‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 59 sur 182 · CHAPITRE III. t · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. t

de ces tyrans qui ne marchent que par la voie de la dissimulation, qui établissent leur empire, non pas sur la sincérité de leur langage ; mais sur la violation de tous leurs engagements ! »

La question ainsi posée ne laissait pas de place à Féquivoque ; l'acquittement du journaliste était la condamnation du roi. L'avocat général avertissait clairement les jurés de ce qu'ils allaient faire. Ils lui répondirent par un verdict d'acquittement.

Cette nouvelle répandue aussitôt dans Paris y produisit une agitation inexprimable. Les radicaux et les légitimistes étaient triomphants ; ils venaient de frapper au cœur le roi irresponsable, le roi vainement protégé par une inviolabilité fictive, le roi mis sur la sellette d'une cour d'assises et condamné par la voix de quelques boutiquiers. La consternation était au château , au ministère, à la chambre ; et, comme il arrive après toute défaite, les vaincus se rejetaient de mutuelles accusations d'imprudence et de maladresse. M. Martin (du Nord) était accablé de reproches, M. Franck-Carré taxé d'imprudence, le ministère tout entier poursuivi d'injurieuses récriminations. Au lieu d'amoindrir la défaite par un habile silence, chacun l'aggravait par le bruit qu'il en faisait. Vainement le Journal des Débats, la Presse, épuisaient leur verve à prouver l'absurdité de l'accusation portée contre le roi ; ces plaidoiries mêmes entretenaient les douleurs, et le public leur opposait toujours le verdict du jury, lorsqu'une soudaine découverte vint rendre quelque confiance aux amis du château. En 1834, M. Sarrans jeune avait publié un ouvrage intitulé : Louis-Philippe et la contre-révolution de 1830. Or, à la page 8 du premier volume se trouvait textuellement la

9d HISTOIRE DE HUIT ANS.

première des lettres objets de tant d'émotions. Ajoutons néanmoins que le premier paragraphe ne s*y rencontrait pas et que le reste était chez M. Sarrans sous forme d'une réponse verbale adressée par le roi à lord Stuart, ambassadeur d'Angleterre en 1830. De vieux souvenirs ou des recherches faites au hasard firent tomber ce passage sous les yeux d'un député, qui en fit prendre communication à M. Duchâtel. Le ministre ravi crut avoir un argument irrésistible contre les factieux. Il devenait évident pour tous que la Contemporaine avait copié le texte d'un ouvrage imprimé, pour le transformer en une lettre du roi ; le faux était manifeste, les calomniateurs étaient confondus, la royauté vengée.

Aussitôt une sommation par huissier est adressée à chacun des journaux qui avaient reproduit les lettres, afin qu'ils aient à insérer la note suivante :

« A M. le gérant da...

« Dans l'ouvrage de M. Sarrans jeune» intitulé Louis-Philippe et la « contre-révolution de 183f0, tome i", page 8, 2« alinéa, on trouve « sous forme d'une prétendue réponse verbale adressée par le roi à « lord Stuart, ambassadeur d'Angleterre en 1830, le texte même, mot « pour mot, d'une des trois lettres publiées par la France. La Contetna poraine s'est bornée à copier ce passage, en se servant de son talent « à imiter les écritures, pour le transformer en une soi-disant lettre du a roi. x>

Après avoir mis en regard les deux textes, la note ministérielle ajoutait :

« Nous n'avons pas besoin de dire que la conversatiou rapportée par « M. Sarrans n'est pas plus vraie que la lettre de la Contemporaine, »

Ce document fut accueilli par la presse ministérielle avec

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