‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848Chapitre 45 sur 119 · CHAPITRE 1¥. itS · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1¥. itS

« Hais, je Tavone, je n'ai jamais regardé cela comme un désordre. En tous cas, je rappellerai qu*il y a trois ans, après le voyage de Bel* griive-Sqaare, on a vu le préfet des Bouches-da-Rhône traverser les raes de la ville de Marseille, en grand uniforme, et snivi d'une partie de la population qui chantait la Marseillaise. C'était, il est vrai, pour fëpoadre è une manifestation des amis de H. Berryer. J'approuve fort M. le préfet d'avoir agi ainsi. Mais est^ee qu'il serait permis de ehanter la Marseillaise pour la dynastie, et défendu de la ehanter pour la France?

« J'aurais voulu. Messieurs les électeurs, vous épargner ces détails sar le passé, car qui s'intéresse an passé? Mais lorsque depuis cinq ans, et surtout depuis un mois, ceui qui en 1840 ont compromis la France, et qui, après l'avoir compromise, l'ont fait honteusement reculer, osent m'accnser des malheurs de cette époqne, lorsque ceux qui ont dépensé plusieurs milliards m'accusent d'avoir ruiné la France pour IKO millions consacrés è loi procnrer un matériel qui lui manquait et qui lui reste, lorsque ceux qui ont fait chanter la Marseillaise pour répondre an voyage de Belgrave-Square m'accusent de l'avoir laissé chanter lors* qu'il s'agissait de la grandeur de la France, j'ai bien lieu de m'étonner, et de renvoyer ces accusations à qui les a méritées.

« Après avoir, À mon grand regret, parlé de mes actes, qu'il me soit permis de parler de ceux de mes adversaires.

a Ils maintiennent, dit-on, la paix et l'ordre dans ane sorte de perfection idéale.

cr Un mot sur la paix d'abord. A partir de 18i0, lorsqu'on avait dit à l'Europe : Il en sera de l'Egypte comme vous voudrez ; après lui avoir dit cela, il aurait fallu, pour avoir la guerre, la déclarer soi-même. Il aurait fallu passer le Rhin, ou aller attaquer en mer les vaisseaux anglais ; car il n'y avait plus aucun moyen de nous chercher querelle, quand nous avions fait tont ce qu'on avait voulu.

c< La conduite toute simple au lendemain de 1840, c'était de rester tranquille ; je tranche le mot, de ne rien faire. Je ne suis pas, on le voit, bien difficile. En ne faisant rien au dehors, mais en s'occupant au dedans de l'armée, de la marine, des finances, en s'attachant h organiser nos forces, on aurait bientôt ramené non pas la France à l'Europe, mais l'Europe à la France, seule chose qui fût digne après le traité du 15 juillet. La France, en effet, est si nécessaire an monde, que lorsqu'elle se relire, le monde revient à elle. En tout cas, la paix n'eût certainement pas été compromise par l'inaction, et cette paix eût compté troii

sacriûces de moins: le droit de visite, i'iudeumilé Pritchanl^ le démêlé da Texas.

« Mais notre gouvernement e^t non-sealement faible, il est yain.

«(Ha vonla paraître faire qaelqae chose. U a mis une singulière ostentation i renouer Talliance anglaise, et il a signé Textension du droit de visite. 11 a voulu paraître s'occuper de notre grandeur, et tandis qu*il laissait dépérir notre matériel naval, il a pris les Marquises. Les Marquises n'étant qu'une suite de rochers stériles où l'on ne peut pas vivre, il a pris Taitl.

