‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 56 sur 182 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

M. Lubis, rédacteur en chef, étaient arrêtés à leur domicile et écroués à Sainte-Pélagie, sous la prévention de faux. C'était une violation des lois spéciales de la presse, qui ne reconnaissaient de responsabilité que pour le gérant, et des lois générales de la procédure criminelle, qui n'admet le faux que lorsqu'il y a une pièce, un corps de délit où le faux est signalé. Le seul prétexte qu'on pût invoquer reposait sur l'article 452 du code d'instruction criminelle : « Tout dépositaire de pièces arguées de faux est tenu, sous peine d'y être contraint par corps, de les remettre sur l'ordonnance du juge d'instruction. » Or, pour appliquer cet article , il fallait que deux choses fussent préalablement prouvées : 1* Que les pièces existaient réellement ; 2** que M. Lubis en était dépositaire. Car jamais en pareille matière, il n'est permis de décerner un mandat sur une supposition.

On n'épargna pas même les vexations de détail. Au lieu d'être conduits directement devant le juge d'instruction, MM. Lubis et de Montour furent déposés à la préfecture de police, dans le réduit commun, appelé la souricière, où ils se trouvèrent en contact avec un voleur qui faisait parade de ses crimes. La presse entière protesta contre ces indignes procédés.

Cependant l'immense retentissement que produisit la publication des lettres, faisait rechercher avec empressement tous les d^ils qui se rattachaient à ce singulier événement; et l'on apprit bientôt que l'existence de ces lettres arguées de faux était depuis longtemps connue à Londres. On savait leur origine; on assurait que les autographes se trouvaient, avec beaucoup d'autres provenant de la même source, entre les mains d'une intrigante qui se faisait appeler Ida de Saint-Elme, et qui était plus II. 6

connue à Paris sous le nom de la Contemporaine. Quelques-unes de ces lettres, ajoutait-on, avaient été offertes à M. Guizot pendant qu'il était ambassadeur à Londres, au prix de 5,000 francs chacune. M. Guizot écrivit à Paris pour savoir ce qu'il fallait faire; on ouvrit une négociation pour marchander sur le prix ; on ne voulait donner que 800 francs de chaque lettre : mais l'affaire fut abandonnée quand on sut qu'il y en avait plus de cent cinquante.

Quelques-unes de ces lettres, les plus importantes, provenaient, disait-on, du portefeuille de M. de Talleyrand : elles en étaient sorties au moment où le prince quitta l'ambassade de Londres pour retourner à Paris.

Tels étaient les bruits qui couraient dans le public, et le ministère était mieux que d'autres au courant de ce qui avait précédé. Car la Contemporaine avait de son côté publié à Londres d'autres lettres de Louis-Philippe qui avaient produit dans cette ville une certaine émotion. Sollicité par l'ambassadeur français de combattre l'effet de ces publications, le journal the Times traita la Contemporaine de faussaire. Cette femme intenta devant les tribunaux de Londres une action en diffamation contre la feuille anglaise. L'éditeur du Times, qui s'était mis en avant pour complaire au gouvernement français, dut alors s'adresser à celui-ci pour lui demander les moyens de se défendre contre la poursuite judiciaire qu'on lui avait attirée. Il s'ensuivit une correspondance du préfet de police à M. Guizot qui n'arriva pas à d'autres résultats que de prouver que les Mémoires d'une Contemporaine avaient été écrits par d'autres que par elle ; ce que tout le monde savait sans les renseignements de la police ^

^ Voyez la Revm rétrospective, page 2 et suivantes.

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