‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 169 sur 182 · CHAPITRE XV. 42 i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV. 42 i

listes. Pritchard était un de leurs coryphées, colporteur de bibles, propagateur des saines doctrines, victime des papistes et martyr de la foi. Le règne des méthodistes était compromis ; Rome , la moderne Babylone , s'introduisait dans la colonie à la suite des Français ; Tahiti allait être replongé dans les ténèbres de la superstition et de l'idolâtrie ; et l'œuvre malfaisante avait commencé par la persécution des saints. Telles étaient les choses qui se débitaient dans les prêches, et dans tous les endroits de réunion des fanatiques dissidents. Pour donner plus de solennité à ses plaintes, la Société des Missions de Londres provoqua un grand meeting dans Exeter-Hall. Ce n'était pas assez des journaux politiques, de leurs déclamations furieuses, de leur implacable insolence ; l'esprit de religion s'en mêlait, le fanatisme avec son fiel et ses poisons.

Le meeting se tint le 16 août, nombreux et passionné. Une circonstance ajoutait aux émotions du moment : le révérend Pritchard était là, assis à la droite du président, et recevant de ses saints amis la récompense du martyre.

Les discours qui se prononcèrent furent en harmonie avec le personnel de l'assemblée.

« La question actuelle, dit un des révérends, est une question de papisme ou non papisme, et sous ce rapport, jamais il n'y eut un pays plus rougi de sang que la

France Je vous prie instamment de n'avoir confiance

ni aux politiques, ni à la liberté civile, ni à Rome, aussi insatiable que jamais, Rome, qui ne s'arrêtera jamais dans sa carrière, à moins qu'elle n'ait de sa propre main achevé l'œuvre de sa ruine, ou qu'elle n'ait attaché d'un air superbe à son gonfalon tous les étendards du monde. Voilà l'ennemi à qui vous devez vous tenir prêts à livrer bataille ;

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et Rome périra dans ses crimes et sa cruauté, désespérée,

exécrée La société des missionnaires existe depuis c«i-

quante ans, et maintenant il lui faut, au milieu des taurierst qu'elle avait gagnés, cueillir des cyprès ! H nous faut déployer encore la bannière ensanglantée de la croix et crier : Pas de paix avec Rome ! »

L'orateur concluait par ces niots : « Il ne peut y av^ip pour les missionnaires de sûreté personnelle que si te prêtéetorat français est retiré, et l'indépendance de Tahiti rétablie. En supposant qu'il y eût justice à établir le protectorat, il n'y en aurait pas moins maintenant à le retirer, à cause de la conduite de pirate et du systènie de boucanier qui ont été suivis. »

Un autre s'écriait : « Je proteste hautement contre Fintroduction de l'eau-de-vie française, contre les prêtres français, contre le canon français, et contre la débauche des soldats français. Il faut que M. Prit<;hard rcÉourne à Tahiti avec son caractère sans flétrissure et ses couleurs déployées

au vent Le sang a eoulé, et nous sommes ici pour

exprimer notre sympathie pour nos frères chrétiens de Tahiti, et pour notre compatriote qui a été epprifiaé, emprisonné et volé Le papisme a essayé de faire BMurcher ses

principes à coups de canon, nous hii répondroas avec nos bibles, et nous triompherons. »

Ce singulier mélange de dévotion et de fureiH» ne semblait à la France que ridicule et méprisable-. Mais en Angleterre, où le froid bigotisme des puritains a laissé de profondes traces et de nombreux adeptes, on ne pouvait sans péril mépriser la voix puissante des missionnaires. Le gouvernement d'ailleurs n'était pas fâché de rencontrer teut appui dans une occasion où il voulait fairo grand bruit de

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