CHAPITRE XIY
dait, pour se prononcer, ou les injonctions ou les indulgences du cabinet britannique. Mais déjà les débats parlementaires de la Grande-Bretagne révélaient la nature des communications diplomatiques. Dans la séance du 22 février, lord Aberdeen, interpellé à la chambre des lords sur cet événement, répondit : « Je l'ai appris avec le plus vif regret » et son interlocuteur, lord Brougham, ajouta : « J'espère que cette occupation sera désavouée. >» A la chambre des communes, sir Robert Peel répondit à une interpellation analogue : « Je déplore grandement ce qui est arrivé. » En même temps les journaux anglais, radicaux, whigs ou tories, prenaient un ton belliqueux, qui faisait un singulier contraste avec l'entente cordiale. Le Sun, dévoué au cabinet, formulait en ces termes la pensée de ses patrons :
(( La nouvelle de la prise de possession de l'Ile de Tahiti par l'amiral Dupetit-Thouars, au nom du roi Louis-Philippe, a fait l'objet des conversations les plus animées entre les personnes qui entretenaient des relations commerciales avec les lies de la mer du Sud. On ne doute pas que cette affaire ne donne lieu à des négociations d'un caractère peu amical entre les gouvernements de France et d'Angleterre. Les conseillers légaux de la couronne avaient déjà adressé des remontrances au cabinet des Tuileries au sujet du traitement qu'avait éprouvé la reine Pomaré. Maintenant il y aura de nouvelles remontrances, et peut-être quelque chose de plus. »
Les autres feuilles écrivaient sur le même ton, faisant la leçon au gouvernement français, et lui demandant insolemment de promptes réparations. Dans les régions officielies, le langage était sans doute plus convenable dans la
fortnë ; ifaais au food^ il dut être le même. Car le Moniteur du 26 février vint apprendre au public le résultat des négociations. On y lisait la communication suivante :
« Le gOQvdrnement a reça des nonrelles de Tahiti, en date dd i^' ab 9 AoveiDbre 1843.
« M. leconire-amiral Dapetit-Thoaars, arriYé dans la baie de Papeiti, ie 1" novembre, pour exécuter le traité du 9 septembre 1842, que le toi avait ratifié, a cru devoir ne pas s'en tenir aax stipulations de ce traité, et prendre possession de la souveraineté entière de Ftlê. La reine Pomaré a écrit au roi pour récUmer les dispositions du traité qui lai assurent la souveraineté intérieure de son pays, et le supplier de la maintenir dans ses droits. Le rot, de Tavis de son conseil, ne trouvant pas, dans les faits rapportés, de motifs suffisants pour déroger au traité da 9 septembre 1842, a ordonné Texécution pore et simple de ce traité et rétablissement du protectorat français dans Tîle de Tahiti.
hèÉ radicaux avaient annoncé d'avance cette nouvelle humiliation ; la position ministérielle de M. Ouizot la lui commandait ; et cependant la surprise fut presque au niveao des ressentiments, tant on s'accoutume difficilement en France aux traditions d'une politique d'abaissement. Les avantages matériels de la possession touchaient, à vrai dire, peu d'esprits ; n^is on ne pouvait oublier que l'acte du 5 novembre était une réponse aux intrigues et aux bravades des Anglais. L'honneiir de la France y était engagé ; et l'on pouvait à bon droit s'indigner de voir le cabinet britannique réclamer contre une mesure extrême, qui avait été provoquée par ses propres agents. La France assurément pouvait faire bon marché d'un vain territoire ; mais ce qu'elle ne pouvait voir sans amertume, c'était la perte de son iufluence morale sacrifiée à d'indignes terreurs. En effet, l'acte consigné dans le Moniteur ne pouvait remettre les choses