‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 22 sur 182 · CHAPITRE 1. Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1. Î

reçu leur démission, tandis que d'autres employés, à qui leur conscience n*a pas dicté un vote aussi empressé que celui de M. Guizot, n'en sont pas moins conservés. »

Il résulte de ce qui précède que M. Guizot ne rentra pas dans la condition de simple citoyen le lendemain du 20 mars, ainsi qu'il le disait à la chambre, mais au mois de mai seulement, et contre sa volonté ;

II en résulte que M. Guizot alla à Gand, non à la suite de Louis XVIII, il est vrai, mais après une destitution,* et avec toutes les apparences d'un mécontent, bien plus que d'un conseiller désintéressé.

Qu'ensuite, trouvant l'occasion bonne, un comité de royalistes constitutionnels l'ait chargé de transmettre à Louis XVIII leurs avis et leurs doléances, il n'y a rien là que de très-probable; et le témoignage de M. Royer-Collard a été formel à cet égard. Toujours est-il que les explications données à la chambre par M. Guizot ne contenaient, selon Texpression qu'il venait d'employer, que la moitié de la vérité.

Dans cette première journée, la lutte entre l'ancien ambassadeur et son ministre avait été assez modérée, cependant M. Guizot avait ajouté en parlant du cabinet du 1" mars : « Je crois que sa politique était mauvaise. » — « Il fallait nous le dire, cria M. Thiers. » Mais le lendemain, les explications furent plus vives, et les amateurs de scandale purent se réjouir. On vit un ambassadeur se vanter d'avoir eu une autre opinion que le cabinet, et avouer qu'il n'avait rien fait pour ramener le ministre à l'opinion qu'il croyait vraie. Bien plus, il pense que les choses pressent, et il écrit au ministre que rien ne presse.

Aussi, lorsque dans la longue exposition de ses actes, II. 2

M. Guizot dit à la chambre : « Notre intérêt à nous, je le crois, était d'être pressants, » M. Thiers se lève avec vivacité, et s'écrie :

H Je prouverai, pièces en main, puisque enfin je suis réduit à me justifier devant l'ambassadeur à qui j'ai donné des ordres, et qui n'avait à me donner que des avis, je prouverai, pièces en main, que, le 14 juillet même, il m'écrivait que j'avais du temps devant moi, et que rien ne pressait.

M. GuizoT. J'étais sous les ordres de M. Thiers, je recevais ses instructions, je lui donnais toutes les informations que je pouvais lui donner. . .

M. Thiers. Vous ne m'avez jamais donné votre opinion.

M. GuizoT. Je ne comprends pas bien l'objection. Je me bornais à remplir mon devoir d'ambassadeur; je ne voulais pas engager ma responsabilité personnelle plus que je ne devais.

M. Thiers. Vous m'écriviez le 9 et le 14 juillet que rien n'était encore arrêté et qu'on préparait deux plans, l'un à quatre et l'autre à cinq ; tout dans votre correspondance me laissait dans cette pensée, qu'avant de rien signer de définitif, on ferait au cabinet français une dernière proposition. J'ai été entretenu dans cette sécurité jusqu'à la signature du traité du 15 juillet. »

A ces reproches accablants, M. Guizot ne répondit que par un aveu d'impuissance :

« Sans doute, j'ai cru qu'on nous communiquerait le traité du 15 juillet avant de le signer. Je partage votre sentiment; mais vous n'avez pas à vous plaindre de moi. Je ne pouvais savoir ce qui se passait : on a eu tort d'agir ainsi ; mais je ne pouvais dire ce que je ne savais pas. »

Ambassadeur à Londres, apparemment pour savoir ce

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