‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 57 sur 182 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Le parquet ne fut pas plus heureux à la cour royale de Paris. La chambre du conseil décida qu*il n*y avait lieu à suivre contre MM. Lubis et de Hontour pour Faccusation ' de faux. Ils furent remis en liberté le 8 mars, après un mois de détention préventive.

M. Lubis profita des premiers instants de sa liberté pour se rendre à Londres auprès de la Contemporaine ^ qui s'était engagée à remettre les originaux; car ce n'était que sur les fac-similé que s'étaient faites les publications de la France. Mais une femme intrigante et besogneuse comprenait bien que le scandale avait augmenté le prix de pareilles pièces, soit qu'elle les possédât réellement, soit qu'elle laissât croire à une possession qui lui permettait de se montrer exigeante. D'abord elle demanda un supplément au prix convenu; puis elle dit que les pièces étaient en gage pour une somme qu'elle avait empruntée. La somme lui fut remise pour les dégager. Elle inventa de nouveaux prétextes, remettant toujours au lendemain, et ne réalisant jamais ses promesses. Un mois environ se passa dans des négociations très-productives pour la Contemporaine^ très-stériles pour M. Lubis. Bientôt rappelé à Paris pour se défendre au procès, ce dernier dut quitter l'Angleterre sans avoir rien obtenu pour tant de sacrifices.

L'accusation de faux écartée, il ne restait plus que l'accusation d'offense à la personne royale : c'était au jury d'apprécier si les lettres étaient vraies ou supposées. Le ministère ne se dissimulait pas les embarras nouveaux de la situation. Le roi lui-même allait être mis en cause dans une discussion de cour d'assises. La condamnation du journal ne devait être qu'une médiocre compensation ; l'acquittement ne pouvait être qu'un immense scandale. Mais il n'y avait plus à

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reculer. Pour amoindrir toutefois, autant que possible, Féclat du procès, on renvoya de la plainte les cinq autres feuilles. La France, demeurée seule accusée, fut appelée en cour d'assises le S4 avril.

Ce n'était pas de son gré, sans doute, que le ministère avait fait grand bruit de cette affaire ; il y avait été contraint par d'imprudents amis qui, ne connaissant pas le fond des choses, demandaient réparation pour la royauté avilie, et par de hardis adversaires qui trouvaient un texte éloquent à leurs accusations contre Louis-Philippe. Pour faire taire les uns et les autres, il fallait affronter un procès, quels qu'eu fussent les périls. Tous les partis se trouvaient donc engagés dans la lutte ; et aux émotions des partis s'ajoutait la curiosité naïve de ces masses flottantes du public qui, sans opinion bien arrêtée, forment toujours leur conviction sur les résultats, et condamnent ou absolvent avec le jury. Le roi était-il auteur de ces lettres, et ne fallait-il voir en ki qu'un fourbe couronné? Le journaliste avait-il imaginé cette correspondance et se trouvait-on en face d'une manœuvre de la presse opposante ? Voilà ce qu'allaient décider douze citoyens obscurs de la capitale.

La situation était d'autant plus embarrassante que le ministère public partageait lui-même l'incertitude générale. On ne savait encore si les accusés avaient ou non en leur possession les lettres originales ; la production de ces pièces à l'audience pouvait être le dernier, mais le plus accablant scandale. L'accusation craignait de s'engager sur un terrain glissant et plein de périls.

Les embarras se révélèrent aux premières questions du président. En effet, immédiatement après la lecture de l'acte d'accusation, il interpella ainsi le prévenu :

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