« Mais les Anglais ont désavoué cette occupation, et il a désavoué l'amiral Dupetit-Thouars qui avait pris Taili. Un missionnaire, M. Prit^ cbard, ayant notoirement excité les habitants de Taîti à égorger nos soldats, l'un des officiers Tffvait consigné pour un moment à bord de nos vaisseaux. Nous aurions dû nous plaindre, et il a fallu, pour ne pas avoir la guerre, payer une indemnité k ce missionnaire. Enfin, engagé dans une suite de mauvaises affaires avec cette Angleterre, dont on prétendait renouer l'alliance^ on a voulu faire quelque chose pour améliorer les rapports avec elle, et dans la question du Texas, où nous n'avions aucun intérêt appréciable, on s*est prononcé pour l'Angleterre contre l'Amérique. Et pendant qu'on applaudissait ces choses si étrangement imaginées, on livrait la Grèce aux agitations suscitées par les agents de l'Angleterre, on livrait la Syrie au f«r des Turcs.

« Je le demande, et je le demanderai sans cesse : Quelle nécessité y avait-il de signer l'extension du droit de visite?

« Quelle utilité y avait-il à occuper les Marquises?

« Quelle nécessité y avait -il de prendre parti entre l'Angleterre et l'Amérique dans l'aflaire du Texas ?

« On dit que la faute de Textension du droit de visite a été réparée ! D'abord je réponds que non. On a accordé à l'Angleterre ce que les Américains n*ont jamais concédé, c'est-à-dire la vérification du pavillon. Sous l'ancien droit de visite on vérifiait le chargement; maintenant on vérifiera le pavillon , ce qui entraîne toujours une vérification et une visite.

« Dans tous les cas ce serait une faute réparée et rien de plus.

« Mais le désaveu de l'amiral Dupetit-Thouars, l'indemnité Pritchard, le démêlé avec l'Amérique au sujet du Texas, tout cela a-t-il été réparé?

« Les hommes qui se vantent de maintenir la paix mieux que personne, de pouvoir seuls la maintenir^ nous ont conduits, dans Taffaire

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de Talti, phis près de la guerre que nons ii*y avions jamais été ; car doqs avons été plaeés dans cette alternative, ou de payer à M. Prîtchard, qoi avait finît égorger nos soldats, nne indemnité, on d'en venir avec l'Angleterre i ane latte immédiate et sanglante.

« Les hommes de la paix ont donc conduit la France dans an vrai eoape-gorge, gratuitement, sans motif, sans intérêt aacun, et ils n*ont su Ven tirer qn*en lui faisant sabir une des plus grandes humiliations quelle ait jamais essuyées.

« Et il fallait une telle maladresse pour compromettre la paix, car elle tient aujourd'hui à de si grands intérêts, que personne dans le monde ne souhaite et ne peut souhaiter la guerre. C'est une asseriion ridicule, que de prétendre que la paix tient à tel ou tel ministre. Le continent n*est plus assez uni et a de trop grandes affaires pour vouloir prendre Tinitiative contre nous. La Russie a la Pologne, T Autriche a la Gallicie et l'Italie à conserver. Si les hommes d*État de ces pays voulaient la guerre, ils seraient insensés, et ils ont prouvé qu'ils ne l'étaient pas. La Prusse a des embarras intérieurs qui l'absorbent. L'Angleterre tout entière désire ardemment la paix à cause de l'Inde, à cause de l'Amérique, i cause de son commerce. Elle n'a rien à nous contester; la guerre serait pour elle un non-sens.

et La paix est dans la force des choses. De 1830 à 1830 elle a été le mérite de ceux qui la maintenaient ; elle n'est aujourd'hui le mérite de personne. On peut la mêler seulement de plus ou moins d'amertume, on y peut mettre Pritchard ou non, mais on ne peut pas la troubler à moins de le vouloir, en passant le Rhin, et en envahissant la Tamise spontanément.

« Laissons les affaires dn dehors, passons i celle du dedans.

« L'ordre n'est pas plus que la paix le privilège de quelques hommes. L'ordre pouvait être considéré en 1831 , I83i, 1833, comme le mérite des hommes qui gouvernaient ; mais aujourd'hui l'ordre se maintient de lui-même, il n'est plus le résultat de l'énergiqae résistance du gouvernement, mais du calme rentré dans les esprits. Pour le maintenir, il suffit de ne pas le troubler soi-même. On peut en citer un exemple éclatant, c'est le recensement.

