‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 45 sur 182 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

et pourquoi? pour uue réduction de quelques millions et la suppression de quelques bastions et de quelques fossés! »

H. Ducbâtel combattit avec esprit les arguments financiers que Ton avait fait valoir tn faveur du projet de la commission, qui amenait sur les dépenses une réduction de 47 millions.

En effet, les partisans de H. Mole avaient une singulière façon de raisonner. Comme on voulait avoir de son côté ceux qui tiennent aux intérêts des contribuables et du trésor, on leur tenait ce langage : Adoptez l'amendement delà commission, et vous arriverez à soulager les finances, vous rétablirez Tordre, vous apporterez une notable réduction dans les charges des contribuables. Et puis comme on voulait s'assurer des autres intérêts et les concilier au rejet du projet de loi et à l'adoption des amendements, on disait : Avec ces 47 millions vous pouvez exécuter un grand nombre de canaux et de chemins de fer ; ce qui se conciliait difficilement avec 1 économie dans les finances et les sommes à laisser entre les mains des contribuables.

c( Mais ce n'est pas tout, ajoutait le ministre. Après avoir employé les 47 millions à soulager les contribuables, on a dit : Ces 47 millions, il y a une manière très-profitable de les employer. Ne fortifiez pas Paris, mais créez de nouvelles places fortes ou à Paris ou entre Paris et la frontière. Enfin, comme il y a des personnes qui portent intérêt au développement de la marine, et avec raison, on a offert les 47 millions à la marine pour développer et augmenter ses armements, pour construire des bâtiments à vapeur ; de telle sorte que ces 47 millions se multiplient sous toutes les formes : ils serviront à rétablir nos finances, II. 8

à créer des chemins de fer et des canaux, à construire des places fortes et à doter la marine de bateaux à vapeur. »

Enfin, M. Duchâtel insistait sur ce point : la pensée de la commission, de l'aveu même de son rapporteur, était, qu'une fois la première ligne de défense forcée, il ne devait plus y avoir de résistance pour Paris. Mais comment consentir à enlever ainsi à la ville de Paris toute chance de salut après la prise des forts ? à déclarer que, du jour où ce premier succès aurait été obtenu par l'ennemi, la reddition de Paris devait s'ensuivre? « Il faut, continuait le ministre de l'intérieur, il faut ménager cette chance extrême à la défense ; il faut supposer que le gouvernement qui sera alors h la tête de la nation sera assez raisonnable pour ne pas prendre à plaisir une résolution désespérée. Et encore y a-t-il souvent des résolutions désespérées qui sauvent. Il ne faut pas fermer la porte à ces résolutionslà. »

Le ministère devait se sentir bien fortement menacé dans son existence, pour trouver ainsi en lui-même des accents patriotiques.

Aussi M. Guizot avait-il hautement déclaré qu'il ne voulait aucune modification au projet du gouvernement. « Tout ou rien, » disait-il.

M. de Montalembert fit de ces paroles le texte de son exorde.

a Tout OU rien ! On n'a pas tenu ce langage à la chambre des députés. Là on a trouvé tout simple que chacun se crée un droit de présenter des changements. La commission, présidée par un des rivaux les plus redoutables du ministère, a eu, elle aussi, des exigences, un système, des idées; on a dit : « Nous nous arrangerons avec la commission, n et l'on

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