‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 146 sur 182 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

que le projet tant désiré serait présenté dans les premiers jours de 1844.

Aussi, à l'époque de la convocation, fixée au 37 décembre, les feuilles de Topposition appelërent-eUes l'attention publique sur Topiniâtre avidité de la cour, qui voulait à toute force contraindre la nation à une aumône officielle. Les controverses personneUes se réveillèrent. Le roi fut sommé de rendre compte, et la majesté de la couronne soumise à des discussions de doit et avoir. C'était une bonne fortune pour les radicaux, et ils firent bien d'en user; mais les journaux dynastiques avaient l'imprudence de les imiter, et avilissaient leur propre principe.

H. Guizot vit bien que le moment n'était pas venu de se jeter dans une aussi périlleuse aventure. Il s'en expliqua avec quelques-uns de ses collègues : « C'est une question « de vie ou de mort, leur disait-il ; les chances sont fort « incertaines ; les députés qui arrivent des départements (f apportent une résistance marquée contre toute augmen- « tation de charges ; nous risquons donc une chute com- « plète, et le cabinet sera emporté avec la loi. » Les autres ministres trouvaient que H. Guizot avait raison, mais ils lui répondaient ; « Le roi veut que la loi soit présentée; c'est (f une affaire résolue. Si le ministère actuel s'y refuse, il « perd immédiatement ses portefeuilles ; s'il s'y décide, au « contraire, il y a du moins chance de les conserver. » M. Guizot reconnut toute la force du dilemme. Il fut résolu de demander un million à la chambre, avec l'espoir qu'elle se trouverait heureuse de n'accorder que 300,000 francs.

Mais aussitôt que les bureaux furent convoqués pour la discussion de l'adresse, les réclamations d'un grand nombre II. 23

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de députés, même parmi les conservateurs, prouvèrent au cabinet qu'il s'était trop hâté de promettre. H. Gulzot se défendit misérablement, donnant clairement à entendre que les ministres étaient contraints par une volonté supérieure. Lui qui avait reproché si amèrement au ministère du IH avril de ne pas couvrir la royauté, il la livrait à nu aux coups de tous les partis. MM. Duchâtel et Dumon furent un peu plus généreux. Aux interpellations de MM. Thiers, Billault et Gustave de Beaumont, ils répondirent : « Nous croyons la ' dotation excellente en soi, et la loi de régence ne saurait, selon nous, recevoir une meilleure consécration. De plus, il nous semble qu'au moment oii viennent d'avoir lieu les manifestations de Belgrave-Square, cette mesure a une opportunité toute particulière. Cependant nous ne savons pas encore si nous la présenterons. En tout cas, ce sera dans un autre temps. » L'opinion était trop fortement prononcée dans tous les rangs de la chambre, pour que le ministère osât l'affronter immédiatement.

La commission de l'adresse acheva l'œuvre, en exprimant un vœu unanime pour que le projet fût définitivement aban* donné.

Les Tuileries avaient fait une si grosse affaire du pèlerinage légitimiste, qu'on s'attendait généralement à voir dans le discours du trône quelque foudroyante apostrophe à ce sujet. Mais l'attente fut trompée. Le ministère avait jugé , qu'il valait .mieux faire donner la leçon par l'initiative par- | lementaire* C'était, à vrai dire, plus significatif et plus digne; Le ministère fut servi à souhait. La commission de la chambre des pairs introduisit dans l'adresse la phrase suivante : tt Le roi, en montant au trône, a promis de nous consacrer son existence tout entière, de ne rien faire que pour la

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