‹ Révolution française histoire de huit ans, 18401848Chapitre 57 sur 198 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

fl Cette conduite éloigne du pouvoir, si bien qu*on vous appelle mi** nistre impossible. Peu m'importe. Je ne tiens à être ni possible , ni prochain. Je tiens à remplir dignement mon rôle dans le gouvernement représentatif conquis par le sang de nos pères, et qu'il nous appartient, à nous, de convertir de lettre morte en réalité vivante.

fl Je sais donc, tout comme un autre, que le silence, l'abstention, rapprochent du pouvoir plus que la franchise et l'activité. Je persiste néanmoins dans ma conduite active et ouverte f et c'est pour cela que j'ai soutenu l'amendement proposé par l’honorable M. Odilon Barrot dans la question des incompatibilités. Certes, je savais bien que deman* der la réalité rigoureuse du gouvernement représentatif , qui tend à diminuer l'influence de la royauté irresponsable au profit des ministres responsables, je savais bien que c'était davantage encore me ranger dans la classe des ministres qu'on appelle impossibles. Je n'ai pas hésité : lion pas que j'eusse le goût puéril, que certaines gens me prêtent, de me poser, moi simple citoyen, eu face de la majesté royale ; non , je n’ai pas cette misérable prétention. Mais je suis convaincu que la monarchie n'est admissible pour les hommes raisonnables, et ne sera admise par les générations présentes et futures, que lorsque des ministres vraiment responsables exerceront véritablement le pouvoir, et, profondément convaincu de cette vérité , j'ai eu l'orgueil de défendre ma conviction même à mes dépens. Cet orgueil, je l’ai eu, je l’aurai toujours dans toute son étendue.

« Le pouvoir, je l'ai possédé 1 et, dans cette transition inévitable de la monarchie représentative fausse à la monarchie représentative vraie, transition toujours plus ou moins longue, je sais ce que vaut le pouvoir. Etre ministre entre une royauté qui ne vous souhaite pas, et une chambre que cinquante ans de révolutions et de guerres ont profondément troublée, et que beaucoup d’intérêts dominent, être ministre à ces conditions ne me séduit guère. J'aime mieux, simple citoyen, appelé à l'honneur de porter la parole à la tribune , faire triompher une vérité, que tenir un pouvoir bien dangereux pour la main qui le tient, quand on agite cette main , à laquelle il faudrait tant de sûreté pour qu’elle pût agir avec justesse. Oui, faire prévaloir une vérité, c'est gouverner de la plus noble manière. Cela peut arriver dans l'opposition comme au ministère, et si on a de l’activité au-delà de ce rôle, redire à son pays sa gloire, gloire malheureusement bien loin de nous, suffit à mon ambition.

« Je ne réponds plus. Messieurs les Klecteurs, qu’à un dernier repro-

HISTOIRE DE HITT AXS.

elle de mes adversaires, après quoi je termine ces réflexions déjà trop longues.

(( On nous reproche ù mes amis et à moi d'avoir contracté d'étranges alliances pour faire triompher la cause de la monarchie constitutionnelle.

(( Je réponds que ce sont les memes que nous avons contractées, en 1839, MM. Guizot, Diichdtel et moi, pour faire triompher ce que nous appelions, en mettant sous les mêmes mots les mêmes choses , la vérité du gouvernement représentatif et la dignité de la France. A cette époque, MM. Guizot et DuchAtel se sont convertis avec MM. Barrot, Garnier-Pagès, Berryer, pour faire prévaloir les candidats de l'opposition. J’étais avec eux dans ce concert.

« Si ces alliances étaient permises en 1839, pourquoi ne le seraientelles pas en 1846?

a Cependant je ne tiens pas la réponse pour suffisante ; <;ar enfin nous aurions pu nous tromper en 1839, quoique agissant en compagnie de MM. Guizot et DuchAtel.

« Mais voici des raisons plus solides.

« De quelles alliances parle-t-on ?

« De celle que le parti qu'on appelle centre gauche a contractée avec le parti qu'on appelle gauche constitutionnelle? Celle-là, je la tiens pour excellente. Elle a pour but de fonder dans l’opposition un parti de gouvernement qui veuille ce qui est possible, rien de plus, rien de moins ; qui fasse disparaître peu ù peu les dissentiments de médiocre importance, pour arriver à un programme de gouvernement praticable et honorable. Je regarde cela comme très-constitutionnel, comme très-politique, comme le salut de l’avenir. J’ai eu autrefois des différends avec la gauche constitutionnelle ; cela est vrai. Le temps les a effacés et les efface tous les jours. Beaucoup de gens dans la majorité actuelle, qui n'est pas l’ancienne, quoi qu'on en dise, ont eu à s'en pardonner de plus graves.

« Parle-t-on d'alliance avec les partis qui, ù droite ou à gauche, n’admettent pas, dil-on, la constitution? D’abord la constitution est établie et respectée ; elle lie tout le monde, et je ne sache pas qu'on ait jamais à traiter à la chambre de questions de dynastie. Pour ce cas, je serais certain de ne pas m’entendre avec ceux de mes collègues qu'on appelle légitimistes ou radicaux. Ce dont on traite tous les jours à la chambre, c’est de politique extérieure ou intérieure : c'est du Texas, de Taïti, de la Grèce, de la Syrie, des finances, des travaux publics, des

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