CHAPITRE XV
Tescadre, le Kabyles de Tintérieur descendirent dans la ville, en chassèrent la garnison impériale, et y mirent le feu après Favoir pillée et dévastée. Les habitants avaient fui dans toutes les directions; le prince de Joinville recueillit à son bord le consul anglais, sa famille et quelques Européens.
Au départ des Français, il ne restait plus rien de la belle Souérah, que Muley-Âbder-Rhaman appelait sa ville chérie.
Des coups non m<lins décisifs lui étaient portés sur la frontière. Le fils de l'empereur tant annoncé était arrivé sur les bords de Tlsly, occupant avec ses troupes un espace de deux lieues, depuis Djerf-el-Akhdar jusqu'à Condiat- Sidi-Abd-er-Rhaman. Chaque jour de nouveaux contingents ajoutaient à ses forces et à son oipieil. Il avait sommé le maréchal Bugeaud d*évacuer Lalla-Maghmia, et se vantait de régner bientôt en maître à Tlemcen, Oran, Mascara et même à Alger. Partout dans le Maroc on prêchait la guerre sainte : c'était une véritable croisade pour rétablir les gloires de Fislamisme. Ces populations iporantes et fanatiques s'imaginaient qu'il était impossible aux Français de résister à une aussi formidable réunion des cavaliers les plus renommés de l'empire; et l'on n'attendait pour nous attaquer que l'arrivée des contingents d'infanterie des Beni- Senassen et du Rif, qui devaient nous assaillir par les montagnes au delà desquelles se trouve Lalla-Maghmia, pendant que la cavalerie nous envelopperait du côté de la plaine.
Dans cette position, le maréchal jugea que les périls s'accroîtraient à rester plus longtemps sur la défensive. Dans quelques jours, les nouveaux contingents pouvaient
pôrti»ries iroupds d« rê&nemi à 45,000 hommes. Si cette forée se ditmit, elle pouvait péiiA;rer en Algérie par plusieurs points à h fois et compromettre uotre conquête. De plus longues hésiuitons d'ailleurs pouvaient inviter à la révolte les tribus récemment soumises du gouvernement de Tlemcen, exposer à un blocus le camp de Lalla-Maghmiaet te couper de ses approvisionnements. La prudence même commandait de prendre Tinitiative.
Le 12 août, ayant rallié le général Bedeau avec trots bataillons M sit escadrons, le maré(M fit connaître à ses nifeiers sa résolution de mardier en avant. Cette nouvelle, répandue dans l'armée, y causa le plus vif enthousiasme. ^Le soir^ les officiions de Tancienne cavalerie offrirent un pttBcii i ceux qui venaient d'arriver. Le lit pitu>resque de lt)uerdefoa, ruisseau sur lequel on campait, fut artistement transformé en un jardin d^icieux. De nombreuses bougies éclairaient les bosquets, et les flammes bleues de quarante gamelles de punch illuminaient les rives. Cette lète nocturne^ animée par les ardeurs de la bataille prochaîne, fut pleine de cordialité, de verve et d^enirain. Le manidial Bogeaud s'y présenta, parcourut les groupes joyeux, les charma par ses allocutions militaires, brusques, fnuKlies et pittoresques. Il lui fut répondu par des cris d'allégresse, et tous ces jeunes <ri6ficiefs, exaltés et uuendris, lui promettaient une grande jouinée et de courageux ^xsmples*
Le plan de bataille avait été expliqué d'avance à tous les chefs de corps.
L'ensemble de l'armée devait former un grand carré, fonné d'autant de petits carrés qu'il y avait de bataillons.
L'attèulauoe» lus bagng^ le troupeau se pbfaient au
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tettife, ainsi qiio h ^V4lerte, foméé tn deui colonnes sur ehdquecôtéâttcOâVOi.
L'artillerie distribuée sur les quatre faces, vis-à-vis les inti^rvaUes des bataillons, qui étaient de 190 pas»
On devait marcber à rennetni p^t l'un des angles formé par le bataillon de direction. La moitié des autres bataillons était échelonnée à droite et à gauche sur celui-ci. L'autre moitié formait la mémo figure renversée en arrière. C'était un j^rand losange, fait avec des colonnes à demi-dlsunce par bataillons, prêtes à former te grand carré.
Derrière le bataillon de direction se trouvaient dont bataillons de réserve, ne faisant pas partie du système, et pouvant être détachés pour agir selon les circonstances.
Le 13, à trois heures de raprès-mîdî> l'armée française so mil en marche, simulant nn grand fourrage, afin de ne pas laisser comprendre à l'ennemi que c'était un mouvement offensif. A là chute du jour, les fourrageurs revinrent sur les colonnes, et l'on campa dans l'ordre de marche^ on silence ot Mns feu. Il ne restait plus que quatre lieues à pàitourir pour rejoindre l'ennemi.
A minuit, les soldats reprirent leur marche^ et à la pointe du jour se fit le premier passage de l'Isly, sans ren^contrer un seul «nnemi. Ce fut une heureuse circonstance; car le passage était difficile, et fait en présence de l'ennemi, il eût présenté de gravés périls. A huit heures du inâtin> on atteignit les hauteurs do Djerf-ôl-^Akhdàr) d'oh Ton apercevait les camps marocains blanchissant toutes les collines de là rive droite. Dé teut côté, les ennemis» avertis «infin de l'approche des Français» se portaient en AVâ&t pour les attaquer au second passage do h livide. Au milinn d'une grosso massé de cavalerie qui se trouvait sur la pairtie
la plus élevée, se distinguait le groupe du fils de Tempereur, ses drapeaux et son parasol, signe du commandement.
Ce fut sur ce point que marcha le bataillon de direction. Arrivé là, il devait faire une conversion à droite et se porter sur les camps, en tenant le sommet des collines avec la face gauche du grand carré.
Après avoir donné rapidement ses instructions , le maréchal fit descendre les troupes dans la rivière qu'elles franchissaient par trois gués, au simple pas accéléré et au son des instruments.
De nombreux cavaliers défendaient le passage ; ils furent repoussés par les tirailleurs d'infanterie, et l'on atteignit bientôt le plateau immédiatement inférieur à la butte la plus élevée oii se trouvait le fils de l'empereur. Pendant que la troupe, jusque-là en ordre de marche, se formait en ordre de bataille, le maréchal dirigeait le feu de quatre pièces de campagne sur le groupe impérial, et à la confusion qui bientôt y régna, on put juger que les coups avaient porté.
Au même moment, des masses énormes de cavalerie jusque-là masquées par les collines , sortirent des deux côtés, et, se déployant en un vaste croissant enveloppèrent de toutes parts la petite armée française, en poussant des hurlements accompagnés du tonnerre de vingt mille fusils. Les nôtres eurent besoin de tout leur sang-froid pour ne pas se laisser ébranler; pas un homme ne se montra faible. Les tirailleurs, qui n'étaient qu'à cinquante pas des carrés, attendirent de pied ferme ces multitudes, sans faire un pas en arrière ; ils avaient ordre de se coucher par terre si la charge arrivait jusqu'à eux, afin de ne pas gêner le feu des