« L'ordre en effet a été troublé une seule fois depuis six ans : par qui t Par le pouvoir. Il s'agissait, au moyen d'une meilleure répartition de certains impôts directs, de les rendre plus productifs sans les rendre plus pesants. Mais il fallait, pour reviser les valeurs imposables, ou accepter, suivant Tosage établi, le concours des maires, ou demander

ItO msTonm db huit ans.

un article de loi qui permtl de se passer d*eai. Loin de le, on a totila commencer le recensement sans les maires et sans an article de loi s les populations ont résisté, et on a été obligé de recourir à la force, de tuer quelques citoyens^ citoyens égarés, mais égarés par la faute da poiiYoir ; et puis on s*e8t hâté de reyenir en arrière et d*abandonner le recensement. Le sang a été répanda et cependant le gouvernement a reculé I

H Les soutiens par eicellence de la paix, qai, par leurs ridicules con-' quêtes de TOoéanie, nous ont conduits si près de la guerre, dans l'affaire da recensement nous ont valu le seul trouble sérieux qui ait ea lien depuis six ans, troable ensanglanté sans que force restât au gouvernement.

a L*ordre n'est donc pas plus que la paix le privilège des hommes qui gouvernent. Tordre ne serait pas mis en péril avec ceux-ci plutôt qo'avec ceux-là. Mais voici la vérité rigoureuse de la situation. Un parti qui veut se faire de la paix et de Tordre un mérite exclusif, s*est établi an pouvoir : il y a vieilli, et, comme tous les partis qoi ont vieilli an pouvoir, il TexploUe à son profit.

« Qa*il veuille y rester, rien de plus naturel ; mais qae pour y rester il calomnie ses adversaires, et les accuse d'être les ennemis de la paix et de Tordre, on peut raisonnablement trouver qu'il excède son droit. Cependant je lai pardonne pour ma part. Mais voici qui est moins pardonnable è^mon avis, car cela tend à miner tout gouvernement t c'est de conférer sans mesure, sans aucune retenue, toutes les fonctions publiques, dans un but exclusivement politique, c'est de se prêter ainsi aux vices du régime électif, et de les accroître en les surexcitant.

« Mais cette corraption dont vous accusez les ministres actaels, me disent leurs défensears, voas en avez été accusé vous-même. Et à ce sujet, on veut bien me rappeler les calomnies que j'ai essuyées en servant le gouvernement actuel. Je réponds d'abord qu'en me plaignant de l'abus des fonctions publiques, je ne fais rien de plus que ce que faisaient, eu 1839, MM. Guizot et Duchâtel, lorsqu'ils accusaient M. Mole de corriiplion, accusation fort injuste, si Ton compare ce qui se passait en 4839 à ce qui se passe en 1846. Je réponds ensuite que je n'ai présidé aux élections qu'une fois, en i83i, au lendemain d'émeutes sanglantes, et qu'alors le zèle des citoyens alarmés saflisait, sans que nous fussions obligés de nous en mêler, pour nous donner une immense majorité. Mais aujourd'hui que les passions sont éteintes, que

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les appëtiu ont remplacé les passions, je denAande h tout homme de bonne foi de regarder antoar de lai et de dire ce qu'il lui en semble.

