‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 93 sur 182 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

contre 269; le ministère whig se démit aussitôt de ses fonctions. Le 3 septembre, les tories prenaient possession du pouvoir ; ils y avaient pour représentants principaux sir Robert Pfeel, lord Aberdeen, lord Stanley et le duc de Wellington.

Cette révolution ministérielle était pour M. Guizot une bonne fortune. Lui qui, pendant son ambassade à Londres avait tant usé d'intrigues en faveur des tories, il les voyait enfin parvenir pour lui donner appui dans son ministère, pour effacer les dernières traces d'une rupture malencontreuse. Louis-Philippe triomphait .également. Il était vengé de lord Palmerston, retrouvait dans les conseils de Saint-James des voix amies, des influences en harmonie avec sa pensée personnelle. La politique intérieure du 29 octobre allait se développer mieux à l'aise. Aussi M. Guizot s*empressa-t-il de donner aux tories des gages de sa bonne volonté, en les aidant à terminer une question depuis longtemps pendante, et dont la conclusion importait beaucoup à leur popularité en Angleterre. Le traité du droit de visite fut le premier sacrifice fait à l'intérêt des tories. Hâtons-nous d'ajouter cependant que M. Guizot n'avait pas pris l'initiative de cette convention, et ne faisait que consacrer ce qu'avaient préparé ses devanciers»

Il ne nous appartient pas de retracer tous les événements qui se sont rattachés à cette fameuse question du droit de visite maritime. Qu'il nous suffise de dire que, d'après les règles générales du droit des gens, tout vaisseau est considéré comme faisant partie du sol national, et devient inviolable comme le sol : d'oii résulte ce principe que pendant la guerre les personnes et les marchandises transportées sur un navire sont insaisissables par les parties belligérantes, si la

nation à laquelle appartient le navire n*est pas engagée dans la guerre, principe qui a été consacré par cette formule : Le pavillon couvre la marchandise, L'Angleterre elle-même avait hautement invoqué ce principe dans le traité d'Utrecht, alors qu'elle avait à se protéger contre la marine espagnole qui se faisait redouter sur toutes les mers. Mais après que les fortunes maritimes eurent changé, après que l'Angleterre eut multiplié ses navires sur tous les rivages, elle viola audacieusement les droits consacrés, et quand éclata la guerre de l'indépendance américaine, elle fit saisir en mer tous les bâtiments russes, suédois ou autres qui portaient du bois de construction en France et en Espagne, et confisqua ces bois, quoiqu'ils ne fussent pas compris dans les objets de contrebande de guerre, dont le transport était seul interdit par leslraités. Cette tyrannie provoqua la coalition des neutres, en février 1790, à la tête de laquelle se plaça Tirapératrice Catherine.

La querelle qui avait cessé avec la guerre d'Amérique, reprit une nouvelle animosité avec la guerre de la révolution française. Paul I", suivant les traditions de Catherine, fit, le 46 décembre 1800, une nouvelle coalition maritime, à laquelle adhérèrent la Suède, le Danemark et la Prusse. La mort tragique de ce prince ne fut pas étrangère à cet acte de vigueur. La guerre étant devenue générale, l'Angleterre reprit sans obstacle le cours de ses pirateries, auxquelles Napoléon répondit par les décrets de Berlin et de Milan. Les neutres étaient écrasés entre deux forces contraires; il n'y avait plus pour eux ni droit ni garanties. Mais les décrets de Napoléon étaient illusoires avec une marine détruite ; ceux de l'Angleterre étaient exercés avec une insolence tyrannique et une sauvage rigueur. Le droit

Page 1