CHAPITRE XV
ses §fkhy et l'intervention des saints qui agitaient de leurs clameurs toutes les classes de la société, servait merveilleusenient la politique des tories.
Dan» le cabinet français, l'altitude était tout autre. L'arrestation de Pritchard, les insultes des ministres anglais, les invectives des journaux britanniques et le soulèvement des saints, avaient consterné M. Guizot. Tant de sacrifices faits à la paix, tant de luttes affrontées, tant de déboires acceptés, tout étaît donc sans fruit : et son éloquence mise au service des concessions, et son talent agrandi dans les abaissements mêmes de son caractère, et son audace parlementaire dans m premier désaveu. Il avait tout fait pour l'accord avec l'Angleterre. C'avait été la première pensée de son ministère, le programme de sa venue, la pensée vivante de sa politique ; et l'Angleterre se retournait contre lui, arrogante et implacable, l'attaquant par derrière quand il luttait pour elle contre ses adversaires intérieurs, et ajoutant aux embarras qu'elle lui avait créés par ses amitiés, les périls de ses boatilités soudaines. L'impopularité avait été pour lui le prix de l'alliance anglaise, et l'alliance anglaise l'ahandonn^it, sans lui tenir compte des déboursés de sa conscience.
Avec plus d'babileté^ toutefois, il n'aurait pas dû éprouver d'étonnements. De premières concessions en appellent toujours d'autres. : avant le désaveu de l'amiral Dupetit-Tbouars, û aurait pu invoquer la dignité nationale ; après le désaveu, l'argument devenait impossible. Sans le désaveu, Peel n'aurait pas risqué la demande en réparation ; mais ayant fait courber la France devant le drapeau de Pomaré, il lui était bien permis de l'humilier devant la soutane de Pritchard. Le passé faisait son audace, augmentée d'ailleurs
4ti HISTOIRE DE HUIT ANS.
par les colères que suscitait la guerre du Maroc. H. Guizot portait la peine de ses faciles obéissances.
Louis-Philippe était moins troublé que son ministre» parce qu'il était résolu à n'y pas voir une grosse affaire. Compromettre la paix du monde pour une querelle lointaine entre un oiBeier et un prédicateur méthodiste, lui semblait une insigne folie. Il ne considérait que la petitesse de révénement et non la grandeur de la question nationale. Sa pensée à cet égard est nettement exprimée dans une lettre au roi des Belges : « La dépêche de Guizot sur « Tahiti et ses tristes pêtises doit avoir été communiquée « hier à lord Àberdeen^ » Plus loin, il ajoute : « Je n'ai « pas de patience pour la manière dont on magnifie si sou- « vent des bagatelles de misère en casus beUi. Ah! mal- « heureux que vous êtes ! si vous saviez comme moi ce que « c'est que bellum, vous vous garderiez bien d'étendre, n comme vous le faites, le triste catalogue des casm belU, « que vous ne trouvez jamais assez nombreux pour satisfaire « les passions populaires de votre coupable soif de popu- « larité. »
Voilà quelle était la grande préoccupation de Louis- Philippe : la crainte de la guerre, et la persuasion où il était que la guerre entraînerait la ruine générale des monarchies. Il le dit dans la même lettre :
« II n'y a plus d'État qui puisse faire la guerre sur ses « propres ressources ; et quelle que soit ma haute opinion « des ressources de l'Angleterre, je ne crois pas qu'elle « pût y suflSre, surtout avec la ruine générale qui ne )> tarderait pas à suivre dès qu'une fois la guerre serait allu-
* Revue rétrospective.