‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 137 sur 182 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

« ment autorisé à intercéder auprès du gouvernement fran- <r çais, afin d'assurer à la reine infortunée de ces tles toute « là liberté compatible avec les restrictions qu'elle s*est im- « posées*

« Le gouvernement de S. M. se regarde comme engagé, «[ par toutes les considérations d'honneur national et de <r justice, à soutenir les missionnaires protestants des îles de ff la Société; et il ne saurait admettre que le changement (( récemment survenu dans ce pays ait altéré ou affaibli en ff rien cette obligation^. »

Le même ministre écrivait au consul Pritchard : c Le « gouvernement de S. H. déplore sincèrement l'affliction « et l'humiliation que la reine Pomaré a souffertes ; » et puis cette phrase significative : « Vous surveillerez avec ff une vigilance incessante la conduite des Français à l'égard ff de nos missionnaires, et vous ne manquerez pas de rapff porter minutieusement au gouvernement de S. M. toutes ff les circonstances qui vous paraîtraient à cet égard dignes « d'attention. »

De (pareilles instructions données de loin à un méthodiste brouillon, pouvaient facilement être prises pour une invitation à la résistance et au désordre. L'Angleterre s'arrogeait un protectorat moral à côté du protectorat légal des Français ; il devait y avoir nécessairement conflit.

Cette sollicitude d'ailleurs pour les missionnaires était loin d'être désintéressée. Depuis longues années l'Angleterre détachait sur les îles de l'océan Pacifique, petites ou grandes, des escouades de prêcheurs de toutes sectes, qui, dominant de gré ou de force les petits sojiiverains de ces iles, formaient

1 Lettre de lord Aberdeen à lord Cowley. « Ibid.

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partout de véritables colonies anglaises. Souvent leur autorité n'y était ni très-forte, ni très-éclairée ; car les sectaires de la Grande-Bretagne ne reconnaissant aucune hiérarchie ecclésiastique, les émigrants prédicateurs étaient de toute classe et de toute profession : petits commerçante, forgerons, charpentiers ou maçons, ils cumulaient les profits de leurs métiers avec les bénéfices de la Bible, et mêlaient les vexations de l'industrie aux charitables leçons de l'Évangile. Leur venue avait été dans plus d'un endroit roccasion de combats sanglants, causés soit par leur oppression, soit par leur habileté à irriter les chefs les uns contre les autres. Cependant ils finissaient par prendre racine, encouragés et appuyés par le gouvernement anglais, qui faisait ainsi des conquêtes politiques et commerciales, sans qu'on pût l'accuser lui-même d'ambition. Une fois les missionnaires établis dans une île, l'Angleterre comptait bien que l'île lui appartenait. Aussi le protectorat français était-il véritablement la dépossession des Anglais, auxquels il ne manquait qu'un titre légal, mais qui avaient à Tahiti une domination de fait. On comprend dès lors les mécontentements de lord Aberdeen et ses prudentes réserves en faveur des mission* naires.

Dans les premiers temps, néanmoins, l'autorité des Français s'exerça sans troubles et sans opposition. La reine paraissait accepter avec résignation la position nouvelle qui lui était faite, lorsqu'au mois de janvier 4843, la corvette anglaise le Talbot entra dans la baie de Papaëte. A dater de ce moment, des signes de mécontentement éclatèrent parmi les indigènes ; Pomaré se montra irrésolue et méfiante ; le commandant du Talbot, en communication constante avec les missionnaires, les poussait à l'intrigue, et ceux-ci,

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