c Pour moi, je sois convaincu que s*y Ton n*y prend garde, il h*y aura bieniôt plus d'adminisiraiion. Le conseil d'État, la coor de cassation, la coor des comptes, les pins hantes fondions de Tarmée, de la diplomatie, appartiendront aux plus adroits, aux plus obstinés, aux plus hardis solliciteurs des chambres. Si l'on ne s'arrête pas dans !a voie où Ton est entré, les ministres oe gooverncroot plus, les préfets n'administreront pins. Quelques meneurs dans les collèges électoraux ou 'dans les chambres feront la loi au pouvoir. On n'aura pas Tautorilé de la royauté, comme le rêvent les nouveaux royalistes de 1846, ou l'autorité d'un ministère responsable, comme le veulent ceux qui souhaitent le véritable régime parlementaire, on aura l'empire occulte et d'^pravatenr de quelques agents d'intrigue cachés dans le fond des majorités. Quant à moi, partisan décidé de la centralisation administrative, je m'opposerai toujours à ce qu'elle soit ainsi détournée de son but. C'est pour cela que j'ai demandé, et que je ne cesserai de demander la diminution du nombre des fonctionnaires publics dans la chambre des députés.

« Et ce n'est pas seulement Tadministration qu'on désorganise par suite des. plus étranges choix, ce sont les finances du pays qu'on ruine. Est'il vrai, oni ou non, qu*on a permis aux communes, aux départements, à rÉtat, aux compagnies, de contracter emprunts sur emprunts, afin de tout entreprendre à la fois? Est-il vrai qu'on a livré aux com* pagnies [tlutôt qu'à TElat Texpl ûtation des grands travaux publics, pour engager le pays entier dans une masse de spéculations telles que tout le monde fût intéressé à la politique existante, et que chacun vît dans chaque alTaire politique^ non pas l'intérêt de la France, mais l'intérêt de sa fortune privée, qu'une variation dans les cours pouvait eompromettre? Quelqu'un oserait-il le nier?

« A l'origine de ce système, qui livre les ^r^nds travaux publics è la spéculation, au lieu de les réserver au gouvernement, on n'en a pas d'abord prévu les conséquences, ou y est eniré parce qu*on n'osait pas défendre le système de l'exécution par l'État» Mais en apercevant ses eifets on s'est bientôi ravisé. On a vu que ct^nt. deux cents, trois cents millions jetés de pins snr la place, étaient autant de liens qui attachaient totit le moâde à la politique en ugueur, et un s'est hâté de profiter de la découverte, depiodiguer sans mesure ce genre de corrnption, le plus dangereux de tous.

ftM msTonus j>e huit ans.

« Ainsi d*ane part» on « paralysé les finances do pays, car aoyooTw d'hni, grâce à cette masse d'emprunts contractés par les administrations locales et les compagnies, grâce aax qninze cents millions dépensés par avance snr la réserve de Tamortissement, il serait impossible an goavernement de se procnrer qnelqaes centaines de millions, s'il en avait subitement le besoin ; et de Taatre , on a lié à ane certaine politique beaucoup d'hommes même qui ne l'aiment ni ne l'estiment.

« Je dis cela sans hésiter, parce que cela est partout, parce que tons les hommes impartiaux en conviennent, parce que tons reconnaissent que si, pendant dix ans encore, il n'y a pas un calme absolu, la sitaatioa do pays deviendra difficile et certainement périlleuse.

c Condamner dans un certain but, condamner le pays & l'impuissance est coupable et mérite la réprobation de tons les bons citoyens. Mais ce n'est pas seulement la puissance du pays qu'on affecte, c'est son cœur qu'on tend à abaisser. Je le demande à tout homme éclairé, les esprits furent-ils jamais, à ancnne époque, attachés à des objets moins dignes de la France et de ce qui fait la gloire dans tous les temps?

« Autrefois, ao milieu des corruptions du XYlll* siècle, qo'un étran* ger fût transporté en France, il la trouvait tout éprise de la régénération sociale annoncée, promise par les philosophes. En i789, on l'eût trouvée tout éprise de liberté absolue ; sous l'empire, de gloire militaire; sous la restauration, d'idées constitutionnelles. De quelle noble idée ceux qui viennent visiter la France la trouveraient-ils préoccupée aujourd'hui?

