‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848Chapitre 67 sur 119 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

questions de principes et parfaitement à la portée de l'auditoire.

Quant au reproche de corruption, M. Duchâtel avouait les abus, mais le remède proposé lui semblait étrange. On disait qu'il y avait trop de corrupteurs, et Ton proposait d'en augmenter le nomoic. Il niait , d'ailleurs, que le pays prit intérêt à la réforme électorale. Toutes ces agitations étaient factices : réformes, changements, amé* liorations ; autant de variétés et de faux prestiges.

En terminant, M. Duchâtel avait recours à l'argument réservé aux grandes occasions, la question de cabinet ; il déclarait que, si le concours de la chambre manquait au gouvernement, il se croirait obligé de faire retraite.

Après un appel significatif, fait par M. Crémieux à la minorité de la majorité^ M. Odilon Barrot prit la parole.

L'orateur constata d'abord les progrès faits dans la chambre et dans le pays par le principe de la réforme électorale; c'était à ses yeux un grand éloge de cette réforme, que la question de cabinet posée à ce sujet. « Quand M. le ministre de l'intérieur, dit-il, se défiant probablement de la puissance des raisons, a mis un portefeuille dans la balance de vos consciences, quand il a combattu par la perspective d'un changement de ministère les justifications produites à l'appui de la proposition, il a, permettez-moi de le dire, rendu le plus grand hommage au principe même de cette proposition. »

Faisant ensuite justice des sophismes par lesquels le ministre intéressait la dignité même de la chambre à proléger cette loi électorale dont elle était une émanation, il s'écriait : « Si un tel argument a quelque force, toute réforme électorale est désormais impossible ; toute modificam. 14

tion à la loi électorale est frappée à tout jamai3 d'u^e U de non-recevoir absolue ; ce n'est pas une borne qu# v^n» posez, c'est Ja borne que vous érigez en dogme, c'e^t la borne faite dieu. Si la loi électorale participe de votre inviolabilité, si vous êtes la dernière incarnatiop du droit électoral, si Ton ne peut y toucher sans toucher à vousmêmes» vous interdiriez, sans doute, même à un ministère quel qu'il fût, de venir vous dire qu'il faut changer la loi dont vous êtes le -produit inviolable : vous lui interdiriez cette faute et cette ingratitude. Ainsi, donc, puisque la réforme ne peut venir ni de l'opposition ni du ministère, déclarons qu'il en est à jamais fini de cette question ; don*nez un démenti à la charte elle-même. A la différence de la restauration, qui , après avoir déclaré la loi immuable, fit subir de profondes modifications à la loi, vous, vous aurez proclamé la loi modifiable, et puis vous aurez soutenu ensuite le dogme de l'inviolabilité éternelle. »

M. 0. Barrot signalait à son tour les progrès de la corruption : a Riches, pauvres, médiocres, intérêt, vanités, passions, on s'adresse à tout, on fait appel i tout. Sous l'influence de ces sentiments, le nombre des fonctionnairesi l'avidité des solliciteurs doit aller dans une progression croissante. Vous parlez des mœurs, de leur influence; de* puis dix ans qu'ont fait les mœurs? Le flot va toiqours ea montant. »

U est vrai que, tout en avouant l'existence de la corrup* tion, tout en reconnaissant le mal, quelques fatalistes poli- \iques prétendaient qu'il n'y avait autre chose à faire qu'à se résigner. A ceux-là, M. Barrot répondait : « S'en rapporter à la Providence ! prenez-y garde : avant l'intervention de la Providence, il y a celle des révolutions! »

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