‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 147 sur 182 · CHAPITRE XIV ttZ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV ttZ

gloire et le bonheur de la France; la France lui a promis fidélité. Le roi a tenu ses serments* Quel Français pourrait oublier ou trahir les siens? ^^

Les discussions au Luxembourg n'avaient jamais und grande iuiportance politictue. Cepeodant M. Gui^ot k cette occasion prononça des paroles qui méritent d'être rappor** tées, surtout aujourd'hui qu'à son tour il a fait un pèleri^' nage.

Après avoir fecotitiu qu'il n'y avait dans les faits qu'il signalait aucun danger pour le gouvernement, pourquoi dono s'en occuper? disait- iL

tt Pourquoi? Parce qu'il y a dans ce monde, pour les gouvernements et pour lés pays qui se respectent, autre chose que le danger; parce que ce ne sont pas seulement des questions d'existence qu'ils ont à traiter. Le scandale est une grande affaire pour les gouvernements et les pays qui se respectent. Ëh bien ! il y a eu ici un scandale immense, il y a eu scandale politique et moral, il y a eu un oubli coupable et quelquefois honteux des premiers devoirs du citoyen. Oui, des premiers devoirs du Citoyen I On n'a pas besoin d'occuper telle ou telle situation particulière, on n'a pas besoin d'avoir prêté tel ou tel serment» pour devoir obéis-* sance dut lois et au gouvernement de son pays. Cette obéis-^ sance, cette soumission, c'est la première base de la société, c'est le premier lien de l'ordre social; et quand on voit ce devoir aussi arrogamment, aussi frivolement méconnu, il y a, je le répète, pour tout le monde, sous toutes les formes de gouvernement, un scandale immense, un profond désordre social. »

Paroles remarquables trop tôt oubliées ! La chambre des pairs les sanctionna par un vote presque unamme^

C'était à la chambre des députés qu'était réservé tout l'intérêt des iprandes luttes. La commission se montra trës-ardente à venger la dynastie de juillet, et l'expression du blftme alla jusqu'à l'outrage. « La conscience publique, disait-elle, flétrit de coupables manifestations. » Un tel mot appliqué à des collègues appelait nécessairement une discussion violente. On supposait aux légitimistes assez d'audace pour défendre hardiment la position qu'ils avaient prise. On attendait surtout de M. Berryer une vigoureuse offensive, dans laquelle il châtierait de sa parole éloquente ces serviteurs éhontés de tous les régimes qui osaient prêcher de leur bouche parjure la sainteté du serment. Aussi, lorsqu'on le vit demander le premier la parole dans la discussion générale, tous les esprits furent émus, et chacun croyait assister à un de ces grands triomphes oratoires auxquels était accoutumé l'avocat de la légitimité. Hais l'attente générale fut trompée. Au lieu d'attaquer, H. Berryer tenta de se défendre, accepta timidement le rôle d'accusé, fit^une longue et pâle plaidoirie, sans inspiration, sans élan, semblant invoquer des circonstances atténuantes, bien plu§ que son droit d'homme libre, et se perdant dans de^séràbles divagations, indignes de son talent et de son rjUifpolitique.

H. Guizot sut pro^r habilement des concessions de son adversaire. Sa tâche était devenue facile. Â la manière dont M. Berryer avait posé la question, il ne restait plus qu'une lutte entre le droit suprême de la légitimité et la souveraineté du peuple. De moins puissants orateurs que M. Guizot y au* raient triomphé. Mais, il faut l'avouer, il y fit preuve d'une vipeur et d'une éloquence dignes du sujet, et put, â bon droit, s'enorgueillir d'une éclatante victoire.

« On a parlé et agi, dit-il, au nom d'un droit qui se pré-

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tend supérieur à tous les droits, au. nom d'un droit qui prétend demeurer entier, imprescriptible, inviolable, quand tous les autres droits sont violés, au nom d'un pouvoir qui n'accepte aucune limite, aucun contrôle complet et définitif; au nom d'un pouvoir qui ne peut pas se perdre lui-même, quelque insensé et quelque incapable qu'il soit, de qui les peuples, quoi qu'il fasse, doivent tout supporter.

« C'est là ce qu'on appelle la légitimité. Voilà le principe de Belgrave-Square, voilà le drapeau qu'on a opposé là à notre drapeau de 1830.

