CHAPITRE IV
tuuetious publiques bien ou mal distribuées. Si parmi les minorités qu"on accuse, à tort ou à raison, d*ètre contraires au fond du cœur à la constitution, il y a des hommes qui, sur Taïti, sur la Syrie, sur les finances, pensent comme mes amis et votent comme eux, je n’ai pas le moindre scrupule de me rencontrer avec eux, et pas davantage dans les collèges électoraux.
« Et à cet égard je ne puis pas être plus ombrageux que le gouvernement lui-même. Il y a tel de mes collègues à la dernière chambre, notoirement rangé parmi les légitimistes, et dont le ministère appuie la réélection de tous ses moyens. Pourquoi ? Parce que, sur l’indemnité Pritchard, par exemple, ce candidat a voté comme lui. Le ministère le soutient; je trouve cela tout simple. Pourquoi donc nos amis ne feraient-ils pas de même pour le légitimiste qui a volé contre cette indemnité?
O En principe, il est bon que tous les partis, même ceux qui sont contraires à la constitution, soient représentés dans la chambre. Ils ne conspirent plus dans l’ombre quand ils sont- représentés et qu’ils ont la parole. Ils s’engagent envers la constitution, dans laquelle ils jouent un rôle : ils prennent goût à elle. D’ailleurs, quoi qu’on fasse pour empêcher leurs représentants d’arriver à la chambre, ils y arriveront en proportion égale à leur importance dans le pays, et ils n’y seront jamais assez nombreux pour ébranler le gouvernement existant. L'nc fois à la chambre, il faut qu’ils votent avec les uns ou avec les autres. Ils voteraient toujours avec l’opposition que rien ne serait plus naturel, car c’est la loi du gouvernement représentatif que toutes les minorités s’unissent pour se défendre en commun contre la majorité. Témoin l’Angleterre, chez laquelle les ultrà-tories viennent de voter avec les wighs. Mais du reste cela ne se passe pas exactement ainsi chez nous. Les légitimistes, par exemple, votent, les uns avec le gouvernement, les autres avec l’opposition.
« Le gouvernement se réjouit quand ils votent avec lui ; l’opposition agit de même. En faire un grief, c’est le comble du ridicule. Le ministère fraye avec ceux qui, pour des avantages personnels, lui abandonnent leur foi. L’opposition fraye avec ceux qui entendent comme elle la dignité de la France, les principes du gouvernement représentatif, l’adminislrutioii des fiiiûnccs. Chacun est là dans sou rôle. J’ai donc la même conviction qu’aujourd’hui, comme en 1830, en me rencontrant avec Ici ou tel parti dans le même vote , je n’ébranle ni la monarchie ni la dynastie d’Orléans. J’ai la conviction au contraire de leur rendre par
mou opposition plus de services que ceux qui ont mission spéciale de les défendre.
« Voilà, Messieurs les Klecteurs, le compte que je voulais vous rendre de mes actes et de mes opinions. J’aurais pu vous aller dire cela moi> même dans une réunion électorale. J’aime mieux vous l’adresser par la voie de la presse. Bientôt, quand ma présence au milieu de vous ne sera {M)int une flatterie pour obtenir votre vote, mais un remercîment, je m’empresserai d’aller visiter le lieu où j’ai passé ma jeunesse, et où je serai toujours heureux d’aller me reposer des agitations de la vie publique. »
« A. TllIERS. »
Paris, 21 juillet 1840.
Celte pièce, toute importante (pi’elie fût, n’aurait sans doute pas exercé une grande induence dans des élections circonscrites sur lesquelles le jiouvoir avait de si grands " moyens d’action. Mais il est à regretter que M. Tliicrs ail cédé à de timides conseils. Dans les occasions solennelles, un lionime politique doit à son pays sa pensée tout entière, et plus cet homme est haut placé, moins il a le droit de se taire.
Au surplus, à la veille des élections, un de ces hasards qui servent souvent aux mauvaises causes, vint augmenter les chances du ministère, en appelant autour de lui les peureux et tous ceux qui ne demandent qu’un prétexte pour se convertir.
Le 29 juillet, au moment où, sur le balcon des Tuileries, le roi saluait la foule assemblée pour les fêtes commémoratives de la révolution de 1830, deux coups de pistolet partirent tirés à une assez grande distance par un homme caché derrière une des statues du jardin. Cef homme, nommé Joseph Henri, exerçait la profession de fabricant d’objets en acier poli. En proie à une sombre folie, causée