‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 44 sur 182 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

silence parlementaire pour combattre avec vigueur les ai^uments de la commission, et l'autorité de sa parole porta un coup funeste aux espérances de l'étranger.

H. Holé essaya de lui répondre le lendemain, et soa discours montra dès le début qu'il s'agissait bien moins pour lui des intérêts de la France que des triomphes de son ambition personnelle. Les coalitions parlementaires lui semblaient bien plus dangereuses que les coalitions européennes.

« Depuis deux ans, dit-il, il s'est passé dans notre pays, et en particulier dans les chambres, de telles choses, que le mécanisme de nos institutions, leur jeu, s'est trouvé faussé ou entravé. Il s'est créé au sein du parlement luimême un instrument, ou, si l'on veut, une tactique de telle nature qu'aucun gouvernement, aucun cabinet ne saurait y résister. Autrefois les majorités, moins variables, représentaient toujours l'opinion, les sentiments, les impressions du pays. Il n'en a plus été ainsi depuis qu'un fatal exemple a été donné, depuis que les partis les plus opposés, les adversaires les plus décidés, oubliant leur rancune ou voilant leur drapeau, ont montré qu'ils sauraient à toute heure se réunir et s'entendre pour avoir le nombre et frapper le pouvoir d'interdiction. Le pouvoir. Messieurs, c'est donc le but, la proie qu'on se dispute! Mais qu'est-il devenu au milieu de tant d'efforts, de violences, pour s'en saisir ? A quelles conditions s'exerce-t-il maintenant et pourrat-il s'exercer désormais? Le mal que je signale est profond ; la loi qui nous occupe en présente un témoignage irrésistible.

« M. le président du conseil ne semble-t-il pas lui-même l'avoir reconnu en vous parlant des nécessités politiques

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qui avaient contraint, en quelque sorte, le cabinet à le présenter. « Un autre système de défense, vous a-t-il dit, aurait bien pu encore être préféré, si les nécessités politiques n'avaient pas amené la combinaison des deux procédés ? » Prié de s'expliquer sur ces nécessités politiques au sein de votre commission, H. le président du conseil a répondu qu'elles ressortaient des mesures adoptées par le précédent ministère ; la loi était, en effet, l'expression de la politique et des craintes du 1*'' mars. En modifiant le projet comme le proposait la commission, la chambre ramènerait le cabinet actuel en quelque sorte à ses propres convictions. »

Le maréchal Soult répondit à M. Mole qu'en effet le gouvernement subissait en ce moment des nécessités politiques, nécessités qui étaient imposées par Thonneur, la sûreté, la dignité de la France. Du reste, le cabinet du 39 octobre avait proposé ce que, dans sa conviction, il croyait utile, digne et convenable, quels que fussent les précédents, sans avoir égard à l'origine du projet.

Comme on le voit, le maréchal Soult à la chambre des pairs défendait l'enceinte continue avec bien plus de franchise et de vigueur qu'au Palais-Bourbon ; les autres ministres le secondèrent énergiquement. C'est que le débat se réduisait en ce moment à une lutte personnelle, et la question de cabinet avait le privilège de réveiller toute l'activité de nos hommes d'État. M. Guizot ne voulut rien céder à la commission, car c'eût été ouvrir les portes du pouvoir à H. Mole. « Si le projet de loi, disait-il, n'était pas compromis par l'amendement, il était tellement amoindri qu'il perdait les trois quarts de sa valeur. Le gouvernement luimême en serait affaibli, profondément affaibli en France et en Europe ; oui, répétait M. Guizot, en France et en Europe!

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