« Messieurs, on le sait, je suis profondément monarchique ; je suis convaincu que la monarchie est le salut de ce pays, et qu'en soi c'est un excellent gouvernement ; et la monarchie, je le sais, c'est l'hérédité du trône consacrée par le temps; cette légitimité-là, je l'approuve, je la veux, nous la voulons tous, nous entendons bien la fonder. Hais toutes les hérédités de races royales ont commencé, elles ont commencé un certain jour, et il y en a qui ont fini. La nôtre commence, la vôtre finit! i

(( Quant à la légitimité dont vous vous prévalez, que vous invoquez, ce droit supérieur à tous les droits, ce pouvoir qui ne peut pas se perdre lui-même, de qui les peuples doivent tout supporter... Âh ! je tiens ces maximes-là pour ab* surdes, honteuses et dégradantes pour l'humanité.

ff Et quand on prétend les mettre en pratique, quand on prétend les tendre dans toute leur portée et les pousser jusqu'à leurs dernières extrémités, une nation fait bien de se revendiquer elle-même et de rétablir, à ses risques et périls, par un acte héroïque et puissant, ses droits méconnus et éon honneur offensé.

ÈH HisTomi 91 Burr ans.

« Tout à rheure vous nous parliez de vôtre vDOdératioBi des bonnes ei patriotiques intentions qni vous anii&enti qui animent votre parti, qui animent le prince que vous venei de quitta.

N Quand j'admettrais tout cela, savez'^vou» ce qqe je voui dirai! C'est que, si tout œla est vrai» tout cela est ym^

it Les bonnes intentions, ies bons et sages conseils &*ont jamais mabqtié à la branche aînée de la m^mn de BourboD. U y a toujours eu auprès d'elle» autour d'elle» des hommes qui ont dit la vérité, des hommes qui voulaient réellemapt le bien du pays. Elle n'a pas su^ elle n'a jamais su les croire ni les suivre. Elle est toujours retombée plus ou moins vite« plus ou moins complètement sous le joug des aveugles et des insensés.

K II y a» messieurs» il y a des destinées écrites» il y 9 des incapacités fatales dont aucun médecin ne peut relever» ni une race, ni un gouvernement» »

Les paroles de M* Guizot étaient seusées» fortes et intelligentes. Mais il n'en avait peut-être pas lui-même calculé toute la puissance. En défendant le trâue de 1830 au nom de la souveraineté nationale, il condamnait sa propre politique, il heurtait toutes led pensées de Louis*^Philippe ; en avouant qu'une nation fait bien de se revendiquer ellemême, il proclamait la doctrine que les radicaux soutenaient tous les jours ; il justifiait d'avance la révolution qui devait briser le trône» Le roi dut être médiocrement satisfait des arguments de son ministre, et quoiqu'ils lui eussent donné la victoire, il aurait sans doute mieux d)mé l'obtenir par d'autres moyens. Il est certain que la discussiou CQtre les deux branches monarchiques ne pouvait profiter qu'à l'opposition extrême, et c'est à bon droit qu'un journal ré-

cRA?nitx xnr. 3ft7

publicain s'éoriait 6& résumant la séance : « Enferrez-^votis i( donc aux yeux du pays : nous savons quelle est la main « qui enterrera les morts et quelle épitaphe est prête pour « rUstoire. »

Ce n'était là cependant que les préliminaires du combat» le premier essai des forces dans la discussion générale. La lutte menaçait de prendre une nouvelle vivacité dans l'examen du paragraphe spécial, et les conservateurs n'étaient pas sans quelques craintes sur les effets produits par ces disputes irritantes, oii la monarchie de juillet ne pouvait vaincre qu*en prenant le langage révolutionnaire. Quelques dévoués demandèrent à composer, en offrant d'effacer le mot flétrit qui causait de justes indignations. La commission elle-même se laissa attendrir et dans une réunion spéciale décida à l'unanimité que le mot malencontreux serait effacé du paragraphe. Les ministres avertis adhérèrent au sacrifice. Hais lorsque le roi en fut informé, il condamna énergiquement cet acte de faiblesse, s'étonnant qu'on eût si peu de souci de sa dipité. C'était pour lui une question personnelle^ et il n'entendait pas transiger avec les partisans d'un rival. La commission fut contrainte de se réunir de nouveau, et docile aux injonctions royales, elle effaça le vote unanime de la veille. Trois hommes seulement restèrent fidèle à leur opinion, MM. Baumes, Bethmont et Ducos.

11 fallait livrer une bataille sans trêve ni merci. Ainsi le voulait le roi, et M. Guizot, toujours prêt à se passionner quand le roi ordonnait^ s'inspira de saintes colères pour entrer en campagne.

On voulait un éclat : il s'en fit plus qu'on ne le souhaitait, et cette discussion que provoquait le roi, que subissait le mi-

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nistre, fut l'occasion d'un des plus violents orages que Ton puisse rencontrer dans les annales parlementaires.

