‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 149 sur 182 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

sens donné par M. Guizot au paragraphe de l'adresse; il fallut que H. Guizot vint faire appel aux poltrons, et an-noncer à la chambre que si Ton adoptait un amendement, l'œuvre du cabinet était détruite, et ne pouvait être continuée.

Le discours de la couronne ne contenait rien sur le droit de visite ; et cependant Tannée précédente la chambre avait formellement demandé que des négociations fussent ouvertes pour arriver à l'abolition des traités de 1831 et 1833. Rien n'était fait encore, et l'on évitait par le silence une discussion embarrassante. Aussi la majorité de la commission, dévouée au ministère, avait-elle résolu de garder la même réserve. Mais, après réflexion, elle comprit que l'on pourrait bien introduire dans l'adresse un amendement à ce sujet, dont l'adoption serait un échec pour M. Guizot. Pour lui éviter ce nouveau déboire, elle prit l'initiative d'un paragraphe qui représentait littéralement celui qui avait été voté un an auparavant malgré les résistances de M. Guizot. Celui-ci se résigna. La bonne volonté de ses amis lui fakait^une position défensive, dont il profita pour assurer à la chambre que des négociations étaient entamées pour abolir les traités. Mais là encore sa véracité fut mise en défaut; car, dans le même temps, lord Âberdeen disait à la chambre des lords : « Le gouvernea ment français a exprimé le vœu que des modifications « fussent introduites dans les traités de 1831 et 1833, sans « en dimintier l'efficacité. » Les questions nationales portaient malheur à M. Guizot.

Au surplus, en cette occasion, la discussion de l'adresse, qui d'habitude sert de présage aux fortunes de la session, avaient été loin d'être, dans son ensemble, favo- II, 24

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rable au ministère, l^a campagne contre les légitimistes avait plus compromis les vainqueurs que les vaineus. La discussion sur l'entente cordiale et le droit de visite avait affaibli M. Guizot aux yeux de l'Angleterre, qui voyait un ministre contraint de reculer devant ses propres engagements. Enfin ses partisans eux-mêmes étaient déroutés par les concessions successives qu'il avait fallu faire au sentiment national. Au moment de voter, ils retrouvaient leur ensemble, mais ils laissaient aux ministres tout }e fardeau de la lutte, et n'osaieut pas franchir les marches de la tribune. Un jour quatre opposants parlèrent successivement, sans que des bancs ministériels il s'élevât un contradicteur. Le cabinet conservait encore les forces du scrutin, il ne lui restait plus d'autorité morale.

A peine commençaient à se calmer les émotions de l'a* dresse, que tout à coup vint à Paris la nouvelle de la prise de possession de Tahiti par l'amiral Dupetit^Thouars. Chez tous la surprise fut égale, mais les autres sentiments étaient de diverses natures. Le ministère n'avait ni ordonné dI prévu cet acte de vigueur. Trop bien informé des méfiances du cabinet britannique, lorsqu'il ne s'agissait que du protectorat, il ne se dissimulait pas les mécontentements qui allaient surgir de la prise de possession.

Lorsque les dépêches de Tamiral Dupetit-^Thouars furent ouvertes et communiquées au conseil des ministres, il y eut un moment de stupéfaction générale. Chacun se regardait, ne sachant que résoudre, que proposer, craignant surtout d'émettre un avis qui ne fût pas d'accord avec les sentiments du roi. Celui-ci ne laissa pas sea ministres longtemps incertains, et, de sa voix la plus écljitante, il leur déclara en termes formels qu'il fallait désavouer ïm*

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rai Dupetit-Tbouars. « («'approuver, ajouta-t-il, ae serait ge <c faire une affaire iô plus avec T Angleterre, ^t c'est « déjà bien assez du droit de visite. La pai^ du monde, « voilà le grand, le véritable intérêt national. U serait « absurde de troubler la pai:i^ du monde pour quelques îles <« de rOcéanie. » Cet avis, baptement exprimé, rencontra peu de coptradicteurs. M. de Mackau seul hasarda, quelques objections. « U y avait à craindre, disait-il, que la n^esure, (( que le désaveu ne décourageât et n'irritât profondéoient a l'arme de la marine. » U demandait en conséquence un délai de huit jours pour examiner l'affaire plus à fond. M. Guizot s'empressa d'appuyer la ntotion, en faisant observer que ces huit jours permettraient de mieux apprécier l'impression produite en Angleterre, Prévoyant bien qu'il aurait à subir une vive lutte à l'intérieur, il n'était pas indifférent à toutes les chances qui pouvaient l'en affican* diiir. fiU i843, le cabinet anglais s'était résigné au protec-r tprat ; peut-être accepterait-il la prise de possession. Dans ce cas, au lieu d'un danger à courir, il y avait un triomphe à célébrer,

Cet avis prudent fut accueilli par le roi et les mi« uiâtres.

Au sortir du conseil, M. Guizot s'empressa d'écrire à l'ambassadeur de France à Londres pour qu'il eût à sonder tes dispositions du ministère britannique dans une eonver- Bation officieuse avec lord Aberdeen et sir Robert Peel, lui recommandant surtout d'engager cette conversation immédiatement, et d'adresser la réponse le plus tôt possible.

M. de Sainte-Aulaire se conforma exactement à ses instructions, et, six jours aprës, sa réponse, parvenue à Paris, apportait à M. Guizot de fâcheux renseignements. Les

ministres anglais se montraient fort peu disposés à la conciliation, le public était irrité ; en résumé, la prise de possession de Tahiti était regardée à Londres comme une grosse affaire. Il fallut dès lors revenir à la pensée première de Louis-Philippe, et M. de Mackau ne tint plus compte des mécontentements de la marine.

Cependant l'opposition, qui n'était pas au courant de ces détails, ressentait de Tévénement inattendu un double sujet de joie. D'abord, elle était sincèrement orgueilleuse de la conduite énergique de nos marins; ensuite elle voyait le ministère, placé entre un honteux sacrifice ou une rupture, contraint de prononcer entre la France et TÂngleterre, enfermé dans un de ces embarras politiques qu'il avait mis toute son étude à fuir. Si M. Guizot acceptait le fait accompli, son programme pacifique était effacé; sa présence au ministère devenait un contre-sens. S'il répudiait un acte glorieux, de nouvelles accusations pesaient sur lui, son impopularité s'accroissait, ses rivaux gagnaient du terrain. Il bravait, à vrai dire, les attaques quotidiennes des démocrates; mais il sentait le péril de se compromettre aux yeux de la bourgeoisie électorale, assez chatouilleuse sur le point d'honneur, et peu disposée aux accommodements lorsqu'on lui parlait de gloire nationale. Ce fut sans contredit un des moments les plus difficiles de M. Guizot; et son embarras se trahit par un silence de dix jours au milieu des émotions publiques. La nouvelle de la prise de possession de Tahiti avait été apportée par un navire du commerce, et les journaux de l'opposition l'avaient répandue. Seules les feuilles ministérielles se taisaient, et ce silence était trop affecté pour ne pas paraître commandé. On dirait, non sans vraisemblance, que le ministère atten-

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