‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 135 sur 182 · CHAPITRE Xin, $Z · texte numérisé non relu

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tus d'un caractère public, ayant prêté serment de fidélité à Louis-Philippe, aller se présenter en chevaliers d'un pré*tendant rival I c'était un acte inouï que l'organe ministériel signalait à la justice du pays. M. Berryer, surtout, était l'objet des plus grosses injures, soit que sa réputation donnât plus d'in^portance à sa démarche, soit qu'on n'admit pas en sa faveur les excuses que pouvaient invoquer les gentilshommes. On parlait de faire un exemple, de le citera la barre de la chambre, et de lui demander compte de ses trahisons. Malheureusement pour la royauté, les indipa-* tiens ne s'étendaient pas au delà du cercle des affidés. I^e public avait été assez indifférent au pèlerinage de Belgrave- Square ; il se sentait médiocrement ému des doléances dés Tuileries. Les petits levers d'une cour imaginaire avftient eu leur côté facétieux, on n'était guère disposé à donner à la comédie un dénoûment tragique.- Les indifférents n'y trouvaient qm matière à distraction, et les radicaux se plai* saient au spectacle de ces deux royautés en lutte, qui nQ pouvaient que* s'y amoindrir toutes deux.

Et cependant le plus curieux encore était caché aux re-« gards du public. La cour exiguë de Belgrave-Square était livrée déjà aux dissensions intérieures, aux luttes ambitieuses, aux rivalités personnelles. La scission qui s'était produite entre les légitimistes devenait tous les jours plus profonde. Les hommes du droit divin traitaient en hérétiques les partisans du droit national, Ceux-rci, de leur côté, raillaient avec amertume les immobiles du parti, et ne recur lant devant aucune conséquence de leur logique, procla-r nfiaient hardiment le suffrage universel. Les premiers avaient pour organes la France et la Quotidienne ; la tribune des autres était la Gazette^ dirigée par un homme remuant, au^

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dacieux, d'une intelligence vive quoique déréglée, et tirant un parti merveilleux de sa double influeuce de prêtre et de journaliste. Son action s*exerçait principalement sur les gentilshommes de la province, au milieu desquels s'étaient perpétuées des traditions d'indépendance, que ne comportaient pas les habitudes de la noblesse de cour. Tout ce qu'il y avait de jeune aussi dans ce vieux monde acceptait volontiers des idées de régénération qui pouvaient rendre la vie politique à un parti effacé. Quelque difficile, au reste, qu'il parût de concilier la souveraineté nationale avec la légitimité, il est incontestable que M. de Genoude avait réussi par ses opiniâtres paradoxes à donner quelque activité au parti royaliste, et quelque apparence de jeunesse à des doctrines caduques. Aussi sa clientèle était-elle beaucoup plus considérable que celle des feuilles rivales. La bannière du droit divin perdait chaque jour quelques soldats, et la Gazette luttait avec avantage contre les vieux chofs restés dans Tomière. Ceux-ci courant vers le duc de Bordeaux crurent avoir une bonne occasion de ressaisir leur influence, en obtenant l'appui du représentant suprême de la monarchie, en faisant condamner les hérétiques par une auguste décision qui rétablirait l'unité dans l'église divisée. Leur tâche était facilitée et parles préjugés personnels du prince, et par les influences aveugles qui l'entouraient et le dominaient. Le duc 'de Bordeaux, soit par paresse d'esprit, soit par les effets d'une longue habitude, était encore sous la férule du duc de Lévis, homme opiniâtre, immobile comme un émigré, adversaire même des concessions de 1815, et ne pouvant avoir aucune idée commune avec la France de 1843. Il surveiuait avec un soin jaloux son royal pupille, dirigeait les audiences, y assistait constamment, afin qu'aucune pa-

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