CHAPITRE I
SO mars, non à la suite de Louis XVIII, non comme émigré, non pour quitter mon pays.
« Le lendemain du 20 mars, je suis retourné k la Sorbonne, à ma vie obscure, littéraire ; je l'ai reprise paisiblement, je suis rentré dans la condition d'un simple citoyen soumis aux lois et au sort de son pays. A la fin du mois de mai, quand il a été évident j)Our tout homme sensé qu'il n'y
avait pas de paix possible pour la France avec l'Europe
(Interruption) c'est mon avis !
« Quand, dis-je, il m'a été évident que la maison de Bourbon rentrerait en France (nouvelle interruption à gauche), j'ai été à Gand alors, non pas dans un intérêt personnel, j'y ai été pour porter au roi Louis XVIII quelques vérités utiles, pour lui faire comprendre que, dans le véritable esprit du parti constitutionAel en France, son gouvernement avait, en 1814, commis des fautes qu'il était impossible de recommencer; pour lui faire comprendre que s'il reparaissait sur le trône de France, il y avait des libertés, non-seulement celles que la charte avait déjà consacrées, mais des libertés nouvelles qui devaient être accordées au pays ; qu'il y avait à l'égard des intérêts nouveaux, à l'égard de la France, de la révolution, une autre conduite à tenir, qui inspirât plus de sécurité, qui dissipât les défiances et les passions que la première restauration avait suscitées. Et pour aboutir à quelque chose de plus précis, j'ai été dire 'au roi Louis XVIII qu'il avait eu auprès de lui tels hommes, tels ministres influents qu'il aurait tort de vouloir garder ; qu'il devait les éloigner de sa personne et de toute influence sur les affaires.
« C'est au nom des royalistes constitutionnels, c'est dans l'intérêt du parti constitutionnel, c'est dans l'intérêt de la
charte, c'est pour lier raffermissement et le développement de la charte au retour probable de Louis XYIII en France, que j'ai été à Gand. »
Telle fut l'explication donnée par M. Guizot. Consultons maintenant la vérité historique.
A l'époque du 20 mars^ M. Guizot occupait au ministère de l'intérieur des fonctions importantes. Il ne songea pas à les quitter et se rallia officiellement au gouvernement nouveau en signant son adhésion à Yacte additionneL Néanmoins, dans la première quinzaine de mai, il fut destitué par Camot, chargé alors du portefeuille de l'intérieur. La tolérance bien connue de ce ministre fit penser au public que cette destitution se rattachait à quelques menées politiques ; et les lignes suivantes du Moniteur, en date du 14 mai 1815, semblèrent confirmer ces prévisions.
« Le ministre de l'intérieur vient de faire quelques changements dans ses bureaux. Des motifs politiques ont pu se réunir à d'autres causes du renvoi de plusieurs employés. Ces motifs ont pu être que les individus qui avaient passé une partie de l'année dernière à faire preuve des plus fortes garanties de leur dévouement à la dynastie des Bourbons, données par quelques-uns d'entre eux au moment même où ils étaient engagés par leur serment envers l'empereur Napoléon, que ces individus, dis~je, ne paraissent pas, par cela même, offrir assez de garanties à l'ordre social actuel, qui a remplacé les Bourbons, et qui est en ce moment l'objet de leurs attaques directes ou indirectes, unies à celles de l'étranger. Mais il est si faux que leur refus de voter pour l'acte constitutionnel ait influé en rien sur la décision du ministre, que des employés qui ont signé oui pour l'acte constitutionnel, notamment M. Guizot, n'en ont pas moins