Après les premières escarmouches entre les zélés conservateurs et les légitimistes, H. Guizot vint formuler ses accusations.

« II a para, dit-U, à la commission, il a para an gouvernement, que dans ces actes, dans ces manifestations la moralité pabliqae avait été gravement blessée. Ce n*est pas le danger qui nous préoccape ; c'est la moralité politique blessée; c'est là conscience politique offensée.... Le devoir de tout citoyen, tout serment à part, c'est d'obéir à la loi, de respecter le gouvernement de son pays. A Londres avez-vous professé le respect du gouvernement français?

« Vous avez été à Londres dans un intérêt de parti : vous avez coblié l'intérêt de la France. Voilà ce qni m'a fait dire que voire conduite a été mauvaise au point de vue de la moralité politique ; qu'il importe qu'une manifestation publique vienne rétablir les droits de la moralité offensée. »

H. Berryer s'élança aussitôt à la tribune :

« Je ne veux pas, dit-il, évoquer le souvenir d'un antre temps, je ne veux pas me demander ce qu'ont fait à une autre époque les bommes qui nous accusent aujourd'hui. »

A ces premiers mots une vive agitation se manifeste dans la chambre; tous les yeux se portent sur H. Guizot, des applaudissements éclatent aux bancs de l'opposition. L'orateur reprend :

« On nous accuse d'avoir perdu notre moralité politique!... Ah! si

nous avions été aux portes de la France en armes! » (Très-bien!

très-bien !)

M. GuizOT se levant avec vivacité. Je demande la parole.

M. Berryer s'adresssant au ministre : Le parallèle est en notre faveur. Nous n'avons pas été aux portes de la France en armes pour donner, an sein d'une armée ennemie^ des conseils politiques à nn roi.

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Yoas Yoas en êtes glorifié. Quant i doqs, nous avons été salaer le malhear.... »

Quand H. Berryer eut achevé de parler, M. de La Rochejacquelein s'écria de sa voix éclatante :

« Noos ne ponvons pas être flétris par le ministre qui a pris une si grande part à la sanglante réaction de 1815, et encouragé les atrocités da midi. »

M. Guizot monte lentement à la tribune; un profond silence succède à Tagitation.

« Messieurs, dit-il, je viens à la tribnne vider nn incident personnel. Ce n*est ni le gouvernement du roi, ni le cabinet actuel, ni M. le ministre des affaires étrangères qui est devant vous, c*est M. Guizot personnenement.

« J'ai dit à la chambre quels motifs m'ont fait aller à Gand... (Assez I assez 1)

A l'extrême gauche. Répétez-le 1

Plusieurs memrres. Il l'osera I

M. Ernest de Giràrbin. Vous êtes allé servir l'étranger ; et ce n'est pas là de la moralité politique 1 (Très-bien 1 très-bien! Bruyante confusion au centre.)

M. Guizot. Voilà précisément la question que je veux aborder.. ••

Au centre gauche. Assez !

Voix a l'extrême gauche. Vous allez lire le Moniteur de Gand»

M. LE président. Messieurs, la question est grave....

M. Guizot : Si la question n'était pas grave, elle ne mériterait ni votre attention ni mes paroles.

Vous le savez, j'ai été à Gand....

Toute la gauche. Nous le savons! (Mouvement général, longue interruption.)

H. Guizot. Ces interruptions ne m'empêcheront pas de dire ma pensée.

A gauche. Ce n'est pas une pensée...

970 HISTOIM »l HUIT ANS.

Unb voa. C'est an f»ii de haute immoMlité poUtiqQe.

Autre voix. De trahison !

M. GuizOT. Je sais allé à Gand... (Interruption nouvelle; rumeur prolongée.)

M. Dubois (de la Loire-Inférieure). Assez !

M. GuizoT. Je suis ailéàGftnd porter A Louis XVIII mes conseils.... (Explosion de murmures et de rires ironiques.)

M. Ernest de Giràrdin. Et ce grand intérêt de la patrie dont vous parlies tout à Thenre l

Une voix. C'est honteux.

M. Beaumont (de la Somme). On ne doit pas se vanter d'avoir été à Gand ; il n'y a pas de moralité politique dans de telles paroles.

M. GuizoT : C'est pour moi un devoir, c'est pour moi un droit de dire tout ce que j'ai à dire ; je répète ; cftr il faut que je le répète, je suis allé à Gand....

A gauche avec indignation. A l'ordre! à l'ordre! ((«e président agite vivement sa sonnette.)