<( Si elle est distraite, dit-on, de toute idée politique, c'est qu'elle est tranquille sur ses droits, c'est que ses institotions sont fondées, c'est que sa situation est assurée dans le monde 1 — Je nie l'un et l'autre. On cherche à lui persuader que toot est fait pour ses institutions et sa grandeur. Quant h moi, je pense, au contraire, qu'elle a encore immensément à faire, et qu'il faut la relever en tenant son esprit sans cesse dirigé vers ce qu'il loi reste à accomplir, tant pour ses institutions qoe pour son existence extérieure.

« A la théorie du gouvernement représentatif ajouter la pratique ; au texte éerity si facile à écrire, joindre les mœurs si difSciles & établir; tout en étant dévouée la couronne, savoir, comme les ministres anglais, résister à son ascendant; la respecter, la défendre si elle en avait besoin, mais ne point la flatter, ne pas plier la politique dn pays è ses goûts ; tout an contraire, contenir un prince entreprenant, exciter on

oiAPrmB m lit

prince tittide ; eonsenrer la paii qoe rien ne menace, nais ne pat faire do cette paix une complaisance perpétaelle, tantôt pour ceai-ci, tantôt poor ceni-là, en 1836, une complaisance ponr l'Ântriche, en 1846, nue complaisance ponr TAngleterre ; attendre les alliances, qoi Tiendraient si on faisait moins pour les a?oir ; en attendant, se bien administrer, s'occnper, sans menace ponr personne, de son armée, de sa marine, de ses finances; ne point paralyser celles-ci ponr des années; accorder an pays les bienfaits des grands trayanx publics, mais, sans cette précipitation qoi fait que, ponr toat entreprendre à la fois, on exécate tont mal, et qu'on compromet autant la vie des individus que leur fortune ; ne pas livrer l'administration à toutes les ambitions, hautes on basses ; après avoir résisté, s'il le faut, à la royauté elle-même, résister aussi aux influences électives qni ne cherchent qn*è trafiquer de leurs votes, faire poor cela les changements nécessaires & nos lois administratives et électorales ; remplir, en un mot, cette double tâche, au dedans de gouverner constitutionnellement la France, au dehors de la conduire saine, sauve et honorée, à travers le mauvais vouloir que cinquante ans de révolution ont excité contre elle : voilà la politique que nous voudrions, mes amis et moi, proposer aux esprits, au lien de oeHe qui, sons prétexte que tout est fini an dedans et an dehors, veut loi faire tont oublier, le dehors comme le dedans, en jetant lé pays dans des spéculations qui Fabsorbent, Tenchatuent et le paralysent.

a Vaines paroles que tout cela, s'écrient nos adversaires. Au fond vous êtes des ambitieux qui ne voulez que le pouvoir, qni ne voulex qa'être ministres.

a Ce reproche vulgaire serait bien facile à rétorquer. Nous pourrions, en effet, répondre à nos adversaires : Nous voulons prendre le pouvoir, soit; mais vous, vons voulez le garder. -— Je pourrais, moi, direi ces écrivains qni m'injurient : Vons avez votre part des avantages du pouvoir, et vons voulez les garder....*

a Croit-on que cette argumentation serait moins vraie que oelle qu'on nous oppose? Mais je le demande, serait-elle digne, serait-elle concluante?

« Si an fond de tontes nos disputes il n'y a pas - autre chose que l'ambition du pouvoir et des places, il faut renverser la tribune, briser la plume des écrivains, et faire cesser cet inutile et scandaleux tumulte de diseussions. Mais, heureusement, il y a autre chose dans les disputes dont les pays libres sont le théâtre, et c'est l'avis des Anglais,

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q9i ne peraettraient pat ehn eut qa*oa s'adressât de pareils reproches. Lears mœars coostitution Belles sont si bien fofmées, qojd si M« Peel disait à lord loho Russell, oa lord John Russell i M. Peel : Vous Toales ma place, oa les ferait taire sjir-le-champ,

« Sans doute il peut y avoir, des gens qui, dans oos luttes, tiennent au pouvoir, et non au fond des choses. Que ceux*lè se justifient. Pour moi, voici ce que j*ai dit, et ce que je répète encore au nom de mes amis et en mon nom personnel.

