CHAPITRE I. S
qui se passe, M. Guizot dit à la chambre des députés : « Je ne savais pas. » Le même homme parle à Londres au nom de la France, et il dit à la chambre des pairs : « J'ai affirmé ; on ne m'a pas cru. » Voilà par quels aveux s'inaugurait le cabinet du 39 octobre.
Assurément, il ne méritait pas le reproche d'une excessive fierté.
Dans la séance suivante, M. Thiers reprit le même texte d'accusation.
« Est-il vrai, dit-il, qu'un ambassadeur doive se renfermer dans le rôle unique de rapporteur? je ne le crois pas, messieurs, je ne le crois pas en général, non plus que dans les circonstances particulières où nous nous sommes trouvés. Je crois qu'en principe, un ministre est seul responsable, d'après la constitution, et que quand il y a division d'avis entre le ministre et l'ambassadeur, le ministre qui prend toute la responsabilité doit ^eul décider, mais je dis, ^ je répète qu'un ambassadeur est appelé à donner ses avis sur la politique du gouvernement.
A J'avais toute confiance dans les rapports de
H. Guizot avec moi, et dans presque toutes mes dépêches, je lui demandais son sentiment avec instance, et décidé à me rapprocher de lui autant que je le pourrais, s'il y avait dissidence entre nous.
« Jedois donc d'autant plus regretter que M. Guizot
ne m'ait pas donné ses lumières autant qu'il le devait. Je croyais, je l'avoue, marcher tout à fait d'accord avec lui, et j'aurais été bien affligé de penser le contraire. »
Au milieu de la lutte entre les deux principaux acteurs, les rivalités secondaires vinrent apporter tour à tour leur contingent d'apologies et de récriminations. MM. H. Passy,
Dufaure et Villemain défendirent le cabinet du 12 mai, M. de Rémusat plaida pour le cabinet du 1^"* mars. Tous étaient unanimes pour reconnaître les périls, les malheurs, les hontes de la situation. Mais chacun en repoussait la responsabilité. Le 29 octobre attribuait les fautes au 1*''' mars; le 1" mars au 12 mai ; prédécesseurs et successeurs se renvoyaient de mutuelles accusations. Ce qui ressortait le plus clairement de ces discussions, c'est que des fautes qui se perpétuaient sous tous les ministères ne tenaient pas à la personne des ministres, mais à un système général, à une volonté opiniâtre, manifestée depuis dix ans. Les traits que se lançaient d'ambitieux compétiteurs, portaient plus haut. Jamais peut-être la couronne ne fut plus compromise par de maladroits serviteurs. Le véritable auteur des abaissements politiques ne pouvait être nommé dans les débats officiels ; mais dans tous les rangs de la population, on accusait ouvertement Louis-Philippe ; et les écrivains radicaux publiaient des réquisitoires aussi transparents que le permettait une législation rigoureuse.
Du reste, jamais la politique extérieure de la France n'avait été exposée avec plus de détails : toutes les négociations, tous les actes de la diplomatie dans la question d'Orient, depuis le 12 mai jusqu'au 29 octobre, avaient été portés à la tribune. Les passions personnelles avaient tout éclairé, bien plus que ne l'eût fait une discussion digne et désintéressée.
Mais ce n'était là que le côté rétrospectif de la situation. Après l'examen des faits du passé, des fautes, des échecs, quelle serait l'attitude du ministère, sa politique dans le présent, sa politique dans l'avenir ? M. Guizot ne dissimula pas que sa principale mission était de combattre les factions