‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 66 sur 182 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ce qu'un jour, croyant les grandes questions décidées, chacun s'est mis à regarder dans ses principes, en a découvert les nuances, et s'est passionné pour ces nuances comme il s'était auparavant passionné pour les principes mêmes. »

M. Jouffroy eût été plus vrai s'il eût accusé de cette instabilité les ambitions personnelles, les rivalités jalouses, les intrigues des ministres en expectative contre les ministres en possession, et tous les vices du régime constitutionnel, qui livraient le pays en pâture à un petit nombre de privilégiés.

Loin de s'attacher à ce côté fondamental de la question, le rapporteur, et la commission avec lui, refusait toute satisfaction aux partisans de la réforme, se prononçant pour le strict maintien du statu quo eu tout ce qui concernait la loi électorale et la législation de la presse. La fatale opiniâtreté qui doit conduire la monarchie à sa perte, pèse sur tous ceux qui s'en font les protecteurs; un profond aveuglement les détourne de la seule voie de salut;

Les conservateurs avaient même si peu conscience de la gravité de cette question qu'ils n'accueillaient qu'avec impatience et dérision les orateurs qui la ramenaient.

M. de Courcelles attaqua vivement la commission et son rapporteur, qui n'avaient trouvé d'autre système que l'immobilité.

« L'immobilité ! y pensez-vous ? Quoi ! vous venez de déclarer que notre gouvernement, par son instabilité, ne peut acquérir aucune force intérieure ou extérieure ! qu'il li'y a en France de lendemain bien déterminé pour personne, que le présent y chancelle, et que l'avenir est une éternelle énigme ! Nous sommes en si grand péril, et il n'y

i|lO HlSTOmp DE HUIT ANS.

a rien à fai^^ !... . il n'y ^. rien à faire, si <ce n'e§t ^ ^xécuter ces lois qui n'ont pu empêcher jà prévenir ^^ si mqftelles atteintes ^ la sécurité générale, à les exécutpf avec rigiiej^^, et no|;f*a s^lut est tout entier dans quelques {réquisitoires de plus ou de moins !

« Vo)tre second moyen, après rimmobili);é copstituttonnelle, c'est la résistance; vous n'avez pas voulu dire la réaction, et vous avez bien fait, car persppne p'y aurait cru. yous conviez seulement à de belles et intriâpides résistances Mais contre quoi? N'êtes-vous pas convepu?

ailleurs que le pays est plus las qu'agité? Oui, le pays est fatigpé et on le serait à psoins. »

Pendant la discussion, M. Guizot demeurait silepcieux et réservé. Encore peu sûr d'upe majorité forinée par la peur ))ien plus que par un principe commun, il craignait de s'engager dans une polémique sérieuse qui l'eût contraint à se dévoiler. Les incertitudes ii^êmes de sa pensée, et les obscurités de son programme, maintenaient la phalange ministérielle, et il risquait d'en rompre l'accord s'il faisaif; preuve de sipcérité et de hardiesse. Aussi, M. piscatory l'ayant interpellé sur le système d'isoleipent extérieur, le ministre répondit que, dans l'éta); des affaires du pays, il ne pouvait, ne devait rien dire ; il regrettait ég^lpment de ne pouvoir parler, autant qu'il l'aurait voulu, du rapport de la commission : tout ce que la chambre avait entendu dppwj? trois jours, u' ayant d'autre but, disait-il, que de porter le trouble et la désunion dans la majorité, le cabinet, qui voulait sincèrement le maintien et l'empire de cette majorité, avait dû se refuser à toutes les paroles, à toutes les explications qui pouvaient concourir aux espérances et aux desseins qu'il comprenait et qu'il combattait. Celte msijorité s'était

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