«En i836, lorsqaM s*agissait de l'Espagne, dous pouvions rester au ministère, pour y faire ce qu'y ont fait nos successeurs. La royauté nous faisait Thonnenr de nous y inviter.

« En i840, lorsqu'il s'agissait del'Egyptei nous pouvions, mes amis et moi, rester au ministère, pour y faire ce qni y ont fait nos successeurs. La royauté nous y invitait également.

« Nous n'avons pas voulu, et nous avons respectueusement donné notre démission.

a Si nous voulons le pouvoir et rien que le pouvoir, si la politique i suivre nous est indifférente, pourquoi ne pas conserver alors nos porte^ feuilles?

« Et maintenant, pour parler de ce qui me concerne plus particulièremeot« on me trouve fort prononcé, fort actif dans l'opposition : serait-ce par hasard afin d'avoir le pouvoir plus tôt?

« Je serais en vérité bien malhabile! Croit- on que je n'aie pas assez d'intelligence pour savoir que, me mettre h part» désapprouver silencieusement ce qui se fait, mais ne pas l'attaquer ouvertement, me r^rt^ar, en un mot, suivant le langage des calculateurs habiles, serait un moyen plus prompt, plus sûr^ d'arriver au ministère? Mais je sais cela I Cette profonde science, j'en ai le secret 1 Je sais qu'attendre et laisser faire serait mieui entendu au point de vue de l'ambition. Mais c'est là la ruse du gouvernement représentatif, ce n'en est pas la vérité.

« Dans la vérité du gouvernement représentatif, voioi ce qui se passe t on approuve ce qui se fait, ou on le désaprouve. Si on l'approuve, on le fait soi-même, quand on estUe coui qui sont appelés à gouverner; si on le désapprouver, on l'attaque franchement, ouvertement, jusqu'à ce qu'on l'ait empêché en renversant ceux qui le font. C'est ainsi que se comportaient MM. Pitt et Fox, et que se comportent aujourd'hui MM. Russel et VaeU C'est la le gouvernement représentatif noblement entendu et pratiqtié.

n Je suis sensible à ces glorieux exemples, et je veux les suivre.

CHAPiTlIB ÏV. i8«

i Cette eondoitA éloigne do pouvoir, n bien qu'on votif «ppello ni»

Distre impossible. Peu m'importe. Je ne tiens à être ni possible, ni prochain. Je tiens à remplir dignement mon rôle dans le gouvernement représenlatif conquis par le sang de nos pères, et qu'il nous appartient, inous, de convertir de lettre morte en réalité vivante.

« Je sais donc, tout comme un autre, que le silence, l'nbstention, rapprochent du pouvoir plus que la franchise et T activité. Je persiste néanmoins dans ma conduite active et ouverte, et c'est pour cela que j'ai soutenu ramendement proposé par l'honorable M. Odilon Barrot dans la question des incompatibilités. Certes), je savais bien que demander la réalité rigoureuse du gouvernement représentatif, qui tend è diminuer riufloence de la royauté irresponsable au profit des ministres responsables, je savais bien que c'était davantage encore me ranger dans la classe des ministres qu'on appelle impossibles. Je n'ai pas hésité : Don pas que j'eusse le goût puéril, que certaines gens me prêtent, de me poser, moi simple citoyen, en face de la majesté royale ; non, je n'ai pas cette misérable prétention. Mais je suis convaincu que la mo* narchie n'est pas admissible pour les hommes raisonnables, et ne sera admise par les générations présentes et futures, que lorsque las ministres vraiment responsables eierceront véritablement le pouvoir, et, profondément convaineu de cette vérité, j'ai eu Torgueil de défendre • ma conviction, même & mes dépens. Cet orgueil, je l'ai eu, je l'aurai toujours dans toute son étendue.

