‹ Révolution française histoire de huit ans, 18401848Chapitre 56 sur 198 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

prince timide ; conserver la paix que rien ne menace» mais ne pas faire de celte paix une complaisance perpétuelle » tantôt pour ceux-ci, tantôt pour ceux-là, en 1836, une complaisance pour T Autriche, en 1846, une complaisance pour TAngleterre ; attendre les alliances, qui viendraient si on faisait moins pour les avoir; en attendant, se bien administrer, s’occuper, sans menace pour personne, de son armée, de sa marine, de ses finances ; ne point paralyser celles-ci pour des années ; accorder au pays les bienfaits des grands travaux publics, mais, sans celte précipitation qui fait que , pour tout entreprendre à là fois, on exécute tout mal , et qu’on compromet autant la vie des individus que leur fortune; ne pas livrer l’administration à toutes les ambitions, hautes ou basses; après avoir résisté, s’il le faut, à la royauté elle-même, résister aussi aux influences électives qui ne cherchent qu’à trafiquer de leurs votes ; faire pour cela les changements nécessaires à nos lois administratives et électorales; remplir, en un mot, celte double tâche, au dedans de gouverner constitutionnellement la France , ou dehors de la conduire saine, sauve et honorée, à travers le mauvais vouloir que cinquante ans de révolution ont excité contre elle : voilà la politique que nous voudrions, mes amis et moi, proposer aux esprits, au lien de celle qui, sous prétexte que tout est fini ou dedons et au dehors, veut lui faire lout oublier le dehors comme le dedans, en jetant le pays dans des spéculations qui l’absorbent, l’enchaînent et le paralysent.

« Vaines paroles que tout cela , s’écrient nos adversaires. Au fond vous êtes des ambitieux qui ne voulez que le pouvoir, qui ne voulez qu’être ministres.

« Ce reproche vulgaire serait bien facile à rétorquer. Nous pourrions, en elîet, répondre à nos adversaires : Nous voulons prendre le pouvoir, soit; mais vous, vous voulez fe garder. — Je pourrais, moi, dire à ces écrivains qui m’injurient : Vous avez votre part des avantages du pouvoir, et vous voulez les garder?...

« Croit-on que celte argumentation serait moins vraie que celle qu'on nous oppose? Mais je le demande , serait-elle digne, serait-elle concluante ?

« Si au fond de toutes nos disputes il n’y a pas autre chose que l’ambition du pouvoir et des places, il faut renverser la tribune, briser la plume des écrivains, et faire cesser cet inutile et scandaleux tumulte de discussions. Mais, heureusement, il y a autre chose dans les disputes dont les pays libres sont le théâtre , et c’est l'avis des Anglais ,

qui ne permettraient pas chez eux qu'on s'adressât de pareils reproches. Leurs mœurs constitutionnelles sont si bien formées, que si M. Peel disait à lord John Russell, ou lord John Russell à M. Peel : Vous voulez ma place, on les ferait taire sur-le-champ.

a Sans doute il jieut y a\oir des gens qui, dans nos luttes, tiennent . au pouvoir, et non au fond des choses. Qwe ceux-là se justifient. Pour moi, voici ce que j'ai dit, et ce que je répète encore ou nom de mes amis et en mon nom personnel.

« En 1836, lorsqu'il s'agissait de l'Espagne , nous pouvions rester au ministère, pour y faire ce qu’y ont fait nos successeurs. La royauté nous faisait l’honneur de nous y inviter.

« En 1840, lorsqu'il s'agissait de l'Egypte, nous pouvions, mes amis et moi, rester au ministère , pour y faire ce qui y ont fait nos successeurs. La royauté nous y invitait également.

« JSous n’avons pas voulu, et nous avons respectueusement donné notre démission.

« Si nous voulons le pouvoir et rien que le pouvoir, si la politique à suivre nous est indifférente, pourquoi ne pas conserver alors nos portefeuilles?

« Et maintenant, pour parler de ce qui me concerne plus particulièrement, on me trouve fort prononcé, fort actif dans l’opposition : serait-ce par hasard afin d'avoir le pouvoir plus tôt?

« Je serais en vérité bien malhabile î Croit-on que je n'aie pas assez d'intelligence pour savoir que, me mettre à part , désapprouver silencieusement ce qui se fait, mais ne pas l’attaquer ouvertement, me réserver^ en un mot , suivant le langage des calculateurs habiles, serait un moyen plus prompt, plus sûr, d'arriver nu ministère? Mais je sais cela! Cette profonde science, j'en ai le secret! Je sais qu'attendre et laisser faire serait mieux entendu au point de vue de l’ambition. Mais c'est là la ruse du gouvernement représentatif, ce n'en est pas la vérité.

Dans la vérité du gouvernement représentatif, voici ce qui se passe ; on approuve ce qui se fait, ou on le désapprouve. Si on l’approuve, on le fait soi-même, quand on est de ceux qui sont appelés à gouvenier; si on le désapprouve , on l’attaque franchement , ouvertement, jusqu'à ce qu'on l’ait empêché en renversant ceux qui le font. C’est ainsi que se comportaient MM. Pitt et Fox , et que se comportent aujourd’hui MM. Russel et Peel. C'est là le gouvernement représentatif noblement entendu et pratiqué.

« Je suis sensible à ces glorieux exemples, et je veux les suivre.

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