M. GuiZOT. Je suis allé à Gand....

A ces mots sans cesse répétés, le tumulte redouble, l'assemblée tout entière est debout ; les interpellations se croisent, les exclamations remplissent la salle. M. Guizot pâle, mais non abattu, attend fièrement que Torage s'apaise. Enfin il reprend avec obstination :

« Je suis allé à Gand porter A l^çtws XYKI les conseils des royalistes constitutionnels. (Nouveaux cris d'indignation.) Je prévoyais alors ce que tous le9 'hommes de sens prévoyaient : sa rentrée probable. en France. »

M. Ernest de GnURDtN. La défaite ! la trahison !

M. DE Corgelles. Waterloo f

Yoiit nombreuses, a l'ordre ! à Tordre t

Ces cris se répètent pendant plusieurs minutes. On ne saurait décrire l'inexprimable agitation de la chambre.

M. Dubois (de la Loire-Inférieure). Quels mots sommes-nous donc condamnés à entendre ! J'ai été à Gand !. .. On ne parle plus de la patrie, on ne parle plus de la France ; aseei, messieursi assez, asses l

\M]^1ËT

dAfmuB XIV. S74

f LUffiCUB» VOIX. L'ordre do jour I

M. i.fi Président. La cb^pibre sait qu'il fant qa'ap oratear soit des^ cendu de la tribane avant que Ton paisse exprimer une opinion contraire* Tadjure tous les membres de m'aider k faire cesser un tel spectacla. Les réclamations aaront leur cours lorsque l'orateur sera descend!} de la tribune.

Un membre. Il n'est pas permis de se vanter d*avoir été à Gand.

A GAUCHE. Nous ne le permettrons pas!

M« Gtnzot. Je suis d'autant plus étonné de ces clameurs, que ce que j'ai l'honneur de dire à la chambre, la chambre l'a déjà entendu....

A GAUCHE. Non I non I nous avons toujours protesté.

Mt 60IÏOT- Et voilà les progrès que vous avez fait faire à la liberté depqis ce jour- lÂ!

Mé Ledru-Rollim. U n'y a pas la liberté de trahir!

M. GuuoT. Ce qu'on a pu dire autrefois, on ne peut plus le dire au* jûurd'hui : la liberté recule*

A GAUCHE. Non ! non 1

Une voix. Mais arrière la trahison I

M. Ernest de Girardin- Vous ne vous vanterez pas....

M. GuiZOT« Les accusations auxquelles j'ai pu répondre an milieu d'une chambre attentive et tranquille, il est impossible aujourd'hui d'y répondre avec mesure? En vérité, vos progrès m'étonnent....

4 GAUCHE* Et les vôtres nous indignent. (Longue interruption.)

M. GuizOT sa tournant vers le président : ^. le Président^ on veut épuiser mes forces. (A la chambre.) Soyez persuadés que vous n'épuiserez pas mon courage. Je suis allé à Gand... (Interruption nouvelle.) gi enfin Louis XTIIl devait rentrer en France...*

Une yo|x. Après Waterloo !

M. GuizOT. Croyez-vous que la France fût indifférente à ce qu'il rentrât sous le drapeau de la Charte ou sous le drapeau de la révolution?

A GAUCHE. Etl'étrenger!

M. de La Rochejacquelein interpelle vivement l'orateur au milieu du bruit.

M. Gui^OT. Qui, je viendrai ^ bpqt de dire ici toute ma pensée, ou il sera bien coi^staté que la violence d'une partie de cette assemblée....

Voix au centre. Dites-donc l'insurrection I

ai. Odilon Bar|10T. Eh bien! laissons-le donc étaler sa honte, et ayons le courage de l'eptendre jusqu'au bout.

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La cruelle protection de M. Odilon-Barrot modéra les interruptions, sans les arrêter entièrement. M. Guizotput enfin exposer sa justification à l'aide des mêmes arguments qu'il avait employés en i84i . Il raconta ensuite les services qu'il avait rendus à l'opposition pendant dix années, et se glorifia d'avoir toujours été fidèle à la monarchie constitutionnelle en combattant à la fois l'anarchie et l'ancien régime.

« Et maintenant, dit-il en terminant, ce que j'ai constamment combatta depuis cette époque, je le combats encore, et je ne céderai pas aujoard'hni. Toutes vos colères^ tontes tos clameurs ne me détourneront pas. Je persévérerai è soutenir contre tous les genres d'opposition, qu'elle vienne d'ici (montrant la droite) ou de là (montrant la gauche), les intérêts et les principes de la monarchie constitutionnelle, et le gouvernement qui a été véritablement conquis et fondé en juillet.

