‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848 (volume 2)Chapitre 95 sur 182 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

cienne monarchie et l'empire , que n'avait pu obtenir TAngleterre pendant que ses soldats campaient sur notre territoire, fut le premier à-compie sur le prix de Talliance britannique. La liberté des mers, l'indépendance du pavillon, Tinviolabilité du navire, image du sol national, étaient sacrifiés, toutes les fières traditions de la marine française méconnues. Pour l'Angleterre, l'abolition de la traite n'était qu'un prétexte ; le droit de visite était le premier attribut de sa souveraineté maritime. Pitt avait dit : « Plutôt que de renoncer au droit de visite, je m'ensevelirais au fond de l'Océan, enveloppé dans les replis de notre dernier pavillon. » Il ne s'agissait donc nullement d'une question d'humanité, mais d'une question de haute politique; et c'est pourquoi les ministres de la restauration avaient repoussé toujours avec énergie toute concession à cet égard. Malheureusement il se trouvait une dynastie nouvelle qui avait besoin de payer sa bienvenue.

Une convention fut signée le 30 novembre 1831, par laquelle les deux gouvernements s'accordaient réciproquement le droit de visite, dans les latitudes que devaient nécessairement traverser les négriers soit pour aller acheter les noirs, soit pour les transporter à leur destination. Une convention spéciale devait fixer, chaque année, le nombre des croiseurs de chaque nation, qui ne pouvait différer de plus du double; les croiseurs de chaque nation étaient commissîonnés par l'autre pour pouvoir visiter les bâtiments de celle-ci; tout bâtiment retenu comme suspect devait être conduit dans la colonie la plus voisine de la nation à laquelle il appartenait, pour y être jugé d'après les lois de son pays ; les' deux gouvernements, enfin, devaient agir de concert pour amener les auftres puissances â adhérer au traité.

Dans une seconde convention du 22 mars 1833, on expliqua de quelle manière les navires retenus seraient conduits dans un port de leur nation et livrés à leurs juges, la part qu'auraient les capteurs dans le produit de la confiscation, les signes qui autoriseraient à retenir les navires comme suspects, tels que la disposition intérieure, la nature et la quantité des approvisionnements, la présence de certains instruments, enfin, les lieux où les bâtiments capturés devaient être conduits, et les formalités à remplir, en cas d'abus dans l'exercice du droit de visite, pour en obtenir le redressement.

Si l'on se reporte aux immenses questions soulevées depuis cent ans par le droit de visite, aux luttes acharnées qui en résultèrent, au rôle important qu'y joua la France, protectrice séculaire des droits de l'Europe, il est impossible de méconnaître l'étendue du sacrifice fait à l'Angleterre par le gouvernement de Louis-Philippe. Tout ce qji'il y avait de noble et de généreux dans les efforts opiniâtres de Louis XIV, de la république et de l'empire, pour protéger la liberté des mers était répudié sans pudeur; la France commettait un acte de déchéance. Le prétexte d'un droit tyrannique se trouvait, il est vrai, changé, mais le principe était le même, avec l'hypocrisie de plus.

Cependant alors cette monstrueuse concession passa en France presque inaperçue. Les conventions consenties dans le secret des chancelleries échappèrent même aux investigations de la presse; les troubles intérieurs absorbaient l'attention publique. Elle fut réveillée par de nouvelles exigences de l'Angleterre, et M. Guizot porta la peine des fautes de ses devanciers.

Fidèle à sa vieille politique, le cabinet de Saint-James

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D*âvait cessé de négocier pour obtenir les adhésions des autres puissances aux principes consacrés par les traités de 1831 et de 1833. Le Danemark , la Sardaigne , la Suède , Naples, la Toscane et les villes libres s'étaient successivement laissé convaincre. L'Autriche, la Prusse et la Russie, après avoir longtemps résisté , avaient aussi fini par céder en 1838. Seulement» en leur qualité de grandes puissances, elles n'avaient pas trouvé qu'il fût de leur dignité d'accéder purement et simplement à des traités déjà existants , et à la confection desquels elles n'avaient pas concouru . Elles demandèrent, en conséquence, que l'on fit une autre convention, ou elles entreraient comme parties principales, sur le même pied que les cours de Paris et de Londres. Le cabinet britannique y consentit volontiers : c'était une occasion pour lui d'obtenip- davantage. En effet, il eut soin que le nouveau projet ulonnât plus d'extension aux zones ou devait s'exercer«la visite ; elles devaient comprendre toute la côte des ÉUts-Unis et les mers qui baignent la partie septentrionale •de l'Amérique et de l'Europe, au-dessus du 32* degré de latitude nord ; en sorte que toute la navigation entre l'Europe et les États-Unis y était enveloppée, et que tous les navires qui allaient d'un continent à l'autre pouvaient être visités. On supprimait en outre la clause qui établissait que le nombre des croiseurs d'une nation ne dépasserait pas de moitié celui des croiseurs d'une autre nation. Ces deux modifications étaient tout à l'avantage de l'Angleterre. Désormais la marine britannique pouvait étendre indéfiniment ses croisières et paralyser notre commerce sur toutes les côtes de l'Afrique et de TAmérique méridionale. L'honneur français avait été sacrifié par les premiers traités ;

les intérêts français devaient être immolés par la nouvelle convention.

L'ambassadeur de France à Londres, M, le comte Sébastian! , fut autorisé à traiter sur ces bases. C'était sous le ministère du 12 mai. Le cabinet du- 1®** mars ne se montra pas plus difficile ; et toutes les parties contractantes étaient d'accord, lorsque le traité du 15 juillet vint arrêter la conclusion définitive. Mais les complaisances de M. Guizot et la convention du 13 juillet 1841 avaient rétabli l'harmonie européenne; l'avénerûent des tories resserrait les liens des deux cabinets , et si lord Aberdeen était trop bon anglais pour oublier longtemps un projet essentiellement national , M. Guizot était trop ami des tories pour leur faire perdre l'occasion de se fortifier*dans l'opinion publique. Le traité fut signé le 20 décembre^^l841. M. Guizot était encore entraîné par une autre considération. C'était un nouveau traité à cinq , et la rentrtô de la France dans le concert européen devenait plus significative.

Mais l'opinion publique m France ne se montra cette fois pas aussi complaisante que l'avait espéré le ministre. Le traité du 13 juillet avait été accueilli comme une humiliante mystification; celui dû 20 décembre parut aux yeux de tous, ce qu'il était, une honteuse concession à la politique anglaise. Tous les organes de la presse opposante signalèrent l'abais- ' sèment de la France ; tous les intérêts qui se rattachaient au commerce maritime s'alarmèrent. Il était démontré que nos armateurs n'auraient plus aucune sécurité sous l'inspection tynmnique de leurs éternels concurrents ; on les livrait en proie aux officiers britanniques, on leur fermait les mers; on féservait aux Anglais le privilège exclusif du commerce africain . Les villes maritimes s'émurent ; les

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