture qui
occupe en France la vingtième partie du sol, qui produit annuellement environ 40 millions d'hectolitres, représentant une valeur créée de 700 millions de francs, qui fournit à une exportation dont la valeur a souvent atteint 800 millions, qui donne lieu dans nos ports à un mouvement côtier ou de long cours de plus de 350,000 tonneaux, et qui paie enfin, tant au trésor qu'à l'octroi des villes, une somme de HO millions d'impôts. Et cette immense puissance productive était frappée de paralysie d'une part, à l'étranger, par les entraves du système protecteur et prohibitif, d'autre part, à l'intérieur, parle régime des contributions indirectes et des octrois. Dans le département de la Gironde, le mal était plus grand que partout ailleurs. Bordeaux, qui devait son ancienne prospérité à nos développements coloniaux, et qui ne s'était pas relevé du coup que lui avait porté l'émancipation de Saint-Domingue, Bordeaux, en particulier, avait une part immense dans les souffrances générales ; en six ans ses exportations avaient été réduites de près d'un tiers.
Aussi la crise commerciale se développait-elle sur cet important marché avec des symptômes effrayants. Une pétition des propriétaires de vignes de la Gironde signifia au gouvernement, que, par suite de l'entassement des vins et de la réduction des prix, il leur devenait impossible de payer Timpôt. Le président de la commission nommée par les propriétaires ajoutait : « Je ne puis vous celer la désaffection que les mesures ministérielles (la perception pratiquée sans ménagements et sans délais par les agents du fisc) produisent dans la Gironde , à tel point que, si des élections générales devaient avoir lieu en ce moment, il ne faudrait pas être étonné si elles produisaient des choix en-