CHAPITRE XIII. 3t
vation de M. Bugeaud à la dignité de maréchal se liait à un projet conçu depuis longtemps de confier le gouvernement général de FAlgérie au duc d'Aumale. H. Bugeaud n'aurait pas voulu céder sa place sans une compensation éclatante, et Theureux résultat de ses campagnes en offrait roccasion.
Louis-Philippe, d'ailleurs, méditait pour son fils un titre plus significatif. Le gouvernement général de FAlgérie pouvait être transformé en vice-royauté, et le duc d'Aumale aurait alors un établissement conforme à sa naissance. Car le roi, infatigable dans son activité paternelle, ne négligeait aucune occasion de faire valoir ses fils, de les montrer aux populations, et d'appeler sur eux des hommages qui semblaient environner le trône de garanties nouvelles. Le duc de Hontpensjer avait parcouru les départements du midi , et les journaux dynastiques faisaient grand étalage des empressements de tous les habitants à fêter le prince voyageur. Le duc de Nemours avait eu les mêmes succès dans l'ouest , jusqu'à ce qu'il arrivât au Mans. Là, se rencontrait un maire plus ami de la démocratie que des princes, et ne se croyant pas obligé de répéter à l'illustre voyageur les formules banales qui l'avaient accompagné sur toute sa route. Comptant, par son intelligence et sa position sociale, parmi les hommes les plus considérables du département de la Sarthe, M. Trouvé-Chauvel avait pris possession de la mairie par les victoires répétées de l'opposition radicale dans les élections ; ses deux adjoints^ MM. Sévin et Jadin, représentaient également Télément démocratique , et une majorité imposante dans le conseil municipal luttait avec avantage contre les influences du préfet.
Lorsque le duc de Nemours se présenta, le 7 août» âaB«
la ville du Mans, H. Trouvé-Chauvel, appelé par ses fonctions à le recevoir au nom des habitants de la ville, prononça un discours qui ne ressemblait en rien , sans doute , à ce que le prince avait entendu jusque-là, mais qui était remarquable par la simplicité et l'élévation du langage , en même temps que par un profond sentiment des convenances. Il est vrai que le maire, fidèle représentant de ses délégués, n'avait déguisé ni leurs vœux, ni leurs espérances.
« Si notre population, disait-il, s'empresse autour d'un « jeune prince, c'est qu'elle estime qu'il doit, par ses ten- « dances comme par son âge, appartenir à la jeune géné- « ration. Elle n'oublie pas, d'ailleurs , que les chambres ff vous ont désigné pour présider au gouvernement de « l'État durant les difficiles épreuves d'une minorité. Si « l'avenir vous réserve ces hautes et pénibles fonctions, on a vous verra, nous en avons la confiance, donner à la li- « berté toutes les garanties désirables, accepter avec sincé- (( rite les institutions ^représentatives , maintenir au dehors (( la dignité de la France, renouer avec les traditions gé- « néreuses de la vieille politique française, et prouver que M les révolutions ne doivent pas placer un peuple au-des- <( sous de ce qu'il était, alors qu'il obéissait aux volontés « absolues des rois. »
Les courtisans virent dans ces phrases une critique indirecte du gouvernement de Louis-Philippe. Us pouvaient avoir raison. Mais ils contestèrent au maire le droit de [parler un langage politique. Selon eux, un maire devait renfermer ses phrases dans les limites d'un fade compliment, M. Trouvé-Chauvel avait fait abus de ses fonctions. Leurs colères donnèrent à cet incident de voyage une importance immens^e ; les journaux ministériels de Paris et des dépar-
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tements fulminèrent des réquisitoires ; M. Trouvé-Chauvel et ses adjoints furent des ti lues. Je Conseil municipal du Mans fut dissous. Il semblait que l'honneur du duc de Nemours fût compromis. Le zèle maladroit allait jusqu'à en faire une affaire personnelle du prince avec le maire. Pour une si grave offense , il fallait une victime. Il est vrai que M. Trouvé-Chauvel y gagna une popularité plus grande, tandis que le duc de Nemours perdait tout le fruit de son voyage. Que pouvaient valoir désormais les discours officiels , lorsqu'on punissait avec bruit ceux qui ne plaisaient pas ?
Dans ces querelles de prince à fonctionnaire, les journaux dynastiques avaient toujours des colères si compromettantes, que le silence eût mieux valu pour la cause royale. Mais comment faire taire les flatteurs ? C'eût été renoncer aux anciennes traditions.
