‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 128 sur 182 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

de cavalerie. Mais il n'atteignit que quelques débris de troupes fugitives. Espartero s'était jeté dans un bateau qui le conduisit à bord d'un vaisseau anglais prêt à faire voile pour la Grande-Bretagne.

Telle fut la fin d'un homme appelé subitement à de hautes destinées par une révolution populaire qu'il fut le premier à méconnaître. Sans initiative et sans intelligence politique, il avait peu fait par lui-même pour monter au premier rang, il ne sut rien faire pour éviter la chute. Le favori qui avait été le véritable instrument de sa grandeur» devint la cause de sa perte, et l'influence britannique qu'il avait acceptée comme sauvegarde de sa puissance, souleva toutes les colères nationales qui devaient le renverser. Marie-Christine, en luttant contre les libertés publiques, suivait la logique de la royauté ; Espartero, en marchant dans la même voie , était infidèle à son origine et accusait luimême son pouvoir. Personne ne pouvait contester la justice de son châtiment.

Malheureusement , il compromettait par ses fautes la cause de la révolution. En la voyant si stérile et si pleine de déceptions, on se prit à l'accuser des méfaits de son représentant, et Ton confondit dans une même réprobation le principe et l'agent coupable. Aussi, quoique les progressistes eussent donné le premier signal de la résistance, ce furent les royalistes qui eurent tous les fruits de la victoire. Les généraux émigrés, Narvaez et Coucha, prirent la plus haute influence. Déjà les christinos parlaient hautement de réparations pour l'ancienne régente. Des correspondances actives s'échangeaient avec Paris, et l'on préparait, sans beaucoup de mystère, un retour qui devait effacer les dernières traces de la révolution.

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De nouvelles élections écartèrent tout ce qui restait de partisans d'Espartero. La première mesure des cortès fut de proclamer la déchéance du régent et la majorité de k reine, qui ne devait s'accomplir légalement que le 10 octobre 1844.

C'était, pour les progressistes, une précaution contre les ambitions particulières, pour les royalistes un moyen 'plus facile de rappeler la reine-mère.

Isabelle, en possession pleine et entière de la couronne, maintint le ministère Lopez. Mais soit qu'il regardât [sa tâche comme accomplie, soit qu'il fût effrayé des difficultés de la situation, Lopez donna sa démission avec tous ses collègues.

Les progressistes, cependant, se sentaient encore assez forts pour ne pas se dessaisir du pouvoir. Le nouveau président du cabinet fut un de leurs chefs les plus influents et les plus énergiques, M. Olozaga.

Il eut, dès le principe, à lutter contre le mauvais vouloir des christinos qui, en majorité à la chambre, étaient encore appuyés par les influences du palais. Parmi les plus agissants était Narvaez, favorisé par la jeune reine au delà même des bienséances. Elle voulut contraindre M. Olozaga à inviter le général à un dîner diplomatique ; le refus obstiné du ministre exaspéra la reine et son protégé. M. Olozaga rencontra des obstacles jusqu'au sein du conseil. Le général Serrano, d'accord avec Narvaez, donna sa démission. En même temps se préparait dans les cortès une formidable opposition ; M. Olozaga résolut de mettre fin aux intrigues par un acte de vigueur, la dissolution des cortès, et pour ne pas avoir à lutter contre des dissentiments au sein du conseil, il rédigea le décret sans consulter ses collègues, et se présenta, le 28 novembre au soir, chez la

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