‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 94 sur 182 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

de visite qu'on lui contestait vainement, lui était définitivement acquis par la supériorité de ses forces.

Il eût semblé toutefois que ce droit expirait nécessairement avec la guerre. L'Angleterre s'efforça de le faire revivre même durant la paix. Le congrès de Vienne avait fait entrer dans le droit public européen l'abolition de la traite des noirs. Cette clause était pour les autres puissances une formule générale d'humanité; mais pour les plénipotentiaires anglais qui l'avaient provoquée , c'était une mesure de politique traditionnelle. En effet, le principe une fois admis , l'Angleterre demanda comme conséquence que les puissances se concédassent réciproquement le droit de visite sur leurs bâtiments respectifs ; sans cela, disait-elle, tout bâtiment négrier, à la vue d'un croiseur de sa nation, n'aurait qu'à arborer un autre pavillon pour rendre vaines les mesures des gouvernements. Trop faibles pour lutter contre l'Angleterre, l'Espagne, le Portugal et les Pays-Bas, accédèrent à ses désirs.

La même demande fut adressée à la France en 1817 , alors que le territoire français était encore occupé par les troupes étrangères. Le ministère Richelieu répondit que le roi ne se croyait pas en droit, sans le concours des chambres, de livrer ses sujets à une juridiction étrangère, en autorisant la marine anglaise à les saisir, et une commission mixte à prononcer sur la légalité des prises, que mieux valait respecter un principe qui n'avait admis jusqu'alors aucune exception.

L'Angleterre renouvela ses tentatives au congrès d'Aixla-Chapelle. Le duc de Richelieu les repoussa avec la même fermeté.

Mais avec cette ténacité qui forme un des caractères de sa II. 12

politique, rAnglelerre profita du congrès de Vérone pour revenir à la charge. Le plénipotentiaire français, Chateaubriand , répondit : « que si la France pouvait consentir à ce qui lui était demandé , cette concession aurait les suites les plus funestes. Le caractère national des deux peuples anglais et français s'y opposait ; s'il était besoin de preuves à l'appui de cette opinion, il suflBrait de se rappeler que cette année même, en pleine paix, le sang français avait coulé sur le rivage d'Afrique. La France reconnaissait la liberté des mers pour tous les pavillons : elle ne réclamait pour elle que l'indépendance qu'elle respectait dans les autres, et qui était nécessaire à sa dignité. »

Ainsi , dans toute cette question , le gouvernement de la restauration avait défendu avec une constante énergie l'honneur national et l'indépendance du pavillon ; malgré les immenses obligations qu'ils avaient contractées envers l'Angleterre, les Bourbons de la branche aînée s'étaient montrés gardiens jaloux de la liberté des mers et des droits de la France.

L'Angleterre semblait donc avoir renoncé à ses prétentions, lorsque éclata la révolution de 1830. On sait avec quel empressement le cabinet de Saint-James reconnut le nouveau roi des Français; mais les complaisances du gouvernement anglais sont rarement désintéressées. On le fit promptement sentir à Louis-Philippe. La question du droit de visite fut reprise avec toutes les considérations que devaient faire valoir Timportance da-l'alliance anglaise, et la gloire qu'il y aurait pour le gouvernement de juillet à donner à la répression de la traite un concours eflBcace.

Louis-Philippe se montra moins scrupuleux que ses atnés. Ce droit de visite contre lequel avaient lutté Tàn-

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