Ils eurent bientôt occasion de faire succéder les dithyrambes aux emportements. Une grande solennité allait réjouir les cœurs vraiment monarchiques. La reine d'Angleterre venait en personne rendre visite à Louis-Philippe, et distraire ses royales grandeurs sous les ombrages de la résidence d'Eu. Il ne s'agissait pas, il est vrai, d'une entrevue politique, d'une de ces conférences entre souverains qui règlent les destinées des peuples. La monarchie constitutionnelle rend ces rapprochements moins importants et moins dangereux. Ce n'était pas autre chose qu'un délassement pour la jeune reine, un moment d'élan vers la liberté personnelle, n'ayant pas d'autre portée qu'une fantaisie de femme allant aux eaux pour fuir les soucis du ménage. Cependant ces fantaisies sont souvent accueillies' avec une certaine inquiétude par le maître du logis, et le maître du logis était n. 21
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sir Robert Peel. II voyait avec un médiocre plaisir la reine Victoria livrée aux câptations habiles de Louis-Philippe, et quoiqu'elle ne put en droit prendre aucun engagement politique sans l'aveu de ses ministres, elle pouvait dans d'intimes causeries laisser tomber une promesse royale qu'on n'oserait contredire. D'après la loi anglaise» lé souverain ne peut sortir du royaume sans le consentement de son conseil. Mais lorsqu'il ne s'agissait que d'une partie de plaisir, il eût semblé trop rigoureux d'user strictement du veto ministériel, et Peel accepta par son consentement là responsabilité du voyage. Il eut soin, toutefois, de faire accompagner la reine par lord Àberdeen, en qualité de directeur et de surveillant polkique, représentant le cabinet à bord et sur la rive française .
Louis-Philippe accueillit avec une grande joie la nouvelle de cette bonne fortune. Sa plus chère ambition était de prendre aux yeux de l'Europe une place incontestée dans la famille des rois, et les mauvais vouloirs des doun$ du Nord lui rendaient plus précieux un éclatant hommage de fraternités Cette démarche spontanée d'une grande souveraine était pour lui une consécration. Calcul puéril sans doute, insultant pour la nation française qui, pour faire un roi, n'avait pas besoin de la sanction des autres rois, mais tout à fait tn harmonie avec les pensées secrètes de Louis-Philippe, que troublaient toujours les souvenirs de son origine, et qui mettait toute si politique à la faire oublier.
Ceux qui entouraient le roi, témoins de ses contente^* ments, faisaient grand bruit de cet illustre rendez-vous, et célébraient en style pompeux les magnifiques préparatifs de l'entrevue. Les hommes raisonnables ou ûidiffiâreots ne voyaient aucune importanee à un fait qui ne sortait pas dfls
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proportions d'une visite de voisinage, et les hommes politiques n'étaient ni alarmés, ni réjouis d'une politesse qui se faisait moins au roi de France qu'à Louis-Philippe personnellement.
Ce fut le 2 septembre que la reine Victoria débarqua au Tféport. Louis-Philippe fit les honneurs de son château d'Eu avec'beaucoup de grâce et de munificence, mais plus en seigneur féodal qu'en roi. Il y eut de splendides repas, des cavalcades dans les bois, des collations sous la feuillée ; de part et d'autre on semblait se dérober aux soins de la royauté, et il n'y aurait eu aucune trace de soucis politiques, si ce n'eût été la présence de M. Guizot et de lord Aberdeen, FAchate et le Mentor des monarchies constitutionnelles.
Cinq jours se passèrent dans les fêtes, déorites avec une complaisante admiration par les écrivains du château, regardées avec indifférence par le public, qui n'y associait aucune idée d'intérêt général. Louis-Philippe pouvait penser que sa couronne venait de recevoir un nouvel éclat; la nation jugeait, à bon droit, que c'était elle, et non les adhésions étrangères, qui donnait à la couronne toute sa grandeur.
