CHAPITRE VÏI
Hais il fallait à H. Guizot le triomphe d^une signature collective; c^était une des promesses de son avènement, une des gloires de son programme. Après avoir si hautement reproché au 1**^ mars sa sortie du concert européen, il • avait à cœur d'y rentrer à tout prix. Prendre le contre-pied de son rival était pour cet homme d'État la suprême politique. Louis-Philippe d'ailleurs se fatiguait de son isolement. 11 avait hâte d'être réintégré dans la famille des rois.
La tâche des alliés était facile ; on ne leur demandait ni réparation ni désaveu, mais une simple formalité, un traité quelconque oii notre signature pût figurer à côté de celles des quatre puissances comme un gage de réconciliation et d'oubli. Ce fut l'objet de la convention du 13 juillet 1841, Bf fêlée convention des détroits ^ Quelles étaient les stipulations de ce traité? Rien autre chose que la reconnaissance des droits du sultan de fermer aux vaisseaux de guerre le Bosphore et les Dardanelles, droit qui avait été la règle constante de l'empire ottoman, qui n'avait jamais été nié, qui n'avait besoin d'aucune consécration. Du reste pas un mot de l'Egypte, de la Syrie, de Suez ; silence sur notre alli^ dépouillé, silence sur la France outragée : il faut que la France se résigne; M. Guizot a fermé les portes de la guerre, en fermant les détroits de Constantinople qui n'avaient jamais été ouverts. Voilà le grand acte par lequel la France rentrait dans le concert européen. C'était la plus grossière des mystifications, si ce n'eût été la plus cruelle des hontes.
11 n'est pas difficile d'avouer que dans toute l'affaire d'Orient, le ministère anglais avait eu l'avantage sur le cabinet des Tuileries. Supérieur en dignité, en habileté, en courage,
* Voir Tapf cndice.
â8f HISTOIRE DE HUIT ANS
il avait commencé et conclu comme il l'entendait; et la France elle-même avait été conduite sinon à une approbation directe, au moins à la ratification du silence. L'orgueil de lord Palmerston pouvait être satisfait. Cependant la convention du 13 juillet fut son dernier triomphe. Les succès extérieurs du cabinet whig ne le protégeaient pas contre les difficultés croissantes de l'intérieur. La situation des finances était fortement compromise par ses hardiesses belliqueuses; la lutte entre les intérêts industriels et les intérêts territoriaux devenait chaque jour plus vive ; le ministère chancelant voyait chaque jour diminuer les voix de la majorité; il ne se maintenait plus qu'avec l'appui de la fraction irlandaise. Pour reprendre un peu de force, lord John Russell voulut essayer de quelques réformes qui depuis longtemps étaient l'objet de sérieuses discussions. Elles portaient principalement sur un abaissement des droits affectant les produits étrangers, notamment le sucre et les céréales. Les tories prirent cette occasion pour achever la défaite du ministère compromis. Sur la proposition de sir Robert Peel, les communes déclarèrent, le 5 juin, à une voix de majorité, que le cabinet n'avait plus la confiance de la nation. Il fallait ou se retirer, ou en appeler à des élections nouvelles ; ce fut à ce dernier parti que s'arrêtèrent les ministres. Le 33 juin, la dissolution du parlement fut prononcée.
Mais le résultat fut loin d'être favorable au ministère. Les tories se présentèrent avec une majorité prononcée à l'ouverture de la session, le 24 août, et les premières luttes décidèrent la victoire. Le 27 août, la chambre des pairs déclara que les conseillers actuels de Sa Majesté n'avaient pas la confiance du pays. Le 30, la chambre des communes fit une déclaration analogue à une majorité de 360 voix