« Quant aux injures, aux calomnies, aux colères extérieures on intérieures, on peut les multiplier, on peut les entasser tant qu'on voudra, on ne les élèvera jamais au-dessus de mon dédain. »

Ces dernières paroles empreintes d'audace et d'éloquence rendirent quelque courage aux centres stupéfaits. M. Guizot avait puisé dans une position désespérée une indomptable opiniâtreté. L'impossibilité de reculer fit sa force, et après avoir provoqué la chambre, il lui fallait succomber ou continuer ses provocations jusqu'à lasser les colères,

U eut cependant à entendre de sévères paroles de la bouche de M. Odilon-Barrot qui le remplaça à la tribune.

« La moralité politique, s'écria l'orateur, a besoin d'une consécration solennelle, disait tout à l'heure.... non pas M. le ministre des affaires étrangères, car il s'est dépouillé lui-même de cette qualité.... Mais il disait vrai. Jamais la moralité publique n'a eu plus besoin d'être raffermie, car jamais elle n'avait reçu une plus profonde atteinte.

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« Quand YOas aurez, monsieur, à servir la liberté conslitutionneile de YOtre pays, croyez-moi, ne prenez pas le chemin que tous avez pris, n'allez pas la servir sous le drapeau de Fétranger, ne vous exposez pas à revenir à travers un champ de bataille.

« Vous appelez préjugé, vous traitez du haut de votre dédain les sentiments qui ont fait mourir ces hommes pour leur pays.

« On parle de moralité, de liberté, de nationalité. Je le demande, messieurs, si une pareille doctrine pourrait servir d'évangile politique ! Quoi ! lorsque les armées sont en présence, mais il n*y a qn*nn camp» il n*y a plus qu*un parti, et c'est alors qu'on pourrait déserter le drapeau de son pays pour passer à l'étranger ! »

Cette séance mémorable a compté chez les conservateurs exaltés parmi les journées héroïques de M. Guizot; ils firent même graver une médaille en son honneur portant en exergue les dernières paroles de son discours. Mais chez les hommes en qui dominait le sentiment national, et surtout chez la foule naïve et désintéressée qui ne se laisse pas prendre aux subtilités d'une vaine éloquence, on était loin de considérer la journée comme bonne pour le ministre.

Les cris de réprobation qui l'avaient accueilli, le soulèvement de toute la chambre, l'exemple de la colère donné par les hommes les plus modérés, la révolte de tous les cœurs contre la confession publique et répétée d'un acte de désertion, tout cela devenait une leçon si crueUe, qu'il ne semblait pas qu'un fonctionnaire ainsi frappé pût jamais relever le front. Les amis de la dignité parlementaire auraient voulu sans doute que la leçon eût été faite en un autre langage, avec des formes moins voisines du scandale ; mais ceux qui se préoccupaient plus du fond que de la forme, ne trouvaient rien de trop sévère dans l'explosion de tous les sentiments qui étaient en eux, et félicitaient la chambre de ces ardentes indignations, qui,

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dans toute autre occasion, eussent ressemblé â des excès.

M. Guizot, il est vrai, bravait Timpopularité ; il affectait presque de la rechercher: ee jour-là, on peut le dire, il y réussit merveilleusement.

Il eut pour se consoler les ressources du scrutin. Ceux qui Tavaient délaissé au milieu de la tempête sa rallièrent autour de l'urne ; et le lendemain d'un lâche abandon, le troupeau pusillanime vota la flétrissure des légitimistes fidèles au malheur.

Mais ceux-ci, justement jaloux de leur honneur, voulurent faire appel à un tribunal plus élevé. Le corps électoral était juge suprême dans les questions de dignité et d'indignité, et lorsqu'une chambre avait osé flétrir quelques-uns de ses membres, la meilleure répotise à une pareille décision était une élection nouvelle. Il fut un instant question d'une démission collective de tous les légitimistes, qui auraient ainsi accepté la solidarité du fait reproché i leurs collègues et vengé ensemble l'outrage. Mais dans des résolutions de cette nature, il se rencontre toujours un certain nombre d'hommes incertains qui reculent devant les épreuves décisives, et risquent difficilement une position acquise. Le ministère, d'ailleurs, s'âlarmant d'une protestation aussi éclatante, faisait agir ses affldés pour em^ pêcher un nouveau scandale. Il est vrai que la tâche était facilitée par les craintes intérieures de beaucoup des intéressés^ qui n'avaient pas grand souci de Courir les chances d'une élection nouvelle ^ Les députés personnellement frappés furent abandonnés à eux-mêmes.

Parmi eux, M. de la Rochejacquelein n'hésita pas. Sa démission fut remise ftu président dès l'ouverture de h séance qui suivit le voté de la flétrissure. Ses collègues^

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