CHAPITRE il
L'amendement du général Schneider ainsi délaissé par le président du conseil, attaqué par son adroit collègue, repoussé par les hommes spéciaux, n'avait plus aucune chance de succès, il fut rejeté à la majorité de 61 voix (336 contre 178). Le public se doutait à peine que ce fût une question de cabinet. Le 15 avril et le 12 mai étaient vaincus ensemble.
Dès lors, tous les articles du projet de loi se trouvaient implicitement consentis.
L'article 3 donna lieu à quelques explications sur la question de savoir si les travaux de l'enceinte et des ouvrages avancés seraient exécutés simultanément. Le président du conseil promit de s'attacher strictement au principe de simultanéité. 11 calmait ainsi les méfiances ; il accepta dans le même but un nouvel article proposé par M. Lherbette, établissant que la ville de Paris ne pourrait être classée parmi les places de guerre qu'en vertu d'une loi spéciale.
Enfin, l'ensemble de la loi fut voté dans la séance du r"" février par 237 voix contre 162.
Toutefois les prétendants ministériels ne se considéraient pas comme définitivement battus, et mettaient encore quelques espérances dans la chambre des pairs. La pacifique compagnie du Luxembourg présentait, en effet, un spectacle inaccoutumé. On y préparait sérieusement une campagne contre le ministère; on y complotait avec zèle la restauration de M. Mole. Celui-ci, transporté d'une ambitieuse ardeur, convoquait les fidèles, recrutait des appuis, multiplait les promesses et prenait déjà le ton et le langage d'un héritier présomptif. Le maréchal Soult, sans le seconder ouvertement, faisait des vœux pour lui : la morgue de M. Guizot blessait le vieux guerrier, et celui-ci ne pou-
vait oublier que son collègue l'avait battu à la chambre, tout en le couvrant de sa protection hautaine. Double injure qui avait besoin d'être vengée !
Le rejet de la loi des fortifications ou l'adoption d'un amendement qui rappellerait celui du général Schneider, devait être la base de la révolution ministérielle : et par une étrange complication d'intrigues, M. Guizot se trouvait en cette occasion le représentant de la pensée nationale. Il ne négligeait, d'ailleurs, aucune précaution pour faire avorter la conspiration qui le menaçait, et il avait pour principaux appuis MM. Pasquier et Decazes.
Les premières opérations des bureaux donnèrent à M. Mole toutes les apparences d'une victoire. Sur neuf commissaires, sept étaient opposés au projet. M. Mole fut nommé président de la commission, M. Meunier rapporteur. Ce premier succès était un hommage rendu à l'étranger. Quelques jours auparavant, M. d'Appony disait à M. Guizot que ces fortifications, de quelque couleur qu'on les revêtit, n'en augmenteraient pas moins la force de la France, et par conséquent ne pouvaient être vues par les alliés sans déplaisir. La pairie semblait vouloir calmer les mécontentements de l'ambassadeur d'Autriche.
Le rapport de la commission était naturellement en harmonie avec la composition de ses membres. Le projet adopté par les députés était profondément modifié ; on substituait une simple enceinte de sûreté à l'enceinte bastionnée. C'était, en un mot, la reproduction de l'amendement du général Schneider. On faisait encore une fois d'une question nationale une question de portefeuilles.
M. Guizot rencontra, dès le début de la discussion, un auxiliaire important. Le duc de Broglie rompit un long