‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 24 sur 182 · CHAPITRE I. S · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. S

intérieures, et il formulait sa pensée en ces termes : « Je suis inquiet du dedans encore plus que du dehors. Nous retournons vers 1831, vers l'esprit révolutionnaire exploitant un entraînement national. »

M. Thiers lui répondit :

H L'honorable M. Guizot a parlé de Tentrainement national; il a dit qu'il fallait distinguer, dans cet entraînement, les passions généreuses de celles qu'il a appelées révolutionnaires ; mais, permettez-moi de vous le dire franchement, dans toute notre histoire, depuis cinquante ans, toutes les fois que l'entraînement national s'est manifesté, ne trouvez-vous pas auprès de lui les factions qui cherchent à l'exploiter? cela est toujours arrivé. Eh bien! si vous trouvez que la présence des factions soit une raison de ne pas céder à l'entraînement national, je vous déclare que vous n'y céderez jamais; et si vous dites tout haut à l'Europe que vous vous arrêterez devant la présence des factions, alors vous serez forcés de vous arrêter toujours.

« Croyez-vous que la guerre consiste seulement à battre les ennemis à l'extérieur? Non, elle consiste encore à se montrer ferme au dedans et à maintenir l'ordre ; elle consiste à suffire à cette double nécessité de contenir les factieux et de combattre au dehors ; et si vous dites que la présence des factions est un prétexte pour abandonner les intérêts du pays, soyez sûrs qu'en parlant ainsi vous parlez comme les ennemis de la France. »

M. Thiers avait montré son ancien ambassadeur insuffisant et sans franchise, mal informé sur les faits, et refusant de s'associer par ses opinions au ministère qu'il représentait, diplomate naïf et serviteur à réticences; il montra le ministre dépourvu de dignité et de prévoyance, esclave de

ses idées contre-révolutionnaires et dupe de ses propres terreurs. Malheureusement, il manquait aux paroles de M. Thiers Tautorité de Texemple. Les faiblesses qu*il reprochait aux autres, il les avait partagées lorsqu'il était au pouvoir. Ses actes au ministère contredisaient ses discours à la chambre, et il ne retrouvait de beaux élans de patriotisme que lorsqu'il n'était plus au pouvoir.

M. Garnier-Pagës, avec sa finesse habituelle, fit ressortir cet étrange contraste.

« Oui, dit-il, monsieur le président du i^' mars, vous avez, surtout quand vous êtes dans l'opposition, des paroles françaises, des paroles nationales ; mais vos actes, et vous en avez beaucoup fait depuis dix ans, vos actes nationaux, vos actes français, je ne les connais pas.

Aussi, je souhaite que vous restiez dans l'opposition; vous y apporterez la force de votre parole, et, s'il dépend de moi, vous y resterez. >»

L'orateur radical fit une vive critique des différents ministères qui s'étaient si malheureusement occupés de l'affaire d'Orient, non en homme intéressé, comme les précédents orateurs, à se défendre en attaquant, mais en citoyen éclairé et pénétré de la grandeur de son pays. Étranger aux intrigues ministérielles, aux petites passions qui affaiblissaient ses adversaires, M. Garnier-Pagès révélait toutes les misères qui s'étaient succédé, et qui venaient en un jour s'accuser mutuellement. Il pouvait à bon droit leur infliger à tous une condamnation collective : « Vous nous avez prouvé pendant deux ans, leur dit- il, que M. MoIé était insuffisant : eh bien! ce que vous pensiez de son ministère, je le pense de tous les autres. »

Un autre orateur qui avait aussi dans la chambre l'avan-

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