CHAPITRE YII
populations des côtes fureut remplies d'indignation, et leurs plaintes étaient appuyées par les hommes politiques qui en faisaient une question d'honneur national et de dignité extérieure.
Les faiblesses du eahkiet des Tuileries furent encore mieux signalées par k contraste que représentait un autre gouvernement. Il résultait d'une correspondance entre lord Aberdeen et Tenvoyé des États-Unis à Londres, que le ministre anglais se bornait à demander la permission pour les croiseurs anglais, quand ils rencontraient un bâtiment portant pavillon américain, de s'assurer qu'il ne cachait pas sa nationalité. C'était assurément bien moins que n'accordait la France; cependant, l'envoyé américain refusa, son gouvernement ne pou^^ant-, disait-il, déléguer à personne le droit de s'immisce? dans la police de sa navigation, de vérifier les papiers de bord de ses bâtiments et de décider de leur nationalité: Lord Aberdeen avait dit qu'en cas de refus des États-Unis, les puissances ne se laisseraient pas arrêter par un morceau d'étamine dans l'accomplissement de la mission qu'elles s'étaient donnée. Le ministre américain répondit que les États-Unis sauraient, au besoin, faire respecter ce morceau d'étamine dont on parlait avec tant de dédain.
La publication de cette correspondance produisit en France une vive sensation et conduisit naturellement à des rapprochements qui n'étaient pas à l'avantage de nos hommes d'État.
Bientôt, les États-Unis, persistant dans l'énergique défense de leurs droits, mirent en demeure le gouvernement français. Le 13 février 1842, le ministre des États-Unis à Paris présenta au ministre des affaires étrangères une note
dans laquelle il témoignait son regret de voir la France s*engager dans cette politique, et demandait si elle induisait du traité, comme l'Angleterre, la nécessité de vérifier la nationalité des bâtiments américains, auquel cas la paix serait inévitablement troublée entre les deux pays. M. Guizot commençait à voir que ses complaisances envers l'Angleterre l'entraînaient dans des périls, imprévus. A force de chercher la paix, il créait des occasions de guerre.
A l'intérieur, les émotions étaient si vives, que toute autre question disparaissait devant celle du droit de visite ; on attendait avec impatience la discussion de l'adresse; malgré les condescendances de la chambre, on comptait encore sur elle pour protéger la dignité du pavillon français, pour défendre les intérêts du commerce maritime.
La session fut ouverte, le 27 décembre 1841. La discussion de l'adresse commença -au Palais-Bourbon le 19 janvier 1842.
Le premier paragraphe, qui avait rapport aux affaires d'Orient, ranima la guerre de mutuelles récriminations entre les ministres tombés et les ministres en possession. La discussion porta principalement sur la convention du 1 3 juillet. Il ne fut pas difficile à l'opposition d'en démontrer l'insuffisance et la puérilité.
Mais toutes les forces des lutteurs parlementaires se réservaient pour la question qui occupait la nation entière.
Ce fut M. Billault qui commença l'attaque. Jeune, ardent plein de verve, M. Billault apportait à la tribune plus de nerf et de logique que n'en montrent d'ordinaire les avocats transportés du barreau dans l'enceinte législative. Il appartenait à cette classe d'opposants entraînés par leur