« Le pouvoir, je l'ai possédé I et, dans cette transition inévitable de la monarchie représentative fausse à la monarchie représentative vraie, transition toujours plus ou moins longue, je sais ce que vaut le pouvoir. Être ministre entre une royauté qui ne vous souhaite pas, et une : chambre que cinquante ans de révolutions e^de guerres ont profondément troublée, et que beaucoup d'intérêts dominent, être mioistr&à ces conditions ne me séduit gu^re. J'aime mieux, simple citoyen, appelé à l'honneur de porter la parole à la tribune, faire triompher une vérité, qae tenir un pouvoir bien dangereux pour la main qui le tient, quand on agite cette main, k laquelle il faudrait tant de sûreté pour qu'elle pût agir avec justesse. Oui, faire prévaloir une vérité, c'est gon-. verner de la plus noble manière. Cela peut arriver dans l'opposition comme au ministère, et si on a de l'activité au delà de ee rôle, redire h sou pays sa gloire, gloire malheureusement bien loin de nous, suffit à mon ambition.

« Je ne réponds plus. Messieurs les Électeurs, qu'à un dernier repro-

t3f HISTOIRE DE HUIT ANS*

dM de net ad? ersaires^ après quoi je lemine cet réfleiioiis déjà trop loDgaes.

c On BOiu reproche à mes amis et à moi d'avoir coatracté d'étranges allianoes pour faire triompher la cause de la monarchie constitationnelle.

« Je réponds qne ce sont les mêmes qne noas aTons contractées, en I839y MM. Gnizot, Dachâtel et moi, pour faire triompher ce qne nous appelions, en mettant sons les mêmes mots les mêmes choses, la vérité dn gonvernement représentatif et la dignité de la France. A cette époque, MM. Gnizot et Dnchâtel se sont concertés avec MM. Barrot, Garnier-Pagès, Berryer, pour faire prévaloir les candidats de Topposîtion. l'étais avec eux dans ce concert.

«Si ces alliances étaient permises en 1839, pourquoi ne le seraientelles pas en I84d?

a Cependant je ne tiens pas la réponse pour suffisante ; car enfin nous aurions pu nous tromper en 1839, quoique agissant en compagnie de MM. GuiEot et Duchértel.

a Mais voici des raisons plus solides.

« De quelles alliances parle- t-ouT

« De celle qne le parti qu*on appelle centre gauche a contractée ayec le parti qu'on appelle gauche constitutionnelle? Celle-là je la tiens pour excellente. Elle a pour but de fonder dans Top osition un parti de gon- ▼emement qui veuille ce qui est possible, rien de pins, rien de moins ; qui fasse disparaître peu è pea les dissentiments de médiocre importance, pour arriver & un programme de gonvernement praticable et honorable. Je regarde cela comme très-constitutionnel, comme très-politique, comme le salut de l'avenir. J'ai eu autrefois des différends avec la gauche constitutionnelle; cela est vrai. Le temps les a eflincés et les efilice tous les jours. Beanconp de gens dans la majorité actuelle, qui n'est pas l'ancienne, qnoi qu'on en dise, ont eue s'en pardonner de plus graves.

« Parle-t-on d'alliance avec les partis qui, è droite en & gauche, n'admettent pas, dit-on, la constitution? D'abord la constitution est établie et respectée ; elle lie tout le monde, et je ne sache pas qu'on ait jamais à traiter à la chambre de questions de dynastie. Pour ce cas, je serais certain de ne pas m'entendre avec ceux de mes collègues qu'on appelle légitimistes ou radicaux. Ce dont on traite tous les jours è la chambre, c'est de politique extérieure ou intérieure : c'est du Texas, de Tuti, de la Grèce, de la Syrie, des finances, des travani publics, des

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