CHAPITRE XIV
pendant ce temps, délibéraient chez M. Berryer. Mais l'exemple donné ne laissait plus de place aux incertitudes. Dans le cours de la séance, le président donna communication des lettres de démission de MM. Berryer, de Larcy et de Valmy. Le lendemain, M. Blin de Bourdon suivit leur exemple. Quant à M. le marquis de Preipe, il s'était excusé d'avance, assurant que des affaires industrielles l'avaient seules attiré à Londres, et que sa visite au prince n'avait été dictée que par un sentiment de convenance et de politesse. Cette espèce de désaveu lui mérita les indulgences du ministère.
En résumé, on avait tiré peu de profit de la lutte engagée avec les légitimistes. C'était moins une affaire de politique que de ressentiment, et le ministère avait agi plutôt par procuration royale que par conviction. M. Guizot lui-même désapprouvait intérieurement l'expression blessante introduite dans l'adresse, mais il accordait satisfaction à la passion de Louis-Philippe, et rencontra de beaux mouvements d'éloquence parce qu'il invoquait le principe de la souveraineté nationale. Il sortit néanmoins de la discussion affaibli dans son autorité morale, meurtri par de malheureux souvenirs, et laissant ses adversaires grandis par la proscription.
Le pays électoral lui préparait un nouvel échec; les lé-» gitimlstes démissionnaires furent tous réélus, malgré les efforts désespérés du ministère. Les oppositions constitutionnelle et radicale, renonçant généreusement à toute concurrence, avaient apporté leurs votes aux victimes du scrutin parlementaire.
D'autres paragraphes de l'adresse amenèrent des débats moins vifs maid non moins sérieux. M. Thiers prit la parole
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dans la discussion générale. C'était un événement après un silence de deux ans. Mais rien n*était changé en lui, ni la souplesse, ni la finesse, ni cette verve intarissable qui sait donner du charme. aux petites choses et faire oublier les grandes. Il fit une critique amère de l'administration ; ce n'était pas difficile ; il lui reprocha son impuissance : la matière était féconde. Mais, malheureusement pour lui, il avait été ministre, et il n'avait pas mieux fait. Sa résurrection parlementaire n'apportait donc à l'opposition aucune force nouvelle, si ce n'est ces plus vives allures que produisent d'ordinaire les rivalités d'ambition.
Le discours du trône avait signalé Y entente cordiale qui existait entre les deux gouvernements de la France et de l'Angleterre. Ces expressions devinrent un sujet ardent de controverse. Au Luxembourg, on y avait substitué l'inteliigence amicale; au palais Bourbon on adopta Y accord de sentiments. « Et à quelle condition avez-vous obtenu, disait l'opposition, l'accord dont vous vous vantez ? A la condition de vous humilier. » — « Et cependant, s'écriait M. BiUault, l'entente cordiale n'existe nulle part. » — « Vous avez travaillé, ajoutait M. Thiers, à rompre l'alliance anglaise quand elle était possible et profitable, vous voulez la rétablir quand elle est à peu près impossible, et qu'elle ne peut plus servir à grand'chose. »
M. Guizot ne répondit rien à M. Billault, se contentaDt d'affirmer que l'accord existait entre les deux gouvernements. En répliquant à M. Thiers, il ne sut que rappeler les fanfares belliqueuses de 1840, et renouveler l'étemelle plaisanterie de la guerre au printemps.
Pour obtenir un vote approbatif , il fallut que le rapporteur de la commission vint restreindre, sinon désavouer, le