Cependant des hommes ordinairement bien informés prétendaient que les conférences d'Eu n'avaient pas été complètement stériles, et qu'au sein des promenades champêtres, MM. Guizot et Aberdeen n'avaient pas tout à fait oublié leurs fonctions diplomatiques. On parlait d'un pro- ' jet d'alliance dont les bases auraient été arrêtées au milieu des fêtes, et qui entrait assez dans les vues de Louis-Philippe pour obtenir quelque crédit dans le monde diplomatique. Il s'agissait d'une étroite alliance entre la France, l'Angleterre et l'Autriche. Le roi aurait ainsi réalisé le pro-
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jet qu'il poursuivait depuis tant d'années, d'une union étroite avec l'Autriche ; il détruisait en même temps l'œuvre de lord Palmerston, et isolant la Russie, retournait le traité de juillet contre la puissance qui l'avait provoqué.
A ne consulter que la suite des événements on serait tenté de croire que ce projet ne fut pas sérieusement discuté; mais le défaut d'exécution ne tint peut-être qu'à la chute prochaine des tories, dont lord Palmerston devait nécessairement rejeter les traditions diplomatiques.
Louis-Philippe eut bientôt occasion de mettre à l'épreuve la bonne volonté de la reine Victoria, dans une question qui lui était toute personnelle, insignifiante d'ailleurs pour la France, et dont il fit maladroitement une grosse affaire politique.
Le duc de Bordeaux, promenant ses loisirs dans les cours étrangères, était arrivé à Londres dans le courant à'ociobtt, et le roi des Français se montrait, plus que de raison, alarmé de ce voisinage. Il redoutait surtout de le voir officiellement reçu à la cour, ce qui aurait singulièrement effacé 'toutes les illusions des conférences d'Eu. D'un autre côté, il était difficile de persuader au gouvernement anglais que le duc de Bordeaux fût un simple particulier, et pour les tories surtout, sa chute ne pouvait être un titre de proscrip* 4ion. Ils venaient de présenter Espartero aux réceptions de la reine,, et il devait paraître étrange qu'ils eussent moins de condescendance pour l'héritier des Bourbons. La question était délicate, d'autant plus que dans une correspondance diplomatique, M. Guizot était embarrassé d'avouer les sérieuses inquiétudes du roi dans une question aussi frivole. Mais lord Aberdeen sut démêler la vérité au milieu des rétic^ces du langage officiel. Il s'en
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expliqua francbement avec le premier secrétaire de l'ambassade, M. de Rohan-Chabot. « La reine, dit-il, désire ne « point voir le prince ; et, quant à moi, je prendrais la res- « ponsabilité de lui conseiUer de refuser sa visite, si, par « un motif quelconque, vous m*en exprimiez le désir au ff nom du gouvernement français. La question est donc « entre vos mains, et vous connaissez assez ce que sont les « dispositions de cette cour pour n'éprouver aucun scru- « pule à nous faire connaître vos vœux.
Cependant lord Aberdeen ajoutait :
« Maintenant, je vous dirai que, livré à moi-même, et si « l'on était indifférent à Paris, je voudrais que, s'il le défi sire, la reine reçût le jeune prince. Il me semble que « nous ne pouvons pas faire moins pour le petit-fils de « Charles X, qui revient en Angleterre avec son simple « titre de prince exilé, que nous ne nous sommes crus a obligés de le faire pour un aventurier comme Espartero. « Cette réception serait évidemment strictly private, une a simple présentation, sans dîner, etc. Mais si vous m'en « exprimez le désir, je le répète, je déconseillerai même « cette simple prévenance de notre cour. »
Cette demande officielle réclamée par lord Aberdeen, pour mettre à couvert sa responsabilité, ne se fit pas parles négociateurs ordinaires. Le roi Léopold, intermédiaire constant et officieux auprès de la cour d'Angleterre, en fut chargé, ainsi qu'on peut le voir par l'extrait suivant d'une lettre de Louis-Philippe au roi des Belges, portant la date du 4 novembre 1843 :
« Je crois qae dans les grandes afTaires politiques il D*y a qa*ane base, cest la vérité. Le doc de Bordeaux va en Angleterre, pas comme visitoT abandof^ and interesting, mais comme pretendery cela est cer-
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iain. Dès ion il faat qo'il Be soit pas reça par la reine. Il est tnposiible de prévoir quel serait le résaltat d'une réception. Si ce n*était que quelque coup de tète de quelques carlistes sur les côtes de la France, la tranquillité actuelle serait troublée, et Timpression des plus nuisibles. Le voyage de Nemours devient, outre cela, impossible. Le public en France dirait qu'il a été envoyé en Angleterre pour empêcher la réception du duc de Bordeaux, mais sans réussir. Pour résumer, je doisdonc franchement dire qu'on doit poser le cas de la manière la plus conclasive, que le duc de Bordeaux ne doit pas être reçu par la reine. Qa'on mette le plus de formes dans cette décision que Ton voudra, cela on le pourra, pourvu qu'on ne cède pas sur le fait. »
L'intervention du roi Léopold eut un plein suecès, ainsi qu'on peut le juger par la lettre suivante ;
Saint-Clood, dimanche, 12 novembre 4843.
