‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848Chapitre 74 sur 119 · CHAPITRE IX. S · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. S

Dès que la presse eut mis ces lettres sous les yeux du public, Témotion fut extrême. Encore nn scandale! c'était le mot que répétait chaque matin le lecteur assidu des feuilles publiques ; et, en effet, autant de jours, autant de révélations nouvelles.

Mais le crime trahi par la correspondance de M. le gêné* rai de Cubières avait des proportions inaccoutumées. Les coupables dénoncés à la justice, à Fopinion , n'étaient plus des commis subalternes : des derniers degrés de la hiérar* chie administrative Taccusation montait enfin jusqu'au degré suprême. Un membre du gouvernement était mis en cause comme ayant lui-même, dans son intérêt particulier, fait un abominable trafic de la signature officielle; et Taccttsateur, qui se déclarait complice, ce n*était pas un obscur traitant, c'était un ministre du 1*"' mars. L'énormité du forfait étonna même les ennemis déclarés du gouvernement* Ils avaient soupçonné jusqu'alors, sur de vagues rumeurs, que quelques-uns des plus hauts fonctionnaires de l'État n'étaient pas restés tout à fait étrangers aux pratiques de la corruption ; mais il ne s'agissait plus seulement ici de faiblesses, de complaisances coupables, ou même indirectement intéressées ; on leur montrait un ministre dressant et discutant lui-même le tarif de son infamie, pour ensuite en recueillir le prix de ses mains avides : c'étaient plus encore qu'ils n'avaient supposé.

L'agitation qui se manifesta dans le public ne fut peutêtre pas moins vive dans les cercles ministériels. On assiégeait M. Guizot, on l'interrogeait, on le pressait de se dégager de celte honteuse affaire, en livrant les coupables, s'il y en avait. L'éclat était produit; il était difficile d'ajouter au scandale : on pouvait espérer, au contraire, que, devant

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la justice, les accusations se réduiraient à de simples calonasies. Et quel serait alors le calomniateur? Ua ministre du !«' naars, un ami c(mstant de M. Thiers. Le tumulte qu'aurait provoqué ce déplorable incident pouvait donc se terminer par des sifflets très-désagréables aux oreilles de Toppo»tion.

Voilà ce qu'on disait à M. Guizot. Celui-ci jugeait le cas fort grave , et ne savait trop comment réparer les brèches faites à la considération du cabinet. Ignorait-il encore ce qu'il y avait de bux ou de vrai dans les épttres iodêcrèles de M. deCubières? On ne le suppose pas; mais peu charitable wvers son prochain» mauvais gardieu de son honneur et faisant médiocre état de rhonnenr d'autrui, il se laissait volontiers persuader qu'il fallait aller au^evant des commentaires de l'opinion en prenant sur-le-champ une résolution énergique. Si fâcheuses que pussent être pour quelques personnes les conséquences d'un débat judiciaire, la justice devait être saisie : tû fut, dans le conseil des ministres, l'avis de M. Guizot. Le roi ne l'approuvait pas, pensant que des soupçons^ » loin qu'on les pousse, ont toujours moins de gravité que des faits attestés et vérifiés dans une enquête publique. Mais bientôt il ne fut plus permis de reculer devant les suites de cette enquête. On apprit, es dTet, que plusieurs membres de la majorité se proposaient de porter l'affaire à la tribune, et d'appeler le jour dans ces talées oii l'on croyait trouver un refuge contre les clameurs des parUs. Il fut alors décidé que le ministre des travaux publics répondrait à ces interpellations en annonçant une poarsuite.

Les lettres de M. de Cubières avaient été [mblîées dans les journaux du 2 mai ; le 3, à l'ouverture de la séance,

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M. Muret de Bord se présentait à la tribune et demandait au gouvernement des explications, qu'il ne pouvait refuser, disait l'orateur, sans compromettre la dignité du pouvoir. M. Dumon déclarait alors que la concession des mines de Gouhenans avait été régulièrement faite à la compagnie Parmentier, mais que le gouvernement, pour calmer de trop vives alarmes, allait demander à la justice si cette concession, d'ailleurs régulière, avait été, comme on semblait le dire, obtenue par de coupables manœuvres. Le 6, le ministre de la justice paraissait à la tribune de Tautre chambre, pour y lire une ordonnance qui chargeait la cour des pairs de procéder au jugement de M. le lieutenant général Despans-Cubières, accusé de corruption..

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