CHAPITRE III
« aox excitaUoDS malignes et joarnalières de ces plames guerroyantes* « Qu*oii pense à ce qae juillet eût pu attirer sur l'Europe en 1830; « qae Ton voie ce que notre seule et forte volonté a fait de cette ff eflrayante ébullition populaire; que Ton juge par là de ce que nons « ferons, et snrtont qu'aucune des puissances n'oublie que nous seal « nous ponvions le faire, sanver la France et TEarope, et que nous « l'avons fait. »
a Que ni Vienne, ni Saint-Pétersbourg, ni Berlin ne Toublient ! »
Le journal qui avait inséré ces lettres, ayant une publicité restreinte, elles passèrent le premier jour presque inaperçues. Mais reproduites le lendemain par la Gazette, la Quotidienne^ le Commerce, Y Écho Français et le National, elles produisirent à Paris une émotion prodigieuse. À la bourse, à la chambre, dans tous les lieux publics c'était le sujet de questions sans nombre et d'étonnements sans fin. Les partisans de Louis-Philippe étaient consternés; les plus exaltés contestaient la vérité des lettres. Au milieu du tumulte général, les uns s'indignaient qu'un roi de France pût écrire de pareilles choses, les autres s'indignaient qu'on pût les lui attribuer, et, selon les sentiments divers, on entendait éclater les reproches de trahison ou de calomnie.
C'était pour le ministère une cruelle épreuve. Se taire était un aveu, poursuivre était un péril; le procès pou* vaut amener des révélations qui ne laisseraient plus même la consolation du doute. Il est incontestable que parmi les ministres, plusieurs penchaient à croire les lettres authentiques; car aucun n'osa en parler au roi, avouant ainsi leurs soupçons par un silence accusateur. Louis-Philippe s'en est vivement plaint depuis, et il avait raison. La réserve, en pareil cas , est une lâcheté, lorsqu'elle n'est pas une condamnation. Ces ministres dévoués refusèrent à leur roi les bénéfices d'une explication, soit qu'ils craignissent de ne
as HISTOIRE DE HUIT ANS.
pas trouver auprès de lui la vérité, soit qu'ils eussent peur de la rencontrer trop évidente.
Incertains et consternés, ne sachant comment aborder la chambre, qui allait, sans aucun doute, exiger des eiplications, ils se réunirent avant la séance dans un des bureaux, et prirent à la hâte une résolution qui démontrait tout le trouble de leurs esprits.
Bientôt M. Guizot se montra dans la salle des conférences. A peine entré, il fut entouré de députés impatients qui lui demandaient des renseignements, quelques-uns déclarant qu'ils allaient interpeller les ministres au sujet de ces étranges révélations. « Notre réponse, dit M. Guizot, sera bien simple : les journaux sont déférés aux tribunaux et poursuivis pour faux. » Cette réponse satisfaisait ceux qui désiraient un désaveu; elle fermait la bouche aux incrédules , obligés désormais d'attendre une décision judiciaire.
L'ordre, en effet, venait d'être donné à différents commissaires de police de saisir la France et les cinq feuilles qui avaient reproduit la publication.
La procédure fut conduite avec une brutalité maladroite qui ne servit qu'à dévoiler tous les ressentiments de l'autorité. De minutieuses perquisitions furent faites dans les bureaux des journaux incriminés; les armoires, les tiroirs, les cartons étaient fouillés pour arriver à la découverte des mystérieux autographes. Une visite domiciliaire fut faite à la maison de campagne de M. de Genoude, rédacteur en chef de la Gazette ; elle dura quatre heures, et M. de Genoude étant absent, on fit venir un serrurier d'un village voisin pour ouvrir les portes et les tiroirs. Quelques jours après, M. E. de Mon tour, gérant de la France et