‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 129 sur 182 · CHAPITRE Xn. 3 H · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xn. 3 H

reine pour obtenir sa signature. Le lendemain, les christinos apprirent avec stupéfaction l'audacieuse résolution du ministre, et alors se trama un de ces complots de palais qui laissent toujours derrière eux le doute et le mystèfe. Des bruits étranges circulèrent sur la conférence du 28 novembre ; l'on assurait qu'Olozaga avait usé de contrainte envers la reine, et que l'acte de dissolution était le fruit de Tintimidation et de la violence. Voici, au surplus, la déclaration de la reine, faite en présence des principaux dignitaires du royaume :

« Dans la soirée du 28 novembre, Olozaga se présenta à moi et me proposa de signer le décret de la dissolution des cortès. Je répondis que je ne voulais pas le signer, par la raison, entre autres, que ces cortès m'avaient déclarée majeure. Olozaga insista; je me refusai de nouveau à signer le susdit décret ; je me levai et me dirigeai vers la porte qui est à la gauche de mon bureau ; Olozaga me devança et mît le verrou à cette porte ; je me dirigeai à celle qui est en face, et Olozaga me devança encore et mit le verrou à cette porte. Il me saisit par ma 'robe et m'obligea à m' asseoir ; il me prit la main et m'obligea à signer. Olozaga s'en alla ensuite, et je me retirai dans ma chambre. »

Il faut remarquer que cette déclaration fut faite le V^ décembre, et que les dévoués du palais avaient eu tout le temps de circonvenir Isabelle, et de construire un roman propre à faire effet dans la bouche d'une jeune fille et d'une reine.

Narvaez avait eu les premières confidences de la reine sur la signature de la dissolution. Quelles furent, en cette \)C6asion, ses influences et ses manœuvres, c'est ce qu'on

31 s HISTOIRE DE HUIT ANS.

ne saurait déterminer. Toujours est-il qu*il se sentait perdu si le décret de dissolution était maintenu. A peine sorti de sa conférence avec Isabelle, il convoqua le président et las vice-présidents de la chambre, leur exposa en teraies emphatiques les outrages qu'avait subis la personne royale. La destitution de M. Olozaga fut arrêtée dans ce premier conseil.

Ce fut encore Narvaez qui provoqua la réunion des hauts dignitaires, lesquels, le l""' décembre, reçurent la déclaration de la reine. Olozaga ne fut ni entendu, ni appelé. On le condamnait sur les paroles d'une enfant, paroles dictées peut-être, très-suspectes, en tout cas, lorsqu'elle était environnée de tant de gens intéressés au mensonge.

La fable, du reste, était merveilleusement calculée pour faire effet sur le public. On connaît le culte superstitieux de la population espagnole pour la royauté. Ce vieux fanatisme a survécu aux révolutions, et le prestige du trône aveugle encore les yeux, même au milieu des plus formidables insarreclions. L'idée d'un outrage fait à la reine fut accueillie par la population crédule de la capitale avec des cris de colère ; en chargeait de malédictions le ministre coupable, et les passions s'exhalaient en paroles de sang et de mort.

Olozaga, cependant, repoussait hautement l'accusation, et les progressistes devinaient les manœuvres de leurs ennemis. Réunis au nombre de soixante-seize députés des cortès, ils appelèrent Olozaga au milieu d'eux pour lui demander des explications. Il les donna satisfaisantes, complètes, montra la main de Narvaez et des christinos ourdissant la trame grossière de cette infâme accusation, demanda à être confronté avec ses accusateurs, les défia de le mettre

Page 1