‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 42 sur 182 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

sèment. Hais rimpatiente curiosité de la chambre se concentrait tout entière sur le maréchaf Soult. Allait-il repousser un amendement qui reproduisait ses propres opinions, et faire tomber les espérances des ambitieux qui comptaient sur lui? Allait-il trahir la commission après s'être engagé avec elle, et livrer H. Guizot aux coups de ses adversaires? Immobile sur son banc, il semblait s'opiniâtrer dans un prudent silence, lorsque M. Thiers, le prenant directement à partie, lui rappela qu'il avait promis son appui au projet de loi, et le somma de remplir cette promesse, en combattant devant la chambre Tamendement du général Schneider.

Il n'y avait plus à reculer. Le maréchal, d'un air contraint, gapa la redoutable tribune. Mais au lieu de se prononcer nettement pour ou contre l'amendement, il s'égara dans des divagations ambiguës sans conclusion et sans franchise. « J'ai obéi, dit-il, à une nécessité du gouvernement qui s'était engagé par des actes que je ne pouvais pas répudier... Je pensais que mon opinion était bien comprise et que ma situation officielle l'était également J'ai

accepté l'enceinte continue comme complément utile de mon système de camp retranché. Je l'ai fait par la même considération que, sur un champ de bataille, j'aurais accepté avec reconnaissance un renfort inattendu. » — « Et l'amendement, lui criait-on de toutes parts, l'amendement! — « M. le rapporteur, répliqua-t-il, a indiqué à la chambre, parmi les conséquences qui pourraient résulter de l'adoption de l'amendement, les difficultés d'exécution qu'il rencontrerait dans l'opinion publique. Le gouvernement du roi ne peut laisser passer une pareille assertion sans réponse ; il doit rassurer la chambre et lui dire qu'elle

doit se déterminer, non par les périls de la question, mais par les raisons qu'elles jugera les meilleures pourFun ou l'autre système; et quel que soit son vote, il sera exécuté : en vous l'affirmant, le gouvernement du roi remplit son devoir constitutionnel. »

Ces étranges divagations du président du conseil causèrent dans la chambre une agitation générale. Il était évident que le maréchal eût volontiers accepté l'amendement; il était non moins évident qu'il n'avait pas eu le courage de le dire. Des deux côtés, le mécontentement était égal; M. Guizot eut pitié de son collègue; ou plutôt profitant adroitement de l'embarras du maréchal pour l'engager plus qu'il ne voulait, il fit triompher sa propre cause, en se donnant les apparences de la générosité.

« Il n'est f as étonnant, dit-il, que M. le président du conseil ne montre pas à cette tribune la même habileté, la même dextérité qu'il a montrée si souvent ailleurs. »

Après avoir ainsi couvert le maréchal de sa protection, M. Guizot ajoutait :

« Le projet reste entier; il reste le projet du cabinet, qui le maintient; M. le président du conseil le maintient luimême ; il vient tout à- l'heure de le répéter formellement. »

Une interprétation aussi positive de paroles très-équivoqiies fut accueillie par la chambre avec des rires d'incrédulité. Mais le maréchal était contraint d'acquiescer au moins par le silence. Peut-être après tout n'était-il pas fâché de trouver à ses embarras une solution inattendue ; peut-être faisait-il bon marché de combinaisons ministérielles dont il avait été plutôt l'instrument que l'auteur, et d'auxiliaires incommodes dont il se trouvait délivré sans qu'on put l'accu ser de trahison.

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