‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 167 sur 182 · CHAPITRE XY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XY

nouveaux qu'elle pouvait prendre en Afrique. Le Maroc était la cause des colères ; Pritchard en devint le prétexte.

Il y avait d'ailleurs à faire grand bruit un autre calcul. En donnant tort à la France dans l'océan Pacifique, on diminuait ses avantages sur la Méditerranée; en exigeant insolemment des réparations pour Tahiti, on préparait de faciles accommodements pour le Maroc. Les hardiesses du maréchal Bugeaud, les emportements du prince de Joinville allaient avoir pour compensation les terreurs des Tuileries. Tel fut tout le secret de la politique anglaise. Telle fut l'origine de cette honteuse affaire, qui devait donner la mesure des abaissements auxquels pouvait descSndre le cabinet du 29 octobre.

Les premiers actes furent combinés dans ce but, et la suite y répondit merveilleusement. A la chambre des communes, dans la séance du 31 juillet, sir Robert Peel, interpellé à ce sujet, se hâte de jeter publiquement à la France un outrage et un défi. « Je n'hésite pas à déclarer, dit-il, qu'une grossière insulte, accompagnée d'une grossière indignité, a été commise. » Et pour qu'on ne se trompât pas sur le sens de ses paroles, ou sur les personnes auxquelles s'adressaient ses provocations , il ajouta : « L'insulte a été faite par une personne revêtue d'une autorité temporaire à Tahiti, et d'après ce qui est parvenu à notre connaissance, l'insulte a été commise par suite d'une autorisation qui aurait été donnée à cette personne par le gouvernement français. » Enfin il concluait par ces mots : « Je pense que le gouvernement français fera la réparation qu'à notre avis l'Angleterre a le droit de demander. »

L'attaque était directe et sans équivoque. A la chambre des lords, lord Aberdeen répéta ces mots: « Il y a une in-

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suite commise. » Mais moibs prompt que sir Robert Peel^ ou peut^tre piar une manœuvre concertée, il épargna M. Guicot. « Tout ce qui s'est fait, dit-il, a eu lieu sans k moindre autorisation du gouvernement français. » Il eut même soin d'établir que Pritchard n'était plus consul au moment de son arrestation» ajoutant néanmoins, pour la satisfaction de l'orgueil national et de sa propre politique i a Peu importe que M. Pritchard f&t ou non encore consul d'Angleterre : je le regarde comme sujet anglais, ayant droit à la protection de son gouvernement, et je considère le traitement qu'il a subi comme exigeant l'intervention du gouvernement. » ♦

Lord Aberdeen oubliait, sans doute, que^ lors de l'insurrection du Canada, tout Américain pris dans les rangs des insurgés^ était fusillé, sans que le gouvernement de Washington se crût en droit d'intervenir.

Il ne fut pas ]e dernier du reste à reprendre l'expression introduite par son collègue. Le vieil oracle des tories, le duc de Wellington, vint parler à son tour de la n grossière insulte. » Il fallait que tous ced hommes d'État fusssent bien convaincus de la plitience du gouvernement français.

La presse anglaise répondait dignement aux urbanités des ministres. Le Times écrivait :

n 11 serait impossible d'accumuler eti si peu de temps plus d'outrages sur ce que les nations et les hommes ont coutume de considérer comme sacré. En lisant les proclamations extravagantes des offi(3iers français, On dirait que le règne de la terreur est la seule partie de l'histoire de France qu'ilfe aient ci*u pouvoir adapter aux récentes (conquêtes qu'ils ont faites, et que, dans leurs rapports av^c les vaisseaux et les agents étraiigêrs, ils aient pri6 à tâche de

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