d Mon très-cher frère et excellent ami,
« C*est au moment d'entrer au conseil que je reçois votre bonne c( lettre d'hier, et je m'empresse de vous remercier de vos bons efforts ft auprès de la reine Victoria pour l'entretenir dans leâ bonnes dispo- « sitions qu'eUe avait manifestées à Eu, relativement à la réception « du duc de Bordeaux. Elle y a most nobly persistei, et lord Âberdeen « nous ayant donné l'assurance qu'il en donnerait le conseil ofSliel à « la reine, nous n'avons plus d'inquiétude sur ce point, puisqu'on a « exigé que nous le demandions, et qu'à présent c'est un engagement
« pris avec nous .
« Il est incontestable que la réception par la reine d'Angleterre ne « serait pas un acte de pure et simple courtoisie, mais un acte poli- <« tique, et qui en aurait toute la portée.
« Au surplus, mon cher frère, veuillez faire parvenir à la reine Vie- « toria combien je suis touché, ainsi que toute ma famille, des senti- « ments qu'elle nous a manifestés sur ce point, et de la ténacité qu'elle « y a mise. Veuillez aussi, si vous en avez l'occasion, faire savoir à lord « Aberdeen ce que j'ai déjà bien chargé Nemours de lui exprimer,
CHAMTRB Xm. 83K
IK coipbienj*«ppré«ie, ainsi que mon goarernemeDt, ses procédés «nvers « ooos diu9S caUe circoosUnce
c Louis-PHii^iprE. »
Déjà rassuré sur les dispontions de Saint-James, le roi afait, le 9 novembre, fait partir pour Londres le duc de Nemours. Ce prince pouvait compter sur une réception offi* eielle, ce qui faisait déjà un contraste en faveur de la royauté de juillet, un double triomphe par l'empressement d'un côté, par la froideur de l'autre. Hais si dans les régions administratives tous les hommages étaient concentrés surla branche cadette, la haute aristocratie britannique offrait à l'aîné de la race de fastueuses compensations, en l'appelant à ses châteaux, à ses festins, à ses chasses, en l'environnant dç tous les égards réservés aux têtes couronnées. Il est vrai que le duc de Nemours aussi avait part aux fêtes de la noblesse, car tout prince, qu'il soit de première ou de seconde qualité, est accueilli avec ferveur dans les domaines féodaux de la Grande-Bretagne. Cependant pour l'humeur chatouilleuse de Louis-Philippe, il y avait quelque chose d'irritant même dans l'égalité, et le futur régent de France lui semblait devoir peser d'un poids bien plus considérable que h prétendant.
Sa susceptibilité, d'ailleurs, était mise à une plus rude épreuve contre laquelle les transactions diplomatiques n'avaient aucun effet. La présence du duc de Bordeaux à Londres avait inspiré à quelques légitimistes le désir d'aller offrir leurs hommages à leur prince. Fantaisie fort innocente, satisfaction inoffensive que se donnait un parti vaincu, réduit à l'état de sentiment, et n'ayant plus que des
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vœux impuissants pour adoucir les amertumes de Texil. Tel fut, en effet, le sens des premières visites. Quelques gentilshommes dévoués s'en allaient se jeter aux pieds du fils de leurs rois, et revenaient heureux d'en avoir obtenu quelques bonnes paroles. Bientôt la mode s'en mêla, puis la politique voulut en tirer parti. Les salons du fauboui^ Saint-Germain s'enivrèrent au récit des grâces ineffables du prince, chacun voulut avoir sa part de contemplation ; jeunes gens et vieilles douairières se suivirent au pèlerinage de Belgrave-Square, résidence du descendant de saint Louis; et les journaux légitimistes, prenant au sérieux cette promenade sentimentale, conviaient les phalanges royalistes à grossir les rangs de la croisade, et à faire montre de leurs forces aux yeux de l'Europe.
