CHAPITRE III
des cris de triomphe : Personne ne croit plus aux lettres, écrivait le Journal des Débats — C'est un flagrant délit de mensonge, répétait la Presse. Et en effet» en dehors des partis militants, beaucoup d'esprits se prenaient à douter» et les opinions flottantes qu'avait entraînées la décision du jury, commençaient à suivre une impulsion contraire. Mais bientôt la discussion engagée sur ce nouveau terrain fit perdre au ministère l'avantage qu'il avait gagné.
D'abord, M. Sarrans, en réponse aux arguments ministériels, écrivit aux journaux la lettre suivante :
fit Je ii*ai pas k entrer dans le débat qai s'est engagé entre les or- « ganes du ministère et la Contemporaine, ni à apprécier racciisation « dirigée contre cette femme; mais j*ai le droit de m'étonoer de la dé- « négation dont les faits exprimés dans mon livre sont aojoard*hui « l'objet.
« Que la conversation attribuée an roi par la dépêche de l'ambassa- « dear d'Angleterre n'ait point ea lien, cela est-il possible? Oui, à la a riguear : mais ce qui est positif, c'est l'existence de cette dépèche (t dans les archives da Foreign-Office, »
En second lieu, les journaux anglais qui n'oubliaient pas les engagements pris relativement à l'évacuation d'Alger, se mêlèrent aux discussions de la presse française, pour confirmer les assertions de M. Sarrans.
« La Presse, écrit le Moming^Post à la date du 30 avril, s'efforce de prouver que l'abandon d'Alger n'a jamais été promis par Louis-Philippe, et que le gouvernement de Charles X était seul responsable de la promesse de ne pas l'occuper. Nous avons fréquemment traité ce sujet; nous répétons les faits aujourd'hui comme ils ont été établis au parlement par le duc de Wellington, lord Aberdeen, lord Stuart et sir Robert Peel. Le prince de Polignac s'était for-
mellement engagé à ne pas occuper Alger, avant que Texpédition du général Bourmont mit à la voile. Cette non occupation a fait le sujet de fréquentes communications diplomatiques entre lord Aberdeen, alors ministre des affaires étrangères, et lord Stuart de Rothsay, ambassadeur anglais à Paris. Après la révolution de 1830, Louis- Philippe prit vis-à-vis de lord Stuart l'engagement verbal d'évacuer Alger. »
Quelques jours plus tard, le Moming-Post donne de nouveaujc détails :
« Nous pensons, dit-il, que la conversation entre le roi et lord Stuart de Rothsay, qui eut lieu en août 1830, après l'élection du roi par 352 pairs et députés, eut lieu de la manière suivante : le comte Mole était ministre des affaires étrangères dans le cabinet du 11 août, le premier ministère qui ait été formé après l'élection du duc d'Orléans comme souverain. Lord Stuart de Rothsay se rendit auprès du comte Mole pour lui parler de l'affaire d'Alger. On dit que la réponse fut celle-ci : « Parlez-en au roi. » Et lord Stuart en parla au roi, et la conversation produisit la promesse d'abandonner Alger. »
Il y a plus : tous les hommes au courant des débats parlementaires de la Grande-Bretagne se souvenaient parfaitement que dans les années 1832 et 1833, il avait été souvent question des engagements pris par Louis-Philippe. Les tories n'étaient plus au pouvoir, et ils reprochaient amèrement aux whigs de ne pas faire exécuter les promesses consenties. Lord Aberdeen rappelait à ce sujet le document transmis par lord Stuart et déposé aux archives du Fordgn-Office. Lord Grey, chef du ministère whig, ne niait pas l'existence du document, mais il refusait de le