TROISIÈME LETTRE
« Il y a d'épouvantables conséquences à redouter dans tes crises po- « litiques, lorsqu'une volonté sage et prévoyante se trouve en inévitable « contact avec l'obstination d'un zèle qui peut, dans ces cas, se réputer a hardiment mauvais vouloir. Si, au lieu d'en finir brutalement avec « les artilleurs civiques, Von eût suivi mon seul avis, qu'on eût flatté, « cajolé ces hommes, qu'on leur eût fait entrevoir que, si l'on pensait à c construire des forts, c'était pour leur en confier la garde; si on leur « eût persuadé qu'en cas d'une invasion, Paris ne pourrait devoir son « salut qu'à d({ pareils défenseurs ; si enfin, au lieu d'une destitution « brusque, on eût pris ces citoyens par la vanité, Arago et les siens « n'eussent pas été admis à prouver que les forts, bien loin d'être des- « tinés à repousser une invasion étrangère , deviendraient -, le cas «- échéant, une ressource victorieuse pour maintenir dans le devoir et « la soumission la très-turbulente population de Paris et de ses aima- » blés faubourgs.
« C'était du temps qu'il fallait gagner; et, au lien d'irriter les esprits, « il fallait endormir le civisme en éveil pour le préparer au salutaire « moment où une ordonnance nous eût fait justice de tout récalcitrant. « Du reste, rien ne me fera renoncer è un projet si sagement conçu, et « à l'exécution dnquel, dans l'étatr de choses où se trouve la France, cr s'attache, en quelque sorte, non, certes, la durée de la monarchie « constitutionnelle, mais la perpétuité de ma dynastie, ce qui sonne a mieux et vaut mieux pour la France. Qu'on se persuade bien que, « moi seul, je pouvais affronter, diriger et vaincre l'hydre révolution- « naire. Qu'on nous sache donc un peu de gré. On ne tient aucun « compte de nos efforts inouïs, on ne sait pas à quel peuple nous avons « affaire, et que, depuis quarante ans, on peut regarder Paris comme « étant la France.
« Qu'on s'assure donc que je ne renonce pas à mon projet ni à celui « de maîtriser la presse, notre plus dangereuse ennemie» On a gagné « grande partie des écrivains ; les autres suivront, et le calme succédera