Pour un gouvernement sûr de lui-même, ces démonstrations n'eussent été que ridicules. Mais pour un gouvernement qui n'était pas national et ne voulait pas l'être, qui, à ses propres yeux, n'était pas légitime et voyait en face de lui le représentant de la légitimité, il semblait alarmant d'assister à ces courses chevaleresques devenues autant de protestations et d'insultes. Loui#-Philippe en éprouvait des ressentiments profonds qu'il ne dissimulait pas, chaque fois surtout qu'un nom de quelque importance parmi la vieille noblesse s'ajoutait; à la liste des voyageurs. Car une de ses faiblesses, d'accord, du reste, avec sa politique générale, était de chercher à ramener autour de sQu trône les noms anciens qui avaient fait l'éclat de la monarchie. Celui qui aimait à s'appeler le petit-fiis de Louis XIV, avait fort à cœur d'orner l'astre royal des mêmes satellites, et en voyant ce qu'il appelait la noblesse de France s'empresser vers l'exigé 4^ Londres^ il se laissait aller à des
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dépits presque révolutionnaires. Les organes ministériels se faisaient Fécho de ses colères, et donnaient par leurs plaintes mêmes une importance exagérée aux épanchements des royalistes, devenus arrogants après avoir été naïfs.
H. de Chateaubriand, malgré ses désenchantements, avait suivi le torrent ^u pèlerinage, et sa présence à Belgrave- Square avait été pour le duc de Bordeaux et ses partisans un nouveau sujet d'allégresse. Les légitimistes, réunis à Londres, voulurent témoigner publiquement leur reconnaissance au vétéran du royalisme. M. le duc de Fitz- James fut chargé de parler en leur nom. Voici quelques extraits de son discours :
« Après avoir rendu hommage aurai de France, il noil^ restait encore un autre devoir à remplir, et nous nous sommes présentés auprès de vous pour rendre hommage à la royauté de Tintelligence.
« La France qui, malgré tout ce qui est arrivé, est toujours notre pays, regarde votre conduite avec admiration... •
a Acceptez l'hommage de ces Français qui sont restés, dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, fidèles à leur roi et à leur patrie »
Ces discours insurrectionnels, prononcés sans équivoque, sanctionnés par les acceptations tacites de Chateaubriand, redoublaient les colères des Tuileries. Elles furent provoquées encore par un article d'une feuille légitimiste, la France, qui se permettait des réflexions très-irrévérentes sur le voyage du duc de Nemours en Angleterre. Ce journal s'étonnait qu'on envoyât le régent problématique à Londres au moment même oii le comte de Chambord s'y promenait ;
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et il allait jusqu'à demander si le filsdeLouiB^Pbtlippe ae se rendait pas en Angleterre pour aller offrir ses hommages à celui qu'en un autre temps il appelait ton mgmw et maître.
Le journal fut saisi ; le gérant sommé de comparaître à bref délai, par citation directe^ sans instruction préalable, afin que le jury fit promptement justice d'un méfait aussi impardonnable. Mais le jury ne se montra pas aussi empressé de s'associa aux colères dynastiques : la France fut acquittée. Le ministère ne se lassait pas de compromettre la royauté par des questions personnelles.
Aussi les démonstrations de Belgraye^Square prenaientelles, aux yeux des Tuileries, des proportions démesurées. Le château était plein d'émoi. Le préfet de police enyoyait régulièrement au président du conseil la liste des personnes qui prenaient, dans ses bureaux, des passeports pour l'An* gleterre, et même des voyageurs qui partaient des départements pour Londres. En même temps, le maréchal Soult faisait examiner avec soin s'il y avait sur ces listes fataleft des militaires en activité de service» La terreur allait grossissant chaque jour.
Un incident nouveau vint y mettre le comble. On apprit que des députés, des députés en exercii^e, étaient à Londres, portant leurs dévouements aux pieds du « jeune roi, ^ comme l'appelaient les journaux tories. Le plus en renom était M. Berryer ; les autres étaient MM. de Larcy, de Valmy, le marquis de Prçigne, et M. Blin d« Bourdon, W, de La Ro-^ cbejacquelein vint plus tard* Il serait difficile de donner la mesure des indignations officielles à cotte haute incon* venance. Le roi était furieux, les ministres consternés ; le Journal ies D^bai« criait à la